Je ne serai jamais artiste peintre !

Anas, 28 ans, est étudiant célibataire. Ce jeune homme a choisi d’abandonner son cursus scientifique pour ce qui lui tenait à cœur, la peinture. Mais pourquoi déchante-t-il ? Voici son récit.

«Après tant d’années d’efforts et d’acharnement pour réussir dans la voie qui m’était destinée, j’ai changé d’avis sur un coup de tête. Certains ont pensé que ça craignait pour moi… Mais ils ont eu tort. Mes parents, eux aussi, se sont beaucoup inquiétés. Mais moi, je me suis régalé, ce ne fut pas le moins du monde subversif comme l’ont laissé entendre les mauvaises langues.

Mais là, je retourne à mon premier penchant complètement sevré et c’est mieux ainsi. 

Depuis ma tendre enfance, j’étais un solitaire, peu enclin à m’intégrer dans la masse. Déjà, je n’aimais pas beaucoup le comportement de certains de mes petits camarades de classe ou gamins de ma famille. Ils m’énervaient ou m’exaspéraient. Je me tenais à l’écart pour avoir la paix. Et quand bien même, il y en avait qui ne cessaient d’essayer de me provoquer ou de m’importuner. Mes parents me protégeaient du mieux qu’ils pouvaient face à certaines répercussions dues à la particularité de ma personnalité. Mais au moins avec eux, je n’avais aucun problème.

Contrairement à mon frère et à ma sœur qui, eux étaient de vrais rebelles. Ils ont donné beaucoup de fil à retordre dans leur jeunesse à mon pauvre père et à ma pauvre mère.

Moi, j’étais un môme discret, studieux, curieux mais docile. En plus, très tôt, je me suis passionné pour les matières scientifiques. Comprendre les formules, les appliquer, j’adorais cela sans avoir besoin d’aide. En toute conscience de mes potentialités dans ce domaine, j’ai été brillant dans mon cursus scolaire. Evidemment, mon chemin n’a pas été exempt de petites contrariétés et de défis, mais rien de vraiment insurmontable. Il faut croire que j’ai toujours été protégé par je ne sais quelle bonne étoile.

Forcément, cela m’a valu d’être le petit enfant prodige de la famille, celui que les parents adorent. Cela a duré pas mal de temps, jusqu’à un matin… Je ne sais pas pourquoi mais j’ai tout délaissé pour une nouvelle passion: la peinture. Sans aucune instruction, je me suis mis à l’œuvre usant de gouache et de pinceaux. Cela me procurait un euphorisant ravissement, rien de comparable avec ce que j’avais expérimenté. Je me complaisais sans relâche, jour et nuit dans l’ouvrage de bizarroïdes portraits riches en couleurs. Cela a duré des mois.

En attendant, mes parents m’ont cru atteint de folie. Mais, ils ne m’ont pas brusqué. Comme à leur habitude avec moi,  ils m’ont plutôt ménagé. En tout état de cause, il leur était apparemment impossible de freiner mon ardeur. Je voyais bien qu’ils étaient extrêmement soucieux presque malheureux. Franchement, je sais aujourd’hui combien cela a dû être dur pour eux de me voir délaisser mes études pour faire du «coloriage» selon leur propre expression, alors qu’ils ont toujours misé gros sur mon instruction. Ils m’ont avoué récemment qu’ils avaient aussi beaucoup souffert de ragots qui disaient que j’étais complètement détruit par une consommation excessive de drogues et de psychotropes. Celle qui me permettait de tenir durant mes exams. Ben voyons! 

Et comment que je devais donner plus de crédit à leurs mensonges en peinturlurant comme un illuminé! C’est que je m’imaginais réellement être en train de pondre des chefs d’œuvres. Encore heureux qu’il y en ait eu qui se sont moqués derrière mon dos de mes barbouillages, que j’ai entendus.  Ils ne sauront jamais qu’ils m’ont rendu service. Eux au moins, ils n’ont pas menti. Clairement, il n’y avait rien à redire: mon travail était nullissime, vraiment horrible ! Tellement affreux que j’ai tout brulé sans aucun remord.

Je ne voudrais pas qu’il en reste la moindre trace. Hélas, je n’ai aucun talent pour cet art, j’en ai eu la confirmation définitive et par des pros du domaine.

En revanche, je reste fier de moi pour avoir été assez courageux et ne pas avoir eu peur d’oser faire ce qui m’avait botté.

Nul doute, cette période de mon existence n’a pas été une perte de temps. Elle m’a été absolument bénéfique. Elle m’a permis, plus tard, de poursuivre mes études avec beaucoup plus de pugnacité».       

Mariem Bennani

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