Mon amie a volé… | Pour se rendre justice !

Zhora, 54 ans, sans emploi, est mariée et mère de 4 enfants. Elle rapporte le cas de son amie qui a volé, mais ne s’en repend pas. Elle-même est encline à l’indulgence et elle explique pourquoi…

«Les histoires scabreuses de vol d’héritage, il en a existé et il en existera toujours. Dans celle-ci, c’est le mode opératoire du délit qui m’a été raconté que j’ai eu envie de partager. La voleuse n’est ni plus ni moins la quatrième épouse. Mais connaissant le sort qui était réservé à cette pauvresse et ses filles, je n’arrive toujours pas à lui jeter la pierre d’avoir rusé pour ne pas tomber dans une insupportable injustice. 

Dans le patelin des grands-parents de mon amie, la mort du patriarche d’une famille tentaculaire avait été commémorée en pompe. Sauf qu’on raconte qu’il s’était passé quelque chose à l’heure exacte de son décès mais que personne n’en détient de preuves formelles. Bref, le disparu était un homme riche et puissant redouté de tous. Et puis, sans passer par quatre chemins, il faut dire que sa disparition était espérée depuis des lustres par ses propres enfants. Il les obligeait à trimer et à exercer une certaine terreur sur leurs terres en échange du gîte et du couvert, mais ne leur cédait jamais rien de sa fortune. Les dix nés de son premier mariage étaient connus pour leurs méthodes barbares contre tout individu qui aurait eu l’idée saugrenue de venir leur faire de l’ombre. Ils s’en vantaient même.

Les dix, plus les autres nés d’autres mariages, plus les petits-enfants et leur paternel étaient également reconnus dans leur région pour être des noceurs. On aurait juré que la monogamie chez eux était considérée comme une tare. Et même une telle réputation n’empêchait pas les jeunes filles de leur coin de caresser le rêve d’union avec eux. L’univers de ces gens ne se tarissait pas de naissances et non plus d’insolubles problèmes conjugaux. Mais apparemment, cela ne dérangeait en rien personne de ce clan qui fricotait inlassablement aussi avec des maitresses. Leur patriarche s’était calmé en devenant vieux, mais il voulait quand même s’offrir une quatrième épouse pour qu’elle prenne bien soin de lui. Sans se préoccuper le moins du monde des conséquences, il s’était mis en tête de faire la cour à l’une des promises d’un de ses fils. 

Ainsi, le vieux requin tombé amoureux n’était pas prêt du tout à se laisser intimider. Même si la jeune femme en question avait rejeté ses avances, il s’entêta. Pour mettre toutes les chances de son coté, il avait envoyé son fils bien loin de chez eux pour conclure quelques marchés. Entre temps, il avait usé de tout son pouvoir pour qu’ait lieu son mariage. Ses volontés ne purent être révoquées. Son soutien le plus opérant était l’indigence avérée de sa nouvelle belle famille. Le retour du fils ne fut pas sans éclats pour autant. Connaissant l’intérêt de son père pour tout ce qui était d’ordre matériel, il avait mis le feu dans une grange et détruit quelques machines agricoles. Et puis c’est tout. D’ailleurs à cette manifestation de vengeance, aucune correction n’avait été décrétée par le père.

Cependant, le nouveau couple n’eut que des ennemis dans son sillage. Les autres épouses, avec l’armada de belles-filles, plus les petites-filles s’étaient infatigablement liguées pour faire capoter cette union. C’est comme ça que la quatrième favorite avait eu droit à une nouvelle construction dans un espace sécurisé mais pas à un acte légal de mariage. Même après avoir mis au monde deux filles, le vieux ne supportait pas qu’elle en parle. Elle osait quelques mièvres tentatives, mais elles se soldaient tout le temps par des menaces tonitruantes d’expulsion. Le vieillard furieux d’être affronté, aboyait qu’elle devait plutôt s’estimer satisfaite de toute l’opulence qu’il lui offrait au lieu de persister dans une voie qui la conduirait à rejoindre la misère où s’embourbent les siens. C’était vrai qu’elle était la seule de toutes à loger dans une luxueuse demeure avec du beau mobilier, mais la seule aussi avec ses filles à n’avoir aucune garantie de succession. 

Avec le temps, tous les concernés avaient fini par être amplement soulagés que la quatrième femme et ses filles ne jouiraient jamais d’un quelconque partage. En dépit de cela, la grande famille, restait en alerte sans répit, s’activant à repérer la moindre anomalie dans la comptabilité de leur paternel. Et pourtant il subsistait une seule et unique quiétude sur son avenir que pouvait se permettre cette ultime épouse. Elle en avait mesuré la portée quand elle avait découvert que venaient mourir dans le lit du vieux, une bonne partie de ses revenus. Il brouillait les pistes de l’inquisition des siens en continuant d’acheter des terres avoisinantes ou en faisant des dépôts à la banque avec le reste. C’est de cette bouffée d’espoir que se nourrissait la jeune femme. Et chaque fois que la possibilité lui était permise, elle s’assurait que rien n’avait bougé. Ce qui ne l’empêchait pas de trembler rien qu’à l’idée que quiconque ait vent de cette planque à liasse bénie. Pour qu’elle devienne sienne et qu’elle en palpe le contenu à sa guise, elle avait dû attendre trois années.

Un soir, comme à son habitude elle avait été porter le diner à son époux dans sa chambre. Elle avait été pétrifiée d’horreur de le voir glacé, gisant sur le sol. Il était complètement mort, et très vite elle avait repris ses esprits en le trainant de toutes ses forces dans la pièce à coté où jamais personne ne s’aventurait. Elle s’était dépêchée de refermer les verrous, pour s’occuper de vider le contenu du matelas pour en tapisser le fond de sacs à blé vides qui trainaient. Avec la laine retirée de plusieurs coussins de banquettes, elle avait rembourré l’énorme trou béant du matelas et s’était activée à le recoudre avec minutie. Elle savait combien, il était vital que ce travail soit nickel et qu’il ne laisse échapper aucune trace.  Ainsi, après avoir transporté les sacs dans sa chambre, elle s’occupa de remettre son époux sur son lit, inspecta à la loupe une dernière fois les lieux puis l’enferma à double tour. 

Avant de se coucher, fiévreuse elle avait appelé sa mère de son téléphone portable pour lui demander d’accourir mais seule avec sa carriole le lendemain matin. La jeune femme savait qu’aucune visite n’était attendue puisque tous les hommes étaient très occupés sur les champs en cette période de l’année. Avec sa mère, elle avait pris un thé juste pour lever tout soupçon et l’avait renvoyée illico presto chargée comme d’habitude de quelques paniers de denrées alimentaires mais avec des instructions particulières pour deux sacs à blé bleus remplis à moitié. Ces derniers furent comme promis soigneusement placés dans des barils à graines puis recouverts à ras bord de blé dur et de maïs. L’opération terminée la jeune femme prépara alors tranquillement un plateau de petit déjeuner, l’emporta avec elle pour le déposer enfin au chevet de son époux inanimé. Ensuite, en mode veuve éplorée exhibant sa détresse, elle s’était mise à hurler à l’aide tout en s’ébouriffant la tignasse.

Ses appels stridents de douleurs s’étaient entendus jusqu’aux tréfonds de la campagne. Elle avait de la sorte répandu la mauvaise nouvelle à la vitesse de la lumière. La famille du vieillard avait accouru pour enterrer à temps le cruel vieillard, et des larmes de crocodile avaient accompagné son cortège funéraire. Tout juste après le troisième jour, les ayant droits s’étaient activés à faire déguerpir l’intruse et ses filles de la maison de leur père, devenue leur bien désormais. Ils ne lui avaient rien cédé, pas même une assiette de sa vaisselle. Pour qu’ils continuent de nager dans leur jus et détourner leur attention, elle leur avait fait plaisir en les suppliant à genoux de ne pas l’abandonner avec ses filles, leurs demi-sœurs tout de même, à leur triste sort. Mais tous sans exception s’étaient délectés de la voir ainsi déchue. Sans aucune pitié, ils avaient rajouté une couche en lui souhaitant encore plus de malheur. Qui d’entre eux aurait pu imaginer à cet instant que, ce faisant, ils lui accordaient sans être forcés le pardon pour son vol? Personne, c’est certain».

Mariem Bennani

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