vendredi 15 novembre 2019

Ahmed Addioui, président de l’association Espace pour la Protection des Personnes Âgées du Maroc

Ahmed Addioui, président de l’association Espace pour la Protection des Personnes Âgées du Maroc

Si les pays développés ont compris très tôt, l’importance des personnes âgées, d’autres sont restés à la traîne dans ce domaine. Le vieillissement à l’échelle  individuelle se traduit par une perte plus ou moins rapide, totale ou partielle, d’une ou plusieurs capacités physiques, psychiques et matérielles.

De plus, le phénomène du vieillissement de la population pose une autre problématique majeure, liée à la dépendance plus ou moins importante des personnes âgées. Dans l’entretien qui suit, le président de l’association Espace pour la Protection des Personnes Âgées du Maroc, énumère les difficultés que rencontrent les personnes âgées, tout en présentant des pistes de solution. Selon lui, les personnes âgées doivent être placées au centre des priorités gouvernementales.

«Définir un cadre  juridique et institutionnel qui protège les personnes âgées»

Au Maroc, vieillesse et mal de vivre ne font plus qu’un. Quelle en est la raison?

La proportion des personnes âgées a considérablement augmenté, ces dernières années, au Maroc. Cette tendance va se poursuivre à l’avenir. Le vieillissement de la population crée des problèmes de logement et de santé. Aujourd’hui, la majeure partie des Marocains âgés ne perçoivent aucune pension de retraite. Cette situation est accentuée lorsque leurs familles ne parviennent pas à les prendre en charge. Ajoutez à cela, l’absence d’infrastructures et d’espaces dédiés à cette catégorie de la population.

Comment remédier à cette situation?

Départements ministériels, société civile et syndicats doivent conjuguer leurs efforts dans le cadre d’une démarche globale et intégrée. Les pouvoirs publics ont un rôle central à jouer dans l’amélioration de la situation des personnes âgées. De façon concrète, j’appelle à l’extension de la sécurité sociale et de la couverture médicale aux personnes âgées. Notamment, au profit de celles ne disposant pas de revenus, ou percevant de maigres pensions de retraite. Le gouvernement est également appelé à développer des méthodes de ciblage permettant de quantifier le degré de dépendance des personnes âgées au Maroc, dans l’objectif de cerner leurs besoins.

Des voix appellent à la mise en place d’un cadre juridique capable de protéger les personnes âgées. Quel est votre avis là-dessus?

Il est primordial de définir un cadre juridique et institutionnel qui protège les personnes âgées contre les discriminations, la négligence, les mauvais traitements et la violence. Le gouvernement doit mettre en place une carte des personnes âgées, leur permettant de bénéficier de leurs divers droits, outre la simplification des procédures administratives en faveur de cette frange de la population.

Il est grand temps d’intégrer et inscrire de manière explicite, dans les lois relatives aux constructions et à l’aménagement de l’espace public, des dispositions à même de garantir l’accès, la circulation et la sécurité des personnes âgées, outre la nécessité d’intégrer les spécificités des personnes âgées dans le domaine du transport public. Le milieu rural ne doit pas être oublié, dans la mesure où il faut faire en sorte d’améliorer la mobilité des personnes âgées, dans le monde rural. Notamment, par le désenclavement des zones difficiles d’accès.

Les trois religions monothéistes incitent à être reconnaissants et dévoués envers les personnes âgées. Au Maroc, pourtant pays musulman, on constate que les maisons de retraite sont répandues en milieu urbain. Doit-on-y voir un signe d’effritement des valeurs familiales?

La religion a donné aux personnes âgées un statut spécial. Toutefois, il ne faut pas se voiler la face. La société marocaine actuelle ne ressemble en rien à celle d’il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, les difficultés économiques empêchent parfois les familles les plus pauvres, de prendre en charge leurs parents comme il se doit. Loin de moi l’idée d’affirmer que les personnes âgées doivent être abandonnées. Néanmoins, il faut analyser plus en profondeur la question des personnes âgées dans notre pays. Dans les cas extrêmes, la maison de retraite est un moindre mal par rapport aux dangers de la rue auxquels les personnes âgées peuvent s’exposer. L’évolution de notre société s’est répercutée sur les structures et les relations familiales. La nucléarisation des ménages, ainsi que les multiples facteurs de vulnérabilité des personnes âgées, constituent aujourd’hui une véritable difficulté pour les familles. Nombre d’entre elles, ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins et encore moins à prendre en charge leurs ascendants d’un certain âge. Heureusement, un brin de solidarité familiale existe encore au Maroc. Cela fait qu’il  n’y a pas un grand engouement pour les maisons de retraite.

Finalement, êtes-vous optimistes sur l’avenir des personnes âgées au Maroc?

Le Maroc commence à se préoccuper du sort des personnes âgées. Plusieurs associations prennent à bras le corps ce dossier. L’intérêt grandissant pour les seniors dénote à mon sens, d’une certaine vivacité de la société marocaine.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

Voir aussi

Entretien avec Kamal Sabri, Président de la Chambre de pêches maritimes Atlantique du nord

Entretien avec Kamal Sabri, Président de la Chambre de pêches maritimes Atlantique du nord

«Chercher un savoir-faire plus performant pour mieux préserver la ressource» Le Salon Halieutis en est …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services, contenus ou publicités adaptés selon vos centres d'intérêts. En savoir plus.