mardi 25 février 2020

Je voulais juste être gardien de voiture…

Hamid, 70 ans, retraité, est marié et père de 5 enfants, jeunes désœuvrés… Il a voulu tenter d’arrondir ses fins de mois, en tant que gardien de voitures. Il ne savait pas ce qui l’attendait ! Il raconte…  

«Beaucoup de gens se plaignent des gardiens de voitures, mais croyez-le ou non, il en existe qui les accueillent à bras ouverts. Pas les automobilistes qui déboursent, mais d’autres qui tentent de se sucrer sur leur dos, en catimini. J’ai vécu cette situation avec mamie, une intrigante. Pour ne pas y laisser des plumes, j’ai dû ficher le camp dare-dare…

Avant toute chose, je dois avouer que ce n’est pas de gaité de cœur que je me suis lancé dans le gardiennage de voitures. J’ai été un employé modèle, durant 30 années, dans une usine. Grâce à mon petit salaire, j’ai assuré le quotidien de toute une famille. En toute franchise, joindre les deux bouts n’a pas été du gâteau, tout au long de mon existence. Je ne suis même pas fier de mes enfants qui n’ont pas suivi mes conseils. J’en ai deux qui croupissent en prison. Malgré tous les efforts du monde, je n’ai jamais pu les éloigner de l’influence de mauvaises fréquentations. Les trois autres, je les ai mis à la porte parce que, non seulement ils sont désœuvrés, mais en plus, ils se sont mis à consommer des psychotropes. Tout comme leurs frangins, ils ne se rendaient même pas compte qu’ils étaient devenus des adultes incroyablement dangereux. De toutes les façons, ils étaient trop indignes pour continuer de vivre sous mon toit.

Sans parler du fait que mon épouse se plaignait tout le temps de leur insupportable comportement et m’avouait ne plus se sentir en sécurité en leur présence. Je ne sais pas où ils ont atterri, ni ce qu’il advient d’eux et je m’en fiche. Ils ont failli nous rendre fous, sans jamais être reconnaissants de tous mes efforts, durant tant d’années, pour leur garantir de quoi se remplir la panse. Au lieu de chercher à évoluer sainement dans la vie, ils ont sombré dans une autre voie, celle du malheur. Ma décision de ne plus les prendre en charge était obligatoire, pour notre survie à moi et à leur mère. En plus, depuis ma retraite, que pouvaient-ils espérer de moi? Je ne touche plus qu’une misère, qui ne suffit même pas à payer notre loyer.

Puisque je ne pouvais pas compter sur une aide de mes énergumènes, ni de personne, je n’ai pas trouvé mieux que d’endosser la blouse orange fluo et me flanquer dans un quartier du centre, très éloigné de mon habitation. J’avais tenté un axe très fréquenté, mais j’ai failli y laisser la vie. Le gardien de ce lieu m’en a viré à coups de chaine cloutée. Ce jour-là, j’ai erré comme un chien éclopé pour enfin atterrir dans un coin plutôt paisible. Je m’y suis rendu ponctuellement, du matin jusqu’au soir, tous les jours de la semaine. Là, personne n’est jamais venu me débusquer… Sauf la vieille renarde ! Et j’ai tout foiré par convoitise.

Ma recette quotidienne me permettait de couvrir juste-juste le manque que me laissait ma misérable retraite. Mais la calamité s’est abattue sur moi, lorsque j’ai voulu gagner plus en répondant à l’appel d’une dame un peu plus vieille que moi. Elle habitait un appartement dans un des nombreux immeubles de la rue et m’appelait de sa fenêtre pour des courses. Pour m’appâter, elle m’avait filé 10 DH. Elle ne cessait de se plaindre du syndic de son immeuble qui avait interdit au concierge d’accomplir cette tâche. Il me semblait qu’elle était généreuse, mais je m’étais trompé sur toute la ligne. Jamais, je ne me serai imaginé qu’il existait des femmes de cet âge comme celle-là.

Elle sollicitait mon secours pour porter ses paniers, pour faire ses courses à l’épicerie, à la pharmacie, ensuite pour faire son ménage, lui laver ses couvertures ; et même ses tapis. Et ce n’est pas tout… Elle se livrait à un jeu de séduction qui m’avait rendu idiot.

Je n’en revenais pas de certaines de ses requêtes… Comme par exemple de lui teindre les cheveux, de manger avec elle, de regarder des vidéos très coquines sur son téléphone. Elle s’amusait pour me tenir à sa merci et pour que je continue de lui assurer toutes ses corvées sans aucune rétribution, ni contrepartie.

Cela, passe encore… Mais ce vieux crouton avait autre chose derrière la tête. J’aurai dû comprendre quand elle m’avait sollicité pour lui prêter de l’argent, qu’elle ne m’a jamais rendu, du reste. En fait, tout de suite après, elle s’était permis l’inimaginable.

Un soir, tout juste avant que je lève les voiles, elle m’avait supplié de monter chez elle prétextant une fuite de gaz. Elle avait menti puisqu’elle m’avait servi un thé… Puis, elle m’a sommé de vider mes poches.

Je crus qu’elle tentait une énième de ses farces, mais ce n’était pas du tout le cas. Elle était très sérieuse. Elle me montra alors un visage que je ne lui connaissais pas. Très en colère, je la vis me menacer de m’exécuter immédiatement. Elle m’a ordonné de lui verser, dorénavant et tous les jours à venir, le tiers de ma recette quotidienne. Elle me fit comprendre très explicitement que je n’avais pas le choix, que mon refus risquait de me couter une accusation de vol d’un de ses bijoux. Je suis resté scotché, abasourdi ! Mais j’ai bien dû partager ma recette.

J’ai quitté cette rue pour une autre dès le lendemain matin. J’ai eu énormément de chance d’échapper aux griffes de cette mégère qui me faisait bosser à l’œil et qui, en plus, espérait du fifty-fifty sur mes gains !

Je n’en reviens toujours pas qu’une femme de son âge, pas du tout dans le besoin, ait pu être aussi habile en machinations !». Je suis désormais extrêmement prudent et je m’en tiendrai au gardiennage de voitures. Mais il faut que j’arrive à régulariser ma situation, d’une façon ou d’une autre…

Mariem Bennani

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