vendredi 20 octobre 2017

Quelle image de la femme marocaine dans le monde arabe ?

Bassima hakkaoui ministre maroc

La femme marocaine, attaquée par les médias et des milieux artistiques arabes, a suscité beaucoup de réactions. Des intervenants dans différents domaines se sont réunis à Casablanca pour débattre de ce phénomène, afin de connaître son origine, de lui trouver des solutions et surtout d’améliorer l’image de la femme marocaine dans le monde arabe.

Le Réseau des Femmes Journalistes(RFJ) et «Nissae mina Al Maghrib» ont organisé, mercredi 23 juillet 2014 à Casablanca, une conférence-débat sur «l’image de la femme marocaine dans les médias et les productions artistiques arabes». Ont assisté à ce débat Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, Malika Najib, chercheur, Azz Al Arab Alaoui, de l’Institut Supérieur des Métiers du Cinéma Marocain, Mounia Merzak, représentant le ministre délégué chargé des MRE et des Affaires de l’immigration, Latifa Ahrar, actrice, Sofia Chihab, universitaire marocaine résidant à Dubaï , Nezha Amghar, du Réseau des Femmes Journalistes, Khadija Sabil, rédactrice en chef de «Nissae mina Al Maghrib», de nombreux acteurs et des représentants de la société civile et de la presse. L’objectif était de parler de l’image négative de la femme marocaine véhiculée par certaines productions télévisuelles dans quelques pays arabes, ainsi que par certains de leurs médias.

Cette conférence-débat a permis de jeter la lumière sur ce phénomène, de le décortiquer et de trouver des solutions pour effacer cette image négative collée à la femme marocaine. «Les médias et les productions artistiques arabes portent atteinte à la réputation de la femme marocaine et perpétuent une image négative. Pourquoi a-t-on choisi de parler de ce phénomène pendant le Ramadan? C’est parce que les productions artistiques foisonnent durant ce mois, surtout que le taux d’audience augmente de façon considérable. En effet, on a prévu de parler de ce problème pendant ce mois; l’animatrice égyptienne, Amani Al Khayat, qui a insulté les Marocains en disant que l’économie du Maroc est basée principalement sur la prostitution, a fait que ce sujet soit au cœur des événements», souligne Nezha Amghar, du Réseau des Femmes Journalistes. Et d’ajouter: «Pourquoi donc cette image négative de la Marocaine? La femme marocaine est la mère et la sœur… D’autant plus que sa réputation est au même rang que celle du pays. Il ne faut pas admettre ce genre d’agissements vis-à-vis des Marocaines. C’est en fait une affaire de nation. L’échange des insultes n’est pas une solution à ce problème. Il faut donc une vision commune pour y faire face».
Khadija Sabil, rédactrice en chef de «Nissae mina Al Maghrib», a parlé des médias qui sont les premiers à soulever ce genre d’affaires et les transformer en une affaire d’opinion publique. Elle a également évoqué l’image de la femme marocaine dans la production artistique marocaine. Une image qui devrait être présentée de façon neutre. D’où l’importance du rôle des médias de donner une bonne image de la femme marocaine. «Les médias reflètent la réalité des sociétés. C’est une sorte d’arme qu’il faudrait utiliser pour combattre ces clichés. On a besoin de médias qui doivent dépasser les frontières pour donner une belle image du Maroc. Mais il y a aussi un manque criant dans la vision et la production artistique marocaine. Il faut se remettre en question et penser à des mécanismes et à des stratégies capables de changer cette image négative aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ».

Appel à une mobilisation contre ce phénomène

La ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, Bassima Hakkaoui, a pour sa part mis en garde contre l’image négative de la femme marocaine véhiculée par certaines productions artistiques arabes, qui touche à sa dignité et porte atteinte à son existence en tant qu’être humain. Hakkaoui a donc demandé lors de cette rencontre de ce se mobiliser massivement pour barrer la route surtout aux émissions qui rabaissent la femme. «De par le monde, on n’attire l’attention que sur le corps de la femme… On ne parle jamais de ses compétences, de son esprit et de son intelligence… La femme marocaine mérite une meilleure place dans la société marocaine autant que l’homme marocain. Il faut savoir que les hommes empêchent les femmes d’évoluer, pour la simple raison qu’ils étaient les premiers à exercer dans tel ou tel secteur, ce qui leur procure un avantage. La preuve en est que l’ancien gouvernement ne comprenait qu’une seule femme ministre. L’actuel gouvernement, par contre, comprend six femmes ministres, ce qui est une bonne chose. La femme marocaine excelle dans différents domaines et il faut lui rendre justice», estime-t-elle.
Bassima Hakkaoui a également annoncé, dans le cadre de la signature d’une convention pour la mise en place de l’Observatoire national pour l’amélioration de l’image de la femme dans les médias, que cette institution va s’arrêter sur le phénomène de l’image négative véhiculée de la femme marocaine dans les pays arabes. La directrice de l’immigration au ministère délégué des Marocains Résidant à l’Etranger (MRE), Mounia Merzak, a pour sa part donné un aperçu sur la migration féminine qui a connu une évolution depuis les années 80, appelant à faire face aux médias étrangers pour rendre la véritable image de la femme marocaine à travers les médias, notamment les réseaux sociaux de la presse électronique.
Ayant travaillé sur ce même sujet, Malika Najib, chercheur, a présenté un diagnostic de cette situation. Elle a donné des exemples de stéréotypes véhiculés par les médias arabes sur la femme marocaine. «On reproche aux médias arabes et aux productions artistiques d’avoir dévalorisé la femme marocaine et de lui coller l’étiquette de sorcière ou de prostituée. Les réactions enregistrées font suite à cette image négative véhiculée par les médias arabes. Cette attaque culturelle, on ne connaît ni ses conséquences, ni ses visées. Ce sujet très sensible est devenu lié à la femme marocaine. Pourtant, la prostitution existe dans toutes les sociétés arabes», a-t-elle expliqué. Et d’ajouter: «Mais il faut s’arrêter pour poser la question suivante: comment se fait-il que nos jeunes filles, même les mineures, décrochent facilement le visa des pays du Golfe? Nos jeunes sont décrites dans les pays d’accueil arabes comme ignorantes et incultes, capables d’attirer les hommes dans leurs filets. Une fois sur place, elles sont interceptées par des réseaux de prostitution qui les obligent à exercer ce métier. Mais en réalité, ces femmes marocaines ne sont pas toutes des prostituées. Ce sont des concurrentes très fortes des femmes arabes. Elles ont beaucoup de qualités: elles sont belles, tendres, attentionnées et ont des dons culinaires. Elles sont fidèles, coquettes, intelligentes et ont beaucoup de goût… Ce qui fait d’elles des perles rares sur le marché du mariage. C’est ce qui pousse les hommes arabes à vouloir se marier avec elles». Selon l’oratrice, ces femmes vivant dans les pays du Golfe ont toujours été un acteur important dans l’économie nationale. Elles font preuve d’une grande solidarité avec les membres de leurs familles, puisqu’elles les prennent en charge. «Elles ne peuvent avoir que notre estime», assure-t-elle. Il y a en fait une grande part de responsabilité de l’Etat marocain, quant à la situation de certaines de nos jeunes filles, surtout dans les pays du Golfe. Ces filles sont analphabètes. Il fallait leur assurer une vie honorable dans leur pays. Il faut une approche commune pour venir à bout de cette situation, afin de sauvegarder la bonne réputation de ces femmes dans leur pays ou à l’extérieur.
Azz Al Arab Alaoui, de l’Institut Supérieur des Métiers du Cinéma Marocain, a pour sa part indiqué: «Admettons que nos médias ou nos fils ont présenté la femme égyptienne de façon négative, que va-t-il se produire? Rien. Parce que tout simplement nos productions artistiques n’ont pas un impact fort. Et ils (les pays arabes) ne suivent pas ce que nous produisons. Nous, par contre, on prend ce qu’ils produisent. Mais jusqu’à quand resterons-nous les bras croisés, sans rien faire? La prostitution existe au Maroc. Elle existe aussi dans tous les pays arabes. Mais on frappe toujours le plus faible. La responsabilité est partagée par tous. Il faut à mon avis remettre en cause la production artistique du Maroc et faire en sorte qu’il y ait un produit qu’on peut exporter aux autres pays. Le Maroc est fort de son Histoire. Par exemple, quand la Turquie a commencé à produire des films historiques, elle a conquis le monde arabe».
L’actrice marocaine Latifa Ahrar a de son côté parlé de l’image de la femme et de l’imaginaire collectif. Selon elle, le Maroc croit toujours à la multiplicité. La femme, quant à elle, a réalisé beaucoup de choses. Elle est très compétente dans différents secteurs et domaines. Les autres pays sont différents de nous. Ils ont par exemple un seul parti, une seule conception des choses, tandis que le Maroc regroupe plusieurs partis. Il a également de multiples voix. Nos médias surtout s’orientent vers l’Occident. Le Maroc est un pays de tolérance. Entre le Maroc et l’Orient, il y a toujours des malentendus. «Les arabes considèrent les Marocaines comme serveuses de sexe, sorcières. C’est pour cette raison qu’il faut investir dans l’art et renforcer la production artistique, afin de promouvoir l’image de la femme marocaine, loin des clichés. Il faut surtout s’ouvrir sur les pays arabes, élargir les débats et présenter une image réelle de la société marocaine. Nous ne devons plus attendre les cahiers des charges ou que nos films soient financés par l’Etat. Il faut créer des chaînes de télévision privées», estime Latifa Ahrar.

Badia Dref

 

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