Un an après, quel soutien pour les islamistes ?

Bien trop pressés, les médias qui évoquaient cette semaine l’an 1 du gouvernement ! En fait, c’était l’an 1 de la victoire des islamistes du PJD (parti justice et développement) aux élections du 25 novembre 2011. Ils remportaient alors 107 sièges à la Chambre des représentants. Le gouvernement, lui, avec à sa tête le Secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, n’a été mis en place que le 3 janvier 2012.

Mais, un mois ne devant pas changer grand-chose aux conclusions, arrêtons-nous donc sur cet «an 1» des islamistes au pouvoir, au Maroc. Ont-ils réussi ? Ont-ils échoué ? Pourquoi ?

La réussite du PJD, dans sa conduite du gouvernement, n’est bien sûr reconnue que par le PJD lui-même, qui continue d’assurer qu’il met en œuvre ses promesses électorales via plusieurs décisions économiques et sociales et que, malgré les vents contraires de la conjoncture, le cap sera tenu d’ici la fin du mandat (2016).

Ceux qui contestent cette réussite au PJD et –puisque c’est lui qui le dirige- au gouvernement, en appellent aux chiffres: taux de croissance, taux d’inflation, déficit budgétaire… Rien, estiment-ils, dans la réalité actuelle des indicateurs nationaux, n’est conforme aux promesses électorales. Pire, rien de ce qui est mis en œuvre, ne permettra de réaliser ces promesses. Et les adversaires du PJD en veulent pour preuve, les choix et options de la loi de Finances 2013.

En réalité, ce n’est pas au niveau des indicateurs économiques et financiers que l’on peut déceler les signes de réussite ou d’échec du PJD.

Tous les observateurs savent qu’objectivement, aucun parti politique n’aurait pu faire mieux que celui qui dirige actuellement le gouvernement, dans une telle conjoncture nationale et internationale, fortement marquée par cette crise dont le monde entier pâtit, depuis 2008 et par ses ondes de choc qui nous arrivent, à ce jour, en cercles concentriques. Sans oublier l’impact des printemps arabes sur les priorités économiques et sociales de tous les pays de la région, Maroc compris.

La réussite du PJD, son échec, ses limites, se situent ailleurs…

La première question qui se pose est de savoir si le PJD jouit toujours d’autant de soutien qu’au jour de sa victoire électorale ? La réponse est bien évidemment non. D’abord, dans sa propre base électorale, les failles sont inévitables. Il y a, certes, les inconditionnels pour lesquels il ne s’est pas écoulé assez de temps pour que l’action de leur parti ait des résultats. Mais il y a aussi les déçus qui attendaient sans doute «beaucoup trop et beaucoup trop vite» de ceux en qui ils avaient placé tant d’espoir, oubliant qu’aucun parti ne résiste à l’épreuve de l’exercice du pouvoir… Et qu’en politique, il n’y a pas de baguette magique.

Plus curieusement, le PJD a perdu aussi une bonne partie du soutien de ses alliés de la majorité. N’ayant pas eu de majorité absolue, il a dû –pour constituer le gouvernement- composer avec 3 autres partis politiques: l’Istiqlal (PI), le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et le Mouvement populaire (MP). Or, la participation à la coalition au pouvoir n’annule pas la compétition politique. Bien au contraire. Chacun des quatre partenaires surveille de près les trois autres. D’autant que les élections ne sont pas finies. Les communales et régionales –qui devaient avoir lieu en 2012 et ont été reportées en 2013- sont attendues de pied ferme. Aucun soutien ne peut résister à une telle compétition (si tant est que ce soutien ait jamais existé).

Enfin, le PJD –qui était au début soutenu par une grande partie de l’opinion publique, ne partageant pas son idéologie, mais qui avait décidé de le soutenir dans le contexte du printemps arabe- a vu, peu à peu, ce pan de l’opinion publique se rétracter. En cause, ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui «le syndrome Morsi» (du nom du président égyptien). Bien des Marocains, en effet, se réclamant de la mouvance moderniste, avaient positivement accueilli l’arrivée du PJD au pouvoir, compte tenu de la conjoncture, mais pour eux, les choses étaient claires. Le PJD était le bienvenu pour la direction des affaires, pas pour l’instauration de son projet de société (islamiste). D’où le clash des cahiers des charges de l’audiovisuel, où les modernistes avaient craint une stratégie rampante de mainmise islamiste. D’où, également, cette vigilance permanente que le comportement du président Morsi, en Egypte (mais aussi des salafistes, en Tunisie), n’ont fait qu’accentuer. Chaque fois que le président Morsi a pris une décision étendant ses pouvoirs ou annulant ceux des autres, le commentaire a été: «c’est ça la stratégie des islamistes !». Cela a commencé avec la destitution des généraux Tantaoui & consort. Mais le pompon a été décroché lorsque Morsi a décidé, par décret, de s’arroger des pouvoirs de législateur absolu.

Pour les modernistes, la monarchie au Maroc est la garantie que de telles «glissades» ne se produiront pas. Mais les islamistes du PJD ne pourront jamais rien entreprendre sans que le «le syndrome Morsi» ne jette la suspicion sur leurs intentions. Un parti, quel qu’il soit, cherche à étendre ses pouvoirs. Mais un parti islamiste qui cherche à le faire est doublement combattu, par ses adversaires politiques et par ses adversaires idéologiques. Ce seront là les vraies limites du PJD.

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