vendredi 20 octobre 2017

Michel Bouvier, président de la FONDAFIP : «Il faut au monde politique des experts…»

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Qu’est-ce qui a dicté la thématique de cette 10ème édition du Colloque international des Finances publiques «Quels enjeux au Maroc et en France»?

La thématique, c’est que, tout d’abord, les finances publiques sont des choix politiques et, par conséquent, c’est important pour la démocratie et aussi pour les citoyens. Ensuite, et c’est la deuxième raison, nous avons abordé depuis 2007 toutes ces questions d’organisation de la société à travers les finances publiques, point par point. Nous avions fait la transparence et le pilotage.

Et les problèmes qui se posent?

Vous savez, depuis dix ans, nous avons abordé chaque problème, l’un après l’autre, chaque question et toutes ces questions-là se réunissent autour d’une seule. En fait, c’est cela la démocratie qui est supportée par l’organisation des finances publiques.

Qu’est-ce qu’une bonne organisation des finances publiques?

Ça veut dire tout simplement une bonne démocratie.

Une thématique importante?

Cela nous a paru important de faire ce colloque au bout de dix années et sur ce sujet précis, parce que cela nous permet de repartir sur d’autres points et nous espérons réaliser de nouvelles perspectives.

Que sont-elles, concrètement?

Nous sommes face à une société qui est en train d’articuler mondialisation et économie du numérique. Et donc là, nous sommes face potentiellement à un bouleversement de considération de nos sociétés, une véritable transformation.

Quelles sont donc les questions que vous aborderez?

Les prochaines que nous aborderons dans les prochains colloques sont liées en fait à la transformation du monde et à celle de nos sociétés respectives. Nous verrons comment les finances publiques s’adapteront à ces bouleversements.

Les finances publiques s’adapteront-elles à cela et auront-elles une place là-dedans?

C’est le questionnement auquel j’ai fait allusion sur l’impôt lors de ce colloque, à savoir si celui-ci, c’est-à-dire l’impôt, n’est pas menacé aujourd’hui dans le cadre international qui combine mondialisation et numérique.

Un exemple…

On en voit un exemple patent avec ce qui se passe avec la taxation des grands groupes. Et cela me paraît fondamental de travailler là-dessus.

Quels sont les bienfaits des finances publiques?

C’est un moyen de réaliser le bien-être de tout un chacun et un moyen qui doit être démocratiquement décidé. Et donc, il faut faire très attention et être très vigilant à cela. Je crois que c’est sur ces champs-là qu’il faut travailler aujourd’hui pour voir comment développer les finances publiques citoyennes.

Dans quel avenir, à votre avis?

Dans l’avenir qui va être celui des générations futures et cela me paraît humblement fondamental.

Quelle relation aujourd’hui entre le monde politique et les finances publiques?

Là encore, la question du monde politique, c’est qu’il faut que celui-ci puisse arriver à développer une alliance qui lui soit favorable, avec l’expertise. Il faut à ce monde politique des experts.

Qu’est-ce qui justifierait le recours aujourd’hui aux experts?

Nous sommes dans un monde complexe, avec des problèmes qui deviennent de plus en plus difficiles à résoudre, avec devant nous des choix cruciaux qui sont terribles.

Et les moyens pour y faire face?

Nous n’avons pas suffisamment de moyens pour faire en sorte que tous les besoins de nos concitoyens soient réalisés.

Et l’homme politique dans cette complexité, que devrait-il faire?

Il doit faire des choix cruciaux entre la santé et la sécurité qui est un problème de plus en plus important. Je pense non seulement à la sécurité, à la défense ou à la police, mais également à tout ce qui touche l’environnement, le développement durable.

Vous semblez craindre l’avenir ?

Il y a des tas de problèmes qui vont se poser dans l’avenir, avec la sécurité en tête, l’éducation et tout ce qui est défense, sur lesquels il faut accélérer les mesures appropriées.

Et les hommes politiques, encore une fois, quelle réaction?

Les hommes politiques vont avoir à faire ces choix-là et pas n’importe comment. Ils devront donc établir de bons rapports avec, au risque de me répéter, l’aide des experts de manière à ce que l’expertise ne se borne pas à des aspects purement techniques et ne se substitue pas au choix des politiques qui doivent être aussi des choix qualitatifs. Quand on insiste au cœur de notre préoccupation, on ne peut pas résoudre des problèmes, qui sont d’ordre politique, c’est-à-dire d’une organisation, d’une société, uniquement par des chiffres et des opérations mathématiques. Ce n’est pas possible.

Dans cette vision, où en est la coopération Maroc-France?

Nous coopérons très étroitement. Nous organisons depuis déjà dix ans des groupes de réflexion qui permettent aussi de développer et de proposer des idées, de nouvelles pratiques et des concepts. Nous organisons aussi des colloques d’une demi-journée.

Quelles thématiques?

Sur la dette publique, nous avons trois de  prévus pour les trois prochains mois, sur les territoires intelligents, les finances, bref des sujets d’actualité. Le prochain mini-colloque en décembre prochain va porter sur le financement public de l’environnement, en relation avec l’organisation par le Maroc de la COP22 et d’autres sujets d’actualité.

Quel bilan de ces dix années du Colloque international des Finances publiques?

Un bilan très positif. Nous avons progressé considérablement. Il suffit d’écouter nos orateurs, ils sont d’une qualité excellente. Et comme vous l’avez remarqué, il n’y a aucune différence entre un intervenant marocain et un autre français, ils parlent le même langage. Il se produit par conséquent un phénomène que j’ai appelé «l’intelligence collective», tout cela dans un contexte chaleureux, très libre aussi de parole.

A Bratislava, s’est réuni le sommet européen des 27, dominé par la crise politico-économique…

Je suis pro-européen, donc favorable à cette entité. Je pense qu’il faut absolument que nous arrivions à faire en sorte que les Etats conservent leur souveraineté dans certains domaines, parce que c’est nécessaire, tout en coopérant de façon ouverte et franche avec leurs homologues. Il faut donc relancer l’Europe et en faire un réel projet de société, alors qu’elle est perçue aujourd’hui comme une bureaucratie.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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