mercredi 17 octobre 2018

Jeunes, y compris les cadres Pourquoi veulent-ils quitter leur pays…

L’Institut de sondage américain, Gallup, a réalisé une étude sur la perception de l’avenir chez les populations de plusieurs pays africains, dont le Maroc et l’Algérie. En voici les principales conclusions.  

Les révélations de ce sondage font froid dans le dos. Il en ressort qu’un jeune Marocain sur 3 est décidé à quitter le Royaume dès que l’occasion se présente. Cette envie de vivre ailleurs est le résultat du malaise et du sentiment d’incompréhension chez la jeune génération au Maroc.

Partir ou rester? 

«Si vous en aviez l’opportunité, aimeriez-vous immigrer définitivement dans un autre pays ou préfériez-vous continuer à vivre dans votre pays?». A cette question, près de la moitié des jeunes sondés dans différentes villes et régions du Royaume ont affirmé que la question ne se pose même pas. Pour eux, face à des horizons qu’ils considèrent très peu prometteurs et à un avenir morose dans le Royaume, il n’y a d’autre choix que de plier bagage et tenter sa chance ailleurs.  

Ainsi, malgré les efforts menés pour limiter le phénomène de l’émigration, force est de constater que, pour un grand nombre de jeunes au Maroc, l’aventure vers l’Eldorado occidental mérite d’être vécue, en dépit du fait qu’elle tourne souvent au drame, transformant le rêve européen en une véritable mésaventure cauchemardesque. Ce qui est inquiétant dans le sondage de l’institut Gallup, c’est que le désir d’émigration tend à s’accroître de manière proportionnelle et considérable par rapport au niveau d’instruction. Parmi les jeunes désireux de quitter le pays, 40% sont détenteurs de diplômes supérieurs. En d’autres termes, plus on est instruit, plus on est en proie au désespoir et moins on a envie de rester au pays.  

Le rapport de Gallup rejoint les résultats d’une enquête menée, en avril dernier, par le site Rekrute.com qui affirmait que 91% des Marocains veulent aller travailler à l’étranger. Cette étude révélait que 44% des personnes ayant pris part au sondage veulent émigrer à vie. Cette étude a fait savoir que les motivations premières de ces Marocains sont l’accès à une qualité de vie plus confortable, une évolution de carrière plus intéressante et un meilleur environnement de travail.

Le sociologue Fouad Belmir explique, dans une déclaration au Reporter, le désespoir des jeunes dans le Royaume par l’inadéquation des politiques publiques et du système d’enseignement avec les attentes des citoyens. Selon lui, il n’est pas surprenant d’entendre des jeunes répéter que leur rêve le plus cher est de partir à l’étranger, à la rencontre d’un meilleur avenir et de la réussite sociale qu’ils estiment difficiles d’accès dans le pays. Cet avis est partagé par un grand nombre de spécialistes en Développement humain et Personnel. Tous désignent le fossé qui ne cesse de se creuser entre les attentes d’une jeunesse de plus en plus exigeante et des offres gouvernementales en-deçà des attentes et des revendications des citoyens. Les mêmes spécialistes expliquent que l’unique façon de redonner de l’espoir aux jeunes, entre autres catégories de Marocains, est d’élaborer, sans délai, le nouveau modèle de développement marocain.

Engagement royal en faveur des jeunes

Axée fondamentalement sur la formation et l’emploi, ce modèle auquel SM le Roi Mohammed VI a appelé en octobre 2017, à l’occasion de l’ouverture du Parlement, doit proposer des solutions réalistes aux problèmes réels rencontrés par cette catégorie de la population, notamment ceux qui vivent en milieu rural ou dans les quartiers périphériques et pauvres. Accordant une importance majeure aux préoccupations des jeunes, contrairement aux responsables et élus locaux qui ne se souviennent de l’existence de cette catégorie de la population qu’en période électorale, SM le Roi a rappelé, en février 2018, à l’occasion de l’ouverture des travaux du 3ème Forum parlementaire sur la justice sociale tenu à Rabat, qu’il est temps de dépasser la phase de diagnostic, pour apporter des solutions réelles aux préoccupations de la jeunesse marocaine. «Comme Nous avons eu déjà l’occasion de le souligner, il importe aujourd’hui de dépasser la seule étape, néanmoins indispensable du diagnostic, pour s’attacher à résoudre les problèmes existants. Notre dernier discours devant le Parlement a été l’occasion de faire le point sur les obstacles qui empêchent une mise en valeur optimale de notre modèle de développement. Nous y avons également appelé à une remise en question collective de ce modèle», a ajouté le Souverain dans un message adressé aux participants à ce Forum. SM le Roi a au sein de la société marocaine, en plaçant la question de la jeunesse au cœur du modèle de développement recherché. Ces protagonistes devront, comme l’a précisé le Souverain, réfléchir aux moyens les plus efficaces pour améliorer les conditions de vie des jeunes Marocains, d’autant plus que cette tranche de la population constitue le vrai capital du Royaume et une richesse inépuisable qu’il faut exploiter dans le sens positif du terme.

Les jeunes Marocains, contrairement aux clichés véhiculés, ne sont pas ces individus immatures et irresponsables, ni des bras cassés, incapables d’accompagner le développement de leur pays. Ils affirment que leur allure rebelle traduit souvent une souffrance profonde qui les ronge de l’intérieur, mais aussi une manière de crier leur désarroi et appeler à davantage de considération de la part des décideurs.   

Face à des initiatives gouvernementales timides et sans effets notables sur l’amélioration du quotidien des jeunes Marocains, ces derniers vont probablement continuer de rêver de se rendre sur l’autre rive de la Méditerranée, à la recherche d’un avenir meilleur. 

Mohcine Lourhzal

La France toujours en tête

Pour ce qui est de la destination préférée des jeunes qui ne veulent plus vivre au Maroc, la France demeure, pour des raisons historiques et culturelles, la première destination choisie. L’Hexagone est suivi de l’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis. L’Italie et la Libye ne semblent plus intéresser les candidats nationaux à l’émigration.

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