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Syrie, Egypte: Des massacres en question

Il serait certes faux de comparer les massacres du mois d’août en Egypte et en Syrie. Il n’en reste pas moins que ce sont deux massacres qui ont marqué l’actualité de ce mois.

Massacres syrie

Deux massacres qui ont été des tournants pour l’opinion internationale vis-à-vis de Damas et du Caire. Les conséquences sont imprévisibles et tout évolue de jour en jour.

Egypte

Le massacre du Caire, lui, n’a jamais été contesté. L’armée a mis en cause des terroristes dans les rangs des Frères musulmans. Ces derniers ont dénoncé une répression destinée à briser un mouvement populaire contre un coup d’Etat militaire. L’action tardive de l’armée a été très forte, brutale et sanglante et semble pour le moment, quoi qu’on en pense, avoir porté ses fruits. Mais la situation reste tendue.
Une majorité d’Égyptiens semble cependant soutenir pleinement la «guerre contre le terrorisme» dans laquelle les nouvelles autorités disent être engagées. A l’image de Nourhan, une mère de famille citée par La Croix, «les Frères musulmans étaient armés et ils ont tiré sur les policiers lorsqu’ils sont venus évacuer les sit-in de Rabâa et Giza, le 14 août. C’est pour cela qu’il y a eu autant de morts… C’est déplorable, mais il n’y avait pas moyen de faire autrement», soupire-t-elle.
Cette version officielle des événements, alimentée par les chaînes de télévision publiques et privées, peu d’Égyptiens osent la contester en public. De jeunes activistes, souvent ceux qui avaient appelé la population à descendre dans la rue en janvier 2011, commencent pourtant à faire entendre un autre son de cloche.
«Je n’aime pas particulièrement les Frères musulmans; je considère que ce sont des conservateurs rétrogrades à tendance dictatoriale. Mais je ne peux pas non plus approuver le fait qu’on décide de tous les tuer!», s’exclame Gigi Ibrahim, membre des Socialistes révolutionnaires et activiste pro-démocratie de la première heure. Mais comment gérer ces Frères musulmans?
La question était restée en suspens depuis la mi-août: le pouvoir égyptien allait-il oser mettre à exécution la menace d’interdiction des Frères musulmans proférée par le Premier ministre par intérim, Hazem El-Beblaoui? Après de multiples tergiversations, l’homme à l’origine de l’avertissement semble finalement faire marche arrière dans une interview à la presse, arguant que le gouvernement préférait surveiller le groupe et sa vitrine politique.
«Dissoudre le parti ou le groupe n’est pas la solution (…). Il est préférable pour nous de [le] surveiller dans le cadre d’une action politique», a-t-il déclaré. «C’est mauvais de prendre des décisions dans une période agitée», a-t-il ajouté. Cette décision de ne pas exclure totalement les Frères musulmans de la scène politique égyptienne survient après que le pouvoir a anéanti la tête de l’organisation islamiste ces dernières semaines.

Syrie

Depuis le début, les Occidentaux recherchent des preuves d’utilisation par Damas d’armes chimiques, fameuse ligne rouge déclenchant le feu vert à une intervention militaire. C’est pourquoi plane sur cette utilisation l’ombre de «la manipulation irakienne». C’est pourquoi aussi, après une indignation générale, les opinions publiques exigent des preuves indiscutables et que les gouvernements, après la détermination guerrière, ont manifesté une hésitation politique. Il est sûr que le massacre de civils, dont de nombreux enfants, par armes chimiques est un acte révoltant qui donne envie de réagir, comme l’a dit le président français François Hollande qui a cependant utilisé un mot inapproprié: punir.
Alors que l’intervention armée contre Damas se précisait dans un certain désordre, aucun élément d’ailleurs n’attestait encore la responsabilité du régime dans le massacre de la Goutha. Les photos terribles ne suffisent pas.
D’après Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le régime a mené, à partir de trois heures du matin ce jour-là, d’intenses raids aériens et au lance-roquettes dans la périphérie de Damas, les quartiers de la Ghouta orientale (est de la capitale), de Zamalkha (sud-est) et de Mouadamiya al-Cham (sud-ouest). Des armes neurotoxiques ont alors été utilisées. «On ne peut pas confirmer qui en est l’auteur», indique Rami Abdel Rahmane au «Point.fr». «On peut simplement affirmer que 338 personnes (1.300, selon l’opposition, Ndlr) ont perdu la vie dans une attaque au gaz chimique, dont une majorité de civils et plus de 100 rebelles». Aucun décès n’a en revanche été confirmé du côté de l’armée régulière.
Les terribles vidéos diffusées dans la foulée par les opposants syriens ne laissent guère de place au doute. On peut y apercevoir de nombreux corps d’enfants gisant inanimés sur le sol aux côtés d’adultes sans aucune trace de sang. D’autres images, encore plus atroces, montrent des victimes se débattant sur leur lit, comme atteintes de démence. «Hypersalivation, convulsion musculaire, contraction pupillaire, toutes ces images concordent avec une intoxication à un agent neurotoxique», souligne Olivier Lepick, spécialiste des armes chimiques à la Fondation pour la recherche stratégique, interrogé par Le Point.fr.
Mais la réponse à la question «qui?» est quasiment impossible.
Cependant, les plus grandes interrogations subsistent quant à l’intérêt réel du président syrien à mener un raid chimique d’ampleur, alors qu’il reprenait militairement l’avantage sur la rébellion et que les enquêteurs de l’ONU venaient d’arriver en Syrie. Cela tombe vraiment trop bien.
Voilà qui explique sans doute le «non» inattendu et fracassant des députés britanniques. C’est le camouflet politique le plus cinglant de l’époque actuelle! La dernière fois que la Chambre des Communes a dit «non» à une intervention militaire proposée par un Premier ministre, ça remonte à 1782. A l’époque, le Parlement britannique avait refusé de continuer d’envoyer des troupes en Amérique pour la guerre d’indépendance, contre la volonté du chef du gouvernement, Lord North. Il a été contraint de démissionner un mois plus tard.
L’opinion publique britannique ne soutient plus ce genre d’interventions depuis l’échec libyen: nos attaques aériennes n’ont pas servi à grand-chose. La torture, l’instabilité politique et les actes terroristes sont toujours le lot quotidien du pays, selon un sondage. La Grande-Bretagne n’est pas une nation neutre ou pacifique. Mais ces ingérences dans les pays musulmans produisent des effets néfastes et contradictoires.
De plus, la question de la légalité d’une telle intervention n’a toujours pas été résolue. L’opposition de la Russie empêche tout consensus au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, seul organe habilité à autoriser une telle intervention. Dans le cadre de l’ONU, mais hors Conseil de sécurité, deux options existent. La première consiste à rassembler en urgence l’Assemblée générale des Nations Unies. En 1950, une coalition de 21 pays emmenée par les Etats-Unis a ainsi pu intervenir en Corée sous mandat onusien. Afin de contourner le veto russe, les alliés pourraient aussi se réclamer de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC), un traité international de désarmement entré en vigueur en 1997, dont la Syrie n’est pas signataire.
En 1999, l’OTAN intervient au Kosovo contre les forces de Slobodan Milosevic, sans l’accord du Conseil de sécurité. A l’époque, la secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, défend la thèse d’une intervention «illégale, mais légitime».
C’est la justification du droit d’ingérence du plus fort. Mais c’est bien sûr un recul par rapport à l’évolution du droit international de plus en plus bafoué au nom des «guerres humanitaires».
L’action militaire contre la Syrie est donc légalement discutable, politiquement désapprouvée par les citoyens et son objectif est non pas de renverser le régime, mais de l’empêcher de poursuivre une guerre chimique contre des opposants incluant la population civile.

Fracture anglo-saxonne

Cette action militaire, qui n’est pas une guerre, a déjà fait une victime et de taille et même historique: la solidarité anglo-saxonne. Le cœur atlantique de la communauté internationale a éclaté. La France, en revanche, est redevenue l’alliée privilégiée des USA. La presse anglaise évoque donc amèrement cette fracture et rappelle que les Français avaient déjà aidé les Américains à obtenir leur indépendance vis-à-vis de Londres. C’est le retour version presse de «l’ennemi héréditaire».
Washington a dit pouvoir compter sur des alliés comme la France, la Ligue arabe et l’Australie. A Paris, on estime que le refus de Londres d’intervenir en Syrie ne change pas la position de la France, «proche alliée et amie» des Etats-Unis qui souhaitent une action «proportionnée et ferme» contre le régime de Damas, selon François Hollande, malgré une défiance de l’opinion publique.

Hollande en punition

Cela étant, la volte-face d’Obama -sa décision de consulter le congrès- a laissé la France seule en pointe et son président déstabilisé; l’expression de punir n’est pas passée. Et puis, le débat sur le parlement est devenu vif, mettant les socialistes face à leurs contradictions.
Un débat se tient à l’Assemblée le 9 octobre 2002. Après une déclaration du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, Jean-Marc Ayrault prend la parole dans l’Hémicycle pour le groupe socialiste. «Il est normal que le Parlement puisse délibérer d’une question aussi importante pour la sécurité du monde, comme l’ont fait la plupart des Parlements des grandes démocraties», assure-t-il alors. Depuis, changement de position sur la Syrie.
Pour la presse française bien résumée sur le site des «Echos» ou du «Nouvel Observateur», Hollande est piégé.
«Syrie: Obama piège Hollande». C’est le grand titre de «Libération». «Syrie: Hollande piégé», renchérit «Le Figaro». «Syrie: Hollande pris au piège, Obama sous pression», insiste «Le Parisien». «La rentrée de Hollande minée par la crise syrienne», constatent Les «Echos». Les journaux sont unanimes ce 1er septembre, le président français se retrouve quelque peu esseulé dans sa volonté d’en découdre avec Damas. «Après l’abandon britannique et la soudaine redécouverte par Barack Obama de son Congrès, relève ”Libération”, François Hollande se retrouve bien seul à vouloir mener sa guerre en Syrie. Son opinion publique est réticente et l’opposition, que l’on avait connue plus courageuse, le lâche au milieu du gué».
«Comme Barack Obama, François Hollande est pris dans un tourbillon d’événements incontrôlés», écrit Pierre Rousselin dans «Le Figaro», mais surtout, pour l’éditorialiste du quotidien libéral, le chef de l’Etat est «piégé sur le front interne et bien isolé sur le front extérieur».
Pour François Sergent de «Libération», «Hollande peine à justifier la guerre». Et si «le Président, dans la constitution monarchique de la Ve République, a tout pouvoir pour faire la guerre», relève-t-il, «peut-il aujourd’hui être le seul chef d’Etat à user de la force sans un vote de la représentation nationale, sans même un discours?».
«Le piège s’est refermé pour ces responsables occidentaux qui s’étaient avancés très vite en annonçant leur volonté de punir Damas qui aurait fait usage de gaz mortels», constate Dominique Quinio dans «La Croix».
Patrick Apel-Muller pose cette question dans «L’Humanité»: «Comment décréter la guerre ou la paix pourrait-elle être l’apanage d’un homme seul au XXIe siècle?», tout en estimant «intenable l’alignement de François Hollande, résolu à décider contre une énorme majorité de Français et à se passer de l’assentiment de la représentation nationale». Le président français est désormais pour la presse «dans le rôle du cocu magnifique».
Assad, lui, ironise et défie.
Bachar Al-Assad a affirmé le dimanche 1er septembre, au lendemain des déclarations de Barack Obama indiquant qu’il allait consulter le Congrès avant de lancer des frappes sur la Syrie, que son pays «est capable de faire face à toute agression extérieure». Cité par l’agence officielle SANA, le chef de l’Etat s’exprimait lors d’une rencontre avec un haut responsable iranien. Un peu plus tôt, le vice-ministre des affaires étrangères syrien, Fayçal Moqdad, a jugé Barack Obama «clairement hésitant, déçu et confus». Il a appelé le Congrès américain à «montrer sa sagesse» en ne donnant pas son feu vert pour des frappes en Syrie.
Le vice-ministre a ensuite critiqué l’attitude de la France. «Les politiciens français ont trompé le peuple français et se sont comportés de façon irresponsable […]. Ils ont falsifié les faits et soutiennent des organisations comme Al-Qaïda», a affirmé le vice-ministre syrien.
Mais tout peut évoluer très vite et dans tous les sens et pas seulement en Syrie…

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