MEN-Contractuels : Le grand oublié du bras de fer, l’ENFANT

MEN-Contractuels : Le grand oublié du bras de fer, l’ENFANT

Le conflit opposant le ministère de l’Education nationale aux enseignants contractuels prend de nouvelles proportions. Des écoles publiques, qui d’habitude sont actives, sont désespérément vides.

En effet, depuis plus de deux semaines, des milliers d’élèves sont privés des cours. A la Fédération nationale des associations des parents d’élèves, on estime que ce ne sont pas moins de 180.000 élèves qui ont «vidé» leurs écoles publiques, à cause des débrayages répétés de 50.000 enseignants contractuels.

Pour ces derniers, la grève -jusqu’à gain de cause- va se poursuivre. Ils ont d’ailleurs décidé d’observer une nouvelle grève, du 18 au 24 mars, pour déplorer les dernières mesures, dont notamment le gel par les Académies des salaires des enseignants contractuels de la promotion 2016. Dans un communiqué, les professeurs contractuels continuent d’exiger que leur statut de personnel contractuel bascule totalement vers le régime des fonctionnaires, sous l’égide du ministère de l’Education nationale. Pour ces enseignants, qui refusent les dernières mesures annoncées par le ministère, «il y a une sorte d’intimidation et de désinformation de la part du ministère de l’Education nationale qui démontre qu’il ne faut pas attendre grand-chose de sa part, concernant notre situation», déplore la Coordination nationale des enseignants contractuels dans leur communiqué.

Au ministère, on pensait pourtant que les dernières négociations du 9 mars allaient déboucher sur une solution qui, à coup sûr, devrait satisfaire toutes les parties. A l’issue de ces négociations, auxquelles ont participé les syndicats -à l’invitation du ministère de la tutelle-, ce dernier a lâché du lest en acceptant de changer le statut des enseignants contractuels, pour devenir des fonctionnaires dépendant des douze académies régionales d’éducation et de formation. Lors de sessions extraordinaires tenues par les Conseils d’administration de toutes ces académies, la décision a été prise pour adopter les amendements proposés aux statuts de leurs cadres, en exécution des engagements pris par le gouvernement, indiquait le département d’Amzazi dans un communiqué.

Pourtant, lors d’une conférence de presse, tenue le 6 mars et consacrée à la situation des enseignants cadres des Académies régionales de l’enseignement et de la formation, le ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Saïd Amzazi, s’opposait catégoriquement à ces amendements. «Le recrutement d’enseignants par contrat est un choix stratégique irréversible», déclarait-il fermement. Ce mode de recrutement s’inscrit dans le cadre de l’instauration de la régionalisation avancée, à travers l’achèvement du processus de déconcentration et de décentralisation dans le secteur de l’éducation nationale et l’adaptation de la situation des AREF avec les exigences de la loi n° 69-00, relative au contrôle financier de l’Etat sur les entreprises publiques et autres organismes, disait le ministre.

Malgré les concessions faites par le département d’Amzazi, les deux protagonistes ne sont toujours pas parvenus à un accord définitif.

Dans leur communiqué, rendu public début de cette semaine, les professeurs contractuels, en grève pour la troisième semaine consécutive, ont fait savoir qu’ils ont décidé de prolonger leur mouvement d’une semaine, après le rejet par le ministère de tutelle d’intégrer les enseignants contractuels dans la Fonction publique. Décision prise en réponse également «aux actions de représailles et à la politique de désinformation poursuivie par le ministère », dit-on à la Coordination.

De leur côté, les cinq syndicats (CDT, UGTM, UMT, FNE et FDT) appuient les enseignants contractuels dans leur unique requête d’intégrer la Fonction publique, alors que les mouvements de grève paralysent l’école publique au Maroc. Ils comptent d’ailleurs organiser une grève nationale, les 26, 27 et 28 mars, pour déplorer «l’incapacité de la tutelle de respecter ses engagements», estimant que les mesures prises jusqu’ici dans le dossier des contractuels sont «des solutions de colmatage». Dans un communiqué commun, rendu public mardi 19 mars, les responsables syndicaux dénoncent notamment une situation qui, selon eux, précarise la profession.

Pour les parents d’élèves, «c’est un mécontentement profond qui s’exprime». A deux mois de la fin de l’année scolaire, les grèves répétitives des enseignants contractuels durant cette année fait planer, selon eux, le risque d’une année blanche, vu les multiples grèves des enseignants contractuels au cours de ces trois dernières semaines.

«Si l’année blanche venait à être décidée, il n’y aurait pas lieu de s’étonner. D’ailleurs, les grèves des enseignants contractuels persistent. Pour l’instant, le plus difficile, c’est surtout de trouver le moyen d’éviter l’année blanche. Car, ces grèves ont provoqué un important retard dans les programmes scolaires», souligne, non sans inquiétude, un membre d’une association de parents d’élèves à Casablanca.

L’école marocaine va-t-elle vers une année blanche? Pourra-t-on sauver l’année scolaire?

Le gouvernement a assuré que le Maroc ne court pas le risque d’une année blanche, même si la grogne des enseignants contractuels perdure. Toutefois, soulignent des observateurs, «même si le scénario d’une année blanche est évité, plusieurs interrogations restent posées». L’opinion publique est aujourd’hui agacée par ce bras de fer entre le ministère et les enseignants contractuels, indiquent les mêmes sources. Pour celles-ci, «entre un ministère qui veut régler la question de l’emploi et ces contractuels qui sont préoccupés par leur statut administratif, l’essentiel du problème n’est toujours pas au cœur des débats: l’Enfant».

Qu’auront appris les enfants, cette année? Quel enseignement ont-ils réellement reçu? Et quel impact de ces grèves en termes d’heures perdues? Ces interrogations s’imposent en tout cas et préoccupent beaucoup l’opinion publique. Parmi les réactions les plus notables, celle de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves au Maroc. Celle-ci a tenu, cette semaine, une réunion urgente -suite aux demandes de parents d’élèves et des bureaux régionaux de la Fédération-, pour débattre justement de ces grèves multiples et de leur répercussion négative sur l’école publique marocaine (Voir la réaction de la Fédération des associations de parents d’élèves au Maroc).

Face aux grèves répétitives des enseignants contractuels, la Fédération compte adresser des lettres au chef de gouvernement, au ministre de tutelle, au Parlement, aux SG des partis politiques et aux syndicats, pour tirer la sonnette d’alarme et exprimer leur refus de voir l’enfant pris en otage, dans ce bras de fer entre le ministère de tutelle et les enseignants contractuels.

Naîma Cherii

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