jeudi 25 mai 2017

Docteur Bahae Benomar, responsable d’un Centre de fécondation in vitro

«La religion est claire sur la procréation médicalement assistée»

Que représente pour vous ce colloque, organisé à Rabat, sur la procréation médicalement assistée?

Ce colloque fait suite à un texte de loi n° 47-14 qui tend à réglementer la pratique de cette thématique au Maroc.

Comment avez-vous accueilli cette loi?

Généralement, très bien.

Est-ce qu’elle répond à vos attentes?

Absolument, puisque nous demandions un cadre juridique pour exercer cette spécialité.

Comment la qualifiez-vous?

C’est une spécialité que nous jugeons très pointue. Elle fait appel à nombre d’intervenants. Pour cela, le législateur doit être vraiment bien éclairé sur l’évolution rapide de cette pratique, afin que l’on puisse offrir aux couples demandeurs la meilleure prise en charge.

Avez-vous proposé des amendements aux textes de loi?

Justement, nous avons demandé qu’il y ait des amendements à certains textes de loi.

Pouvez-vous nous définir la procréation médicalement assistée?

L’assistance médicale à la procréation se définit aussi comme l’ensemble des techniques médicales destinées à faciliter la procréation.

C’est tout ce qui concerne la fécondation et la manipulation des gamètes (embryon) mâles ou femelles à l’extérieur de l’organisme, dans un laboratoire.

Aujourd’hui, nous disposons des moyens qui permettent de préserver soit les spermatozoïdes, soit les ovules de la femme et, quand ces personnes arrivent en âge de se marier et veulent avoir un projet parental, ils peuvent utiliser ces gamètes dans la procréation médicalement assistée, pour avoir un enfant.

Quelle est la durée de conservation de ces gamètes?

Elle peut être longue, dix ou quinze ans, selon le moment où la personne est tombée malade.

Que disent les textes de loi sur cette question?

Pour la loi, si nous limitons cette période de conservation à quelques années, nous risquons de léser l’intérêt du patient.

Est-ce que c’est une pratique connue au sein de la société marocaine?

La société marocaine de médecine de la reproduction avait fait un sondage. Celui-ci a montré qu’on avait 15% de couples qui souffraient d’infertilité, ce qui en fait une maladie de santé publique. C’est quand même très important!

L’enquête a montré que beaucoup de personnes ne savent pas encore l’existence de ces techniques.

En plus des tabous?

Oui. Il y en a qui croient que c’est «Haram».

De quelle année date le premier bébé éprouvette au Maroc?

Le premier bébé éprouvette dans le monde (en Angleterre) date du 25 juillet 1978. C’était le bébé Louise Brown qui est actuellement grand-mère.

Quelle est la réaction du religieux?

Dans les années 80 (du siècle dernier), ça a provoqué des réactions d’ordre religieux. Il y a eu plusieurs Fatwas, dont celle d’Al Azhar (Egypte) et d’autres au Koweït et en Arabie Saoudite. Un colloque a été organisé au Maroc en 2003 et on y avait invité des religieux. Nous avons expliqué que, dans toutes ces «Fatwas», on disait que l’Islam encourage la procréation au sein du couple marié, bien entendu. C’est la première règle incontournable. Il faut que ce soit avec les gamètes (embryons) des parents: les spermatozoïdes du mari et l’ovule de l’épouse.

Et pour ce qui est des dons?

Tout ce qui relève du don est interdit.

Et le recours à une femme porteuse?

Faire appel à une femme porteuse qui va prêter son utérus est également interdit.

La religion est donc claire…

Aussi claire que l’eau de roche. Il ne faut donc pas qu’il y ait d’amalgames au sein de la population. Toutes ces techniques sont bien autorisées au sein du couple marié.

Au niveau de l’information et de la sensibilisation?

Il y a encore des efforts à faire pour dire à tous ces couples que ces techniques existent.

Quel facteur de réussite de la fécondation in vitro?

Le succès de cette pratique dépend un peu l’âge de la femme. Mais le succès n’est jamais à 100%, dans aucun pays au monde.

Et de quel ordre est-il?

De 25 à 35%, selon l’âge de la femme.

La société civile se prête-t-elle à cette sensibilisation de la population?

Des associations se sont constituées. Elles vont nous aider à faire valoir le droit des couples à avoir un enfant et à avoir accès à ces techniques.

Y a-t-il un suivi psychologique pour soutenir les couples demandeurs de procréation médicale assistée?

Cela n’a pas encore été prévu, mais ça viendra. Car, il faut accompagner ce couple dans sa détresse parce que, quelquefois, il y a des divorces et de vrais problèmes socioculturels dans la société marocaine.

Qu’attendez-vous de ce colloque?

On attend de sortir avec des recommandations qui vont dans le sens de l’évolution de cette pratique et qui garantissent la meilleure prise en charge possible de ces couples.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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