Le micro crédit m’a «guérie» de mon mari!

Bien dénigré pour ses taux d’intérêt trop élevés, il n’en reste pas moins que le microcrédit, en tant que programme de lutte contre la pauvreté, fait et fera beaucoup d’heureux. Histoire de Houria, une couturière de 38 ans.

Ce sont des milliers de foyers qui ont vu s’améliorer leur niveau de vie. Des milliers d’hommes et de femmes qui n’avaient pas accès aux services financiers formels et qui ont pu, grâce à ces emprunts, faire progresser leurs petites activités jusqu’à ce qu’elles deviennent plus rentables et donc satisfaisantes. Ces institutions aux larges réseaux d’agences continuent de s’implanter dans tout le pays; nous souhaitons qu’elles aient encore de beaux jours devant elles pour faire le bonheur de ceux qui en sont privés.

 

Houria est une couturière de 38 ans. Sa vie et celle de ses filles auraient vraiment pu mal tourner, si son petit métier et le microcrédit ne lui avaient pas permis de s’en sortir. Voici son témoignage.

«J’ai 38 ans; je suis une femme qui n’a pas d’instruction; j’ai 3 filles à ma charge complète et je suis arrivée à m’en sortir. J’ai eu beaucoup de chance: les microcrédits ont été pour moi une bénédiction. Sans cette opportunité, je me demande ce que nous serions devenues, mes pauvres petites et moi. Je me revois encore comme si cela s’était passé hier. Pourtant, quinze années se sont écoulées. Quand j’ai compris que mon mari m’avait lâchement quittée, je croyais que la terre allait s’arrêter de tourner. J’ai subi la plus horripilante des traîtrises. Je me souviendrai toute ma vie de ce jour, un jour comme les autres pourtant. C’est ce qu’il me semblait, mais c’était loin d’en être un. Ce jour-là, mon époux s’était levé comme d’habitude. Il m’avait jeté les 10 dirhams quotidiens pour faire les repas, avait bu son thé et était sorti. Il se rendait à une place où tous les peintres et autres artisans se réunissaient en attendant que quelqu’un vienne les trouver pour une bricole. En temps normal, travail ou pas, il revenait vers les 20 heures. Mais ce jour-là, il ne revint pas. J’ai longtemps attendu et, comme personne n’arrivait, j’ai enfilé ma djellaba et couru au «mawkaf». Il était dangereux à cette heure tardive pour une femme de s’y rendre mais, dans mon affolement et pensant au pire, je n’y pris pas garde. Le pire était qu’il n’y avait personne, l’endroit était désert. Je m’en retournais à la maison, me répétant machinalement, pour me donner du courage, que je l’y trouverais. Mais à ma grande déception, je ne retrouvais que mes toutes petites filles. Je fis comme si de rien n’était, pour ne pas les inquiéter et aussi pour ne pas subir de pénible interrogatoire. Qu’est-ce qu’elle avait pu être longue et interminable cette nuit! Je n’arrivais pas à fermer l’œil et sursautais à chaque petit bruit qui me faisait croire que c’était enfin lui. Les heures d’insomnie avaient défilé jusqu’au lever du jour et mon mari n’arrivait toujours pas. Que faire? Que lui était-il arrivé? Très tôt, hâtivement, je demandai à l’une de mes voisines de me garder les filles et retournai une deuxième fois au même endroit. Aux hommes assis, je demandai si quelqu’un pouvait me renseigner. L’un d’entre eux, qui semblait bien le connaître, me dit d’un ton railleur: «Ton mari, va le chercher à Tiznit». Je croyais qu’il se moquait de moi. Mais quand tous les autres dirent en chœur que mon mari n’était qu’un enfant de chien, je compris que l’homme disait vrai. Le choc de cette nouvelle me fit tomber par terre. J’étais complètement ravagée, accablée par la haine et la tristesse. Suffoquant sous une quinte de sanglots, je m’en retournai chez nous. Un étau se resserrait autour de ma gorge, parce que des questions terribles m’assaillaient. Comment faire pour manger, payer les charges et vivre, quoi? Je ne savais que confectionner des foulards de bain en tissu que j’ornais de fils de soie colorés. Mes ouvrages, je les donnais à vendre pour 10 dirhams à une dame qui travaillait dans un hammam. Mais aussi à quatre voisines, dont deux en vendaient par terre avec des pyjamas et les deux autres étaient vendeuses ambulantes. Elles les proposaient à toute personne qu’elles rencontraient sur leur itinéraire. J’avais appris à faire ça, à broder et à coudre à la machine grâce à ma tante chez qui j’avais grandi. Ma tante, d’ailleurs, n’avait jamais voulu que je me marie avec «le peintre». C’est ainsi qu’elle le surnommait. Je l’ai épousé envers et contre tous. Cet homme s’est révélé sombre et peu causant et arrivait à peine à prendre en charge notre ménage. Je joignais misérablement les deux bouts avec mes ouvrages. J’étais encouragée par mes voisines logées à la même enseigne: nous confectionnions des tas de choses, chacune selon sa spécialité. Nous avions une solidarité exceptionnelle. C’est d’abord grâce à mes ouvrages et à ces femmes que je m’en suis sortie. J’ai vite fait de comprendre qu’il ne me servirait à rien de me leurrer sur mon sort et me suis résignée à travailler sans répit. Lors de mes achats de fournitures, j’ai rencontré des personnes ambitieuses qui m’ont parlé du microcrédit et de ses avantages. Et avec serviabilité, ils m’en ont expliqué les rouages. J’ai rapporté ces divines informations à mes voisines. Comme nous nous connaissions bien et que nous avions les mêmes aspirations, celles de nous en sortir, nous avons formé cette garantie solidaire. Nous n’avons d’ailleurs jamais failli à nos remboursements. Grâce à cet argent emprunté, j’ai pu confectionner plus de foulards. Ensuite, j’ai pu acheter ma première machine et du tissu. Depuis, je couds des tabliers, des serviettes, des gants de toilette, des «kiss» de hammam… A mon premier réseau de distribution, s’est ajouté celui d’un gros commerçant qui les redistribue. Je continue d’avoir recours aux microcrédits. J’ai pu acquérir des machines plus perfectionnées et plus de marchandises. Je travaille beaucoup, mais je suis très satisfaite. J’ai aussi de beaux projets. Dernièrement, j’ai sollicité une demande pour l’octroi d’un logement social. Ma demande a été accordée. Enfin, nous aurons un chez nous, mon propre bien! De ce vieux et malheureux destin qui a été le mien, j’en ai finalement tiré un grand profit. J’ai arrêté de pleurer et retroussé mes manches, pour mon bien et celui de mes filles. Les voir heureuses, vêtues, nourries et poursuivre l’école me fait oublier la grande trahison de leur père et la fatigue de ma besogne. De ce monstre, j’ai eu des nouvelles par le plus grand des hasards. J’ai rencontré une de ses cousines chez un grossiste de tissu. Elle m’a confié qu’il s’était remarié, qu’il avait eu d’autres enfants et avait perdu la vue. Elle me supplia d’oublier et ne pas le priver de ses filles. J’ai été scandalisée par cette proposition. Un fantôme du passé n’a plus le droit de revenir hanter mes pensées et celles de mes filles. Avec lui, nous n’aurions jamais eu de vie équilibrée, je n’aurai jamais pu connaître de microcrédit, ni travailler comme aujourd’hui, ni avoir l’ambition de devenir propriétaire d’une maison!».

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