Entretien avec Martine Aubry, maire de Lille

Martine aubry docteur honoris causa  oujda 2013

«Les vrais jumelages impliquent les populations»

Présente à Oujda pour le bilan du jumelage entre Lille et Oujda, Martine Aubry parle au Reporter de l’objet de sa visite, de ce jumelage et des différents projets qui y sont développés.

Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de l’objet de votre visite à Oujda?

L’objet de ma visite est de faire le bilan du jumelage entre Oujda et Lille qui existe maintenant depuis huit ans et de tracer les perspectives pour l’avenir. Lors de cette période, on avait beaucoup travaillé sur l’urbanisme et sur pas mal de jumelages sociaux entre les associations des deux côtés. Les priorités pour l’avenir, c’est l’économie avec l’emploi, bien sûr. Lors de cette visite, on a travaillé avec le wali sur la technopole, notamment sur les énergies renouvelables. Nous avons aussi travaillé sur l’agro-alimentaire, les nouvelles technologies et puis la Santé où nous allons collaborer avec le CHU sur la gestion et sur certaines spécialités.
D’autre part, je suis venue parce que l’Université Mohammed 1er m’a fait l’honneur de me remettre le titre de Docteur honoris causa qui a scellé l’amitié que j’ai avec le Maroc depuis longtemps et qui m’a beaucoup touchée. Ce sont certes deux jours de travail, mais aussi de beaucoup de convivialité, beaucoup de chaleur et on repart avec du travail.

Et pourquoi avoir choisi Oujda pour ce jumelage avec Lille?

Quand je suis arrivée maire de Lille en 2001, j’ai été très étonnée de voir que la ville n’était pas jumelée avec le Maroc, alors qu’il y a à Lille environ 30.000 ou 50.000 personnes marocaines ou d’origine marocaine. Nous avons donc essayé de faire le choix d’une ville qui n’était pas jumelée avec d’autres villes françaises. Surtout une ville qui représentait bien la population d’origine marocaine à Lille. Il s’est avéré que plus de 60% des Marocains de Lille sont de l’Oriental: Nador ou Oujda. C’est la raison qui nous a amenés à choisir Oujda. J’en suis très contente d’ailleurs, parce que chaque fois que je viens ici, notamment en été, j’ai vraiment l’impression d’être chez moi. Je rencontre beaucoup de gens que je connais, beaucoup d’enfants dont je connais même les prénoms et beaucoup de familles… C’est d’ailleurs à partir de là que nous avons commencé à travailler. Nous avons aujourd’hui une vraie plate-forme avec plusieurs centaines de personnes à Lille qui comprend bien évidemment des Marocains, mais aussi des Français qui s’intéressent à ce jumelage avec le Maroc.

Quel est l’apport économique et social du jumelage à Oujda et à Lille?

C’est d’abord un échange de savoir. Mais comme projet concret, nous avons, avec EuraTechnologie, par exemple, un pôle d’excellence à Lille. Là, nous avons convenu de travailler avec la technopole autour des énergies renouvelables et des nouvelles technologies pour en faire un Cluster de recherche dans ces domaines, ici à Oujda.
Sur le plan urbain, nous avons aussi l’ancienne gare d’Oujda, que nous allons aider à se transformer en un lieu pareil à ce que nous avons à Lille, à l’ancienne gare aussi, au cœur des quartiers populaires; un lieu dédié à la culture. Mais c’est aussi un lieu où les familles se sentent bien avec plein de rencontres entre les gens de tous les âges et de toutes les cultures. À Lille, nous avons des jeux pour enfants, beaucoup de manifestations, un petit lieu où on peut prendre des repas, un cinéma, des expositions et des artistes qui y sont accueillis. C’est là un projet très concret que nous allons mettre en place. En plus de la préparation d’une «Régie de quartier» dans un quartier populaire. La Régie de quartier, qui sera une première au Maroc, permettra d’embaucher des gens qui sont en chômage pour rendre des services au quartier. Ces projets économiques sont essentiellement montés pour créer de l’emploi et surtout l’emploi à ceux qui sont loin de l’emploi. Ça nécessite de l’insertion et donc des structures comme cette Régie de quartier.

Comment envisagez-vous l’avenir de ce jumelage?

Lorsque je suis arrivée ici en 2005, la ville n’était pas encore une vraie capitale. C’était une grande commune. Nous avons ensuite envoyé de grands urbanistes et des architectes de Lille qui ont aidé à faire le plan d’urbanisme de la ville. Dès le départ, on a donc travaillé à la restructuration. Il est vrai que le coup de pousse énorme qu’a donné Sa Majesté en apportant les finances nécessaires a permis de le faire. Nous y avons plutôt apporté de la compétence technique et du savoir-faire. C’est ce que nous faisons dans le domaine social et que nous allons faire dans le domaine économique. Il ne faut pas sous-estimer ces actions parce que, quand on a à Lille une association qui travaille main dans la main avec une association ici (à Oujda) sur la violence faite aux femmes, quand on a des écoles qui sont jumelées et qui font des échanges pendant les vacances, c’est aussi important pour moi. Parce que ce ne sont pas seulement de grands projets et ce ne sont pas des jumelages institutionnels où on fait de grands repas entre élus et puis il ne se passe rien.
En culture, nous avons assisté ici au couronnement d’un travail de Lillois avec des femmes d’un quartier populaire auxquelles ils ont permis de s’exprimer en racontant leur histoire. C’est un travail très quotidien. Ce ne sont pas de grands projets et ce n’est sans doute pas aussi important que ce que nous allons faire sur l’économie ou sur la Santé en visibilité, mais, pour moi, un jumelage, c’est aussi ça. Ce sont des femmes et des hommes qui font des choses ensemble. Car les vrais jumelages sont ceux qui impliquent les populations des deux villes et qui sont portés par des citoyens qui croient en leur coopération.

Propos recueillis par NES, Hamid Dades

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