Flash Infos

Le Maroc se défend-il bien au Parlement européen?

«Le Reporter» à Bruxelles

Notre cause et nos grands dossiers sont-ils bien défendus au Parlement européen? Voilà une question bien embarrassante. Et pour cause, les performances des gens auxquels incombe cette lourde et délicate tâche ne sont pas souvent à la hauteur!

Parlement Europeen

Pour s’en rendre compte, il a fallu que, par hasard, une délégation de journalistes représentant la presse marocaine, dont Le Reporter, se rende, à l’initiative du ministère de la Communication, à Bruxelles pour toucher de près les méthodes de travail des plus hautes institutions de l’Union européenne. Un programme bien chargé pour les 12 journalistes et leurs trois compagnons du ministère qui, du 23 au 25 avril dernier, ont assisté à des sessions du Parlement et ont eu des rencontres d’information avec de hauts responsables du Service Européen d’action Extérieur (SEAE). Mercredi 24 avril, alors que ces journalistes venaient assister au Parlement européen (PE) à une session consacrée à l’agriculture, ils ont croisé dans les couloirs du PE une délégation de parlementaires marocains! Une aubaine!

Questionnés sur la raison de leur présence sur les lieux, nos parlementaires ont répondu qu’il s’agissait d’une «simple» visite au cours de laquelle ils vont juste débattre de certains dossiers et faire le point sur d’autres… La routine! Oui, et même un peu plus, puisque l’une des parlementaires qui faisaient partie de cette délégation a même qualifié leur présence, outre le fait d’entretenir les relations bilatérales, de bonne «occasion» pour «vendre le Maroc»! Pas besoin d’une grande intelligence pour comprendre que notre chère «députée» voulait dire promouvoir l’image du Maroc auprès de leurs homologues des instances européennes.

Au fait, ils sont là pour…
Alors qu’à Rabat, ce même jour, les discussions autour de l’accord de libre-échange entre le Maroc et l’Union européenne étaient entamées, les parlementaires marocains, membres de la Commission parlementaire mixte euro-marocaine, devaient tout simplement tenir une réunion préparatoire au siège du Parlement européen à Bruxelles. Une séance qui devait en principe, selon l’ordre du jour, être consacrée à la finalisation des présentations des travaux des binômes autour des thèmes déjà établis lors de la réunion de février de ladite Commission.
Une explication difficile à donner aux journalistes!
Cette séance préparatoire était d’ailleurs très animée et pour cause: 2 points à l’ordre du jour: l’intégration régionale et les réformes politiques, d’une part et l’accord de pêche qui ne passe pas sans faire de «bruit» dans les couloirs de la Commission européenne et au Parlement, d’autre part.
Il est vrai qu’en réponse à nos questions sur l’état des lieux, certaines sources, aussi bien du SEAE que des parlementaires, nous ont affirmé que l’accord est sur la bonne voie. Il serait même sur le point d’être finalisé. Ça bloque juste parce que la partie lobbying est très active chez certains membres de l’Union très peu ou pas intéressés par ledit accord. Ce qui oblige souvent des parlementaires européens, influencés ou en quête de nouveaux mandats (à l’approche des élections européennes), d’y inclure de nouvelles données et d’émettre des réserves sur certains points, afin de faire pression sur le Maroc, notamment les Droits de l’Homme et l’opérationnalisation de la nouvelle Constitution marocaine qui traîne encore…

Piètres performances

Cette Commission n’a pas de pouvoir décisionnel, certes, mais c’est sur la base de ses recommandations que tout se décide. Recommandations dont il était question de présenter ce jour les thèmes de l’intégration régionale et des réformes démocratiques, la régionalisation, la pêche, la mobilité et l’intégration…
Contrairement à ce que nous pensions au début, que les parlementaires marocains seraient plutôt ravis de travailler en présence de la presse marocaine, ils ont tout fait pour exclure les journalistes marocains du Parlement européen! C’était donc à qui aurait le dernier mot. Et ce sont bien les journalistes qui ont eu gain de cause.
Une fois dans la salle, une deuxième tentative des parlementaires marocains, conduits par Abderrahim Atmoun, coprésident de ladite Commission, a échoué… Le coprésident voulait convaincre les journalistes de quitter la salle sous prétexte que le président de la Commission refusait leur présence. Considérant que cette séance était plus importante que celle de l’agriculture à laquelle ils devaient assister et appuyés par le service de presse qui les recevait d’ailleurs, les journalistes ont pu suivre les travaux de la Commission.
Une question se posait cependant: pourquoi cet acharnement de la part de nos parlementaires?
Réponse: dès le début de la séance, le mystère s’élucidait au fur et à mesure que nos parlementaires prenaient la parole… Faisant trop dans les hypothèses et les suppositions, utopiques, rêveurs, distraits ou râleurs (ou plutôt râleuse, puisque c’est d’une femme qu’il s’agit), nos amis étaient complètement à côté de la plaque!
Aucune thèse de fond, dossiers en question non maîtrisés, arguments peu ou pas du tout convaincants, langue de bois, nervosité et trop d’étalage sur des évidences et des slogans…
A deux reprises, le coprésident (italien) de la séance fait remarquer à deux de nos chères élues qu’il faudrait se calmer et être pragmatique. «Ne soyez-pas aussi nerveuse, madame», a-t-il lancé à l’une, puis à l’autre. Il répondra sur un ton ironique : «Si nous sommes appelés à travailler ensemble, il ne faut pas qu’on se raconte des blagues!»… Pour noyer le poisson, on s’étale sur des points qu’on juge non à propos et on se fixe l’objectif de n’aboutir à rien en campant sur une position «négativiste» qui se base sur un volet «technique» qu’on ne maîtrise pas non plus… Ce qui ne vaut que des critiques et qui fait que nos dossiers sont mal négociés et mal défendus, d’où les pourparlers, les discussions et les négociations échouent toujours… C’est bien clair! Et ça l’a été même dans la tête de certains parlementaires qui ont laissé tomber la séance et ont couru derrière les journalistes qui partaient, traînant une grande déception… Voici nos cartes, appelez-nous! On vous donnera plus d’explications et on vous tiendra au courant de l’évolution des dossiers… Ne fallait-il pas plutôt demander pardon de n’avoir pas été à la hauteur et d’avoir failli à une tâche qu’il incombe à ces messieurs et ces dames d’assumer en toute conscience et abnégation? Vraiment, la presse avait raison de ne pas quitter la salle. Elle sait au moins maintenant que, même présents, ceux à qui il appartient de défendre les intérêts du pays ne sont vraiment pas là.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies. En savoir plus.