dimanche 23 avril 2017

Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime

«Nous travaillons avec l’UE et non avec ses composantes»

La stratégie nationale «Halieutis 2020», conçue pour le développement du secteur de la pêche maritime et la valorisation des produits de la mer, a permis depuis son lancement en 2009, sur Hautes instructions royales, de réaliser de grands exploits qui ont renforcé le rôle de ce secteur dans le tissu économique national. C’est ce que confirme, au Reporter, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime qui répond aussi à nos questions concernant les relations du Maroc avec l’UE.

«Halieutis 2020» contribue au développement du secteur de la pêche. Au bout de sept ans du lancement de cette stratégie, quels faits marquants peut-on aujourd’hui relever?

Il faut dire que le secteur de la pêche maritime ne cesse de se développer, tant au niveau de la production qu’au niveau de l’exportation ou de l’investissement et ce, grâce notamment à la modernisation de son infrastructure.
La production halieutique nationale est passée de 950 mille tonnes en 2011 à 1,46 million de tonnes en 2016, soit 88% de l’objectif fixé par la stratégie Halieutis à l’horizon 2020. Les revenus générés par cette production ont atteint 11,5 milliards de dirhams en 2016, enregistrant une hausse annuelle de 10% durant la période 2010-2016.
Concernant les exportations marocaines des produits de la mer, leur volume global a atteint 642 mille tonnes en 2015, affichant une hausse de 10% par rapport à 2014 et une hausse annuelle de 5% durant la période 2010-2015. Ces exportations ont généré 19,4 MMDH en 2015, soit 48% des revenus générés par les exportations agro-alimentaires et 65% de l’objectif fixé par la stratégie Halieutis à l’horizon 2020.
Parmi les exploits réalisés grâce à cette stratégie, nous pouvons noter aussi l’augmentation des investissements destinés aux unités de valorisation des produits de la mer qui ont atteint 389 millions de dirhams en 2015, affichant une hausse annuelle de 9% durant la période 2010-2015. Ces exploits économiques ont eu un impact positif sur le volet social, grâce à la création de 129 mille emplois à la mer (2015) et 89 mille emplois à la terre (2016). La stratégie Halieutis accorde aussi un intérêt particulier à la pêche traditionnelle. Dans ce cadre, plusieurs villages de pêche ont été érigés le long des côtes marocaines, avec une moyenne d’un village tous les 55 kilomètres, tous équipés de tous le matériel nécessaire pour le débarquement, le stockage ou la frigorification.

Et quel a été l’apport du Salon «Halieutis» au développement du secteur?
 
Le Salon, qui en est aujourd’hui à sa 4ème édition, s’est imposé, au fil des ans, comme un évènement marquant du secteur halieutique aux niveaux régional et continental. Un rendez-vous d’autant plus important qu’il accompagne la volonté du Maroc de hisser ce secteur au rang de moteur de croissance économique et sociale.
Placé sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, le Salon Halieutis est une vitrine idéale pour mettre en valeur ce patrimoine, ainsi que les efforts déployés, ces dernières années, non seulement pour assurer le développement durable du secteur, mais pour en faire un véritable levier de croissance.
Le thème choisi cette année pour le Salon, «Le secteur halieutique: un enjeu de développement durable», s’avère plus qu’opportun. Il constitue un retour sur la raison d’être même de la stratégie Halieutis. La durabilité, la compétitivité et la performance constituent les axes majeurs de notre action. Ainsi, les 16 projets stratégiques du Plan Halieutis répondent aux principes du développement durable en étant à la fois économiquement viables, socialement acceptables et écologiquement responsables.
A la lumière des derniers développements mondiaux dans le secteur, le Salon d’Agadir se présente comme une opportunité de partage, d’échange, de coopération, de transfert de technologie et de savoir-faire. Le modèle marocain de développement halieutique est aujourd’hui cité en exemple dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Le Maroc a tendance, ces derniers temps, à diversifier ses partenaires, notamment avec des pays africains et la Russie. Cela laisse-t-il entendre qu’il compte redéfinir de nouvelles bases de partenariat avec l’Union Européenne?

Il est essentiel de souligner à ce sujet que la côte africaine est très importante, surtout pour ce qui est de la sardine. S’il y a un secteur qui vend le plus et au plus grands nombre de pays, c’est bien la pêche. On compte 90 pays qui reçoivent nos produits de la pêche, dont plusieurs pays africains. Maintenant, avec ce retour du Maroc à l’UA, il faut travailler davantage et conclure des conventions, pour agir dans un cadre légalement défini. Et puis, le Maroc doit s’impliquer et aider sur le plan de la logistique, ce qui permettra aux marchandises d’être reçues dans les meilleures conditions possibles, notamment de stockage. Sur ce plan, l’Etat se penche sur la question, pour assurer un plus aux exportations marocaines, certes, mais aussi pour fluidifier l’échange avec ces pays africains desquels on pourra éventuellement importer des produits.

Pour ce qui est des relations avec les autres partenaires et les autres pays, pour chaque Etat, il est naturel, dans le domaine commercial, de diversifier les relations. Avec la Russie, par exemple, nous avons fourni un grand effort et on enregistre aujourd’hui un bon développement en matière d’agrumes. Nous travaillons avec le Japon et on est en train de finaliser les documents pour ce qui est des agrumes. L’effort concerne d’autres pays, notamment africains et arabes, en fonction des possibilités et des moyens de nos exportations

Pour ce qui est de l’UE, nous avons tenu la semaine dernière une réunion technique avec l’UE, pour finaliser les nouvelles règles de travail. L’essentiel est que nous avons exprimé notre position en tant que ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime, signifiant clairement aux Européens qu’il n’est pas possible de continuer sur ce schéma où ils font ce qu’ils veulent chez nous. Il s’agit là d’un accord commercial et non d’un accord politique, d’où chacun doit assumer ses responsabilités. En plus, nous n’avons pas le temps de nous occuper à trouver des solutions aux problèmes que peut créer telle ou telle partie. Nous travaillons avec l’UE et non avec ses composantes individuellement prises.

Vous relatez la valorisation de la ressource comme priorité de la stratégie. Qu’est-ce qui a été fait jusqu’à présent, à ce niveau?

En effet, la valorisation de la ressource halieutique est un maillon essentiel de la chaîne de valeur du secteur. Il faut rappeler que l’industrie des produits de la pêche compte 436 unités et emploie directement près de 89.000 personnes. Compte tenu du poids de ce secteur, qui contribue pour près de 50% aux exportations agro-alimentaires du Maroc, notre démarche s’est focalisée sur l’approvisionnement des unités de valorisation et la promotion des produits. Dans ce sens, des possibilités de pêche ont été octroyées dans la pêcherie des petits pélagiques à des opérateurs marocains pour alimenter leurs unités. Nous avons également conçu et mis en œuvre un plan de promotion des produits de la pêche marocains sur les marchés domestique et international. Nous accompagnons ainsi les industriels marocains sur les marchés les plus porteurs, notamment via l’organisation de rencontres B2B lors des salons internationaux des produits de la mer. Nous travaillons, par ailleurs, sur la promotion de l’innovation dans l’industrie, pour accroître la valeur ajoutée des produits, ainsi que sur la mise en place du label halieutique et ce, pour soutenir les efforts de qualité entrepris par l’ensemble des acteurs de la filière de pêche.
En prenant en considération les chiffres précédemment exposés dans le bilan de l’axe «Compétitivité», nous estimons que ces réalisations tendent à montrer que les industriels croient en notre stratégie et l’accompagnent.

Entretien réalisé par Hamid Dades

Il a déclaré…

Karmenu Vella, Commissaire européen à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche

Le Salon Halieutis pourrait être l’occasion de revenir sur les embrouilles qui ont entaché ces derniers jours les relations maroco-européennes, notamment sur le dossier de la pêche…

En effet, mardi 15 février, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, s’est entretenu avec le Commissaire européen à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche, Karmenu Vella, à Agadir. Les discussions ont essentiellement porté sur les différents aspects de mise en œuvre opérationnelle et responsable de l’accord qui lie le Maroc à l’UE. Lors de l’inauguration officielle de la 4ème édition du Salon Halieutis, Karmenu Vella a déclaré à cet effet:

«Ma présence à l’inauguration de ce Salon vise essentiellement le renforcement des relations de partenariat et de l’accord qui lie le Maroc à l’Union Européenne. Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle ère à travers un cycle de conférences ouvertes sur tous les sujets. Nous avons eu des discussions avec le ministre Aziz Akhannouch qui ont porté sur les moyens de développer notre partenariat. Ce partenariat est fort et durable, que nous cherchons à maintenir puissant en gardant en tête les intérêts communs et les intérêts de chacune des parties, dans le cadre d’un partenariat qui date et qui se base sur la confiance mutuelle, le sérieux et la transparence. Tous ces acquis nous œuvrons à les maintenir et à les renforcer».

HD

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