Casablanca, dix mois de Tramway

Casablanca tramway

Au bout de dix mois d’activité, en dépit d’un pesant déficit financier, d’un ensemble d’entraves relevant plutôt du civisme et de la grogne des employés exprimée cette semaine par une menace de grève, les affaires semblent bien tourner pour le «guerrab» casablancais qui tient le pari de devenir le moyen de transport privilégié des Casablancais.

En effet, lors d’un point de presse durant lequel Youssef Draïss, directeur général de Casa Transport et maître d’ouvrage de ce projet, devait faire le bilan de cette première phase d’exploitation, les chiffres présentés ont tous versé dans une thèse prônant une progression certaine.
Côté offre, il y a lieu de souligner que ce sont aujourd’hui 37 rames qui sont mises en service avec un intervalle réduit à 5mn 15s entre les rames pour le tronçon commun (Sidi Moumen- Anoual) et 10 mn sur les branches, en plus de l’adaptation des passages aux heures de pointe. Depuis août 2013, la vitesse commerciale sur l’axe Sidi Moumen-Aïn Diab a atteint 18,1 km/h et sur l’axe Sidi Moumen-Facultés, elle est passée à 18,8 km/h.
Si au lancement (décembre 2012), le nombre d’entrées n’a enregistré que 761.005 (en 19 jours), il est monté à 1.154.217 en janvier 2013, pour atteindre 1.887.029 en août de la même année, après avoir atteint un pic en juillet avec 2.111.492. Au 15 septembre dernier, le nombre de voyages effectués était de 16.067.188 avec une moyenne journalière de 80.000, du lundi au vendredi. Les responsables ont ainsi fait remarquer que les stations les plus fréquentées sont celles de la place des Nations Unies, d’Aïn Diab plage terminus et de Sidi Moumen.
Casa Tramway continue d’améliorer ses services afin de drainer le maximum d’usagers. La démarche qualité est ainsi de mise et vise surtout l’élargissement du réseau de distribution et l’encouragement du mode abonnement. Mis en place depuis février 2013, l’abonnement mensuel normal est de 230 DH. Il est de 150 DH pour les étudiants, outre une formule hebdomadaire à 60 DH. Ces derniers représentent aujourd’hui 15% des voyages effectués et totalisent quelque 8.000 abonnés.
À l’occasion de la rentrée scolaire 2013/2014 et afin de répondre aux besoins et attentes des étudiants du secteur privé (primaires, secondaires et supérieurs), Casa Tramway a étendu sa formule d’«Abonnement-Etudiant» aux étudiants issus des établissements privés. Les étudiants de ce secteur peuvent ainsi bénéficier de la formule Abonnement-Etudiant à 150 DH par mois, au lieu de 230 DH pour l’abonnement plein tarif classique.

Les désagréments d’à-côté

Outre les accidents dont les responsables de Casa Tramway ne jugent pas la moyenne «excessive», l’infrastructure du tramway souffre d’un autre mal. Les actes répétitifs de vandalisme n’ont rien épargné. En dix mois de mise en service, ce ne sont pas moins de dix stations qui ont subi des dégradations, à cause des accidents ou du vandalisme. De nombreux équipements ont ainsi été affectés par la récurrence d’incidents sur les barrières vitrées. De nombreuses barrières ont aussi été détruites, un distributeur DTT a été arraché, un portillon enfoncé et 2 panneaux publicitaires détruits. À cela s’ajoutent les tas d’ordures sur la voie.

Tout un réseau à développer

La première ligne a permis de couvrir de nombreux quartiers, mais reste insuffisante pour répondre aux besoins croissants des Casablancais en transport collectif. Pour atteindre cet objectif, tout un réseau complet de transport, avec trois autres lignes de tramway, une ligne du RER et une autre de métro, doit être réalisé afin de mailler la zone dense et les extensions urbaines, a relevé le président du Conseil de la ville, Mohamed Sajid.
Ce réseau sera à terme long de 157 kilomètres, dont le RER reliant sur 57 km Mohammedia et l’aéroport Mohammed V via le centre de Casablanca, avec une partie souterraine de 9 km entre Casa-Port et Casa-Sud. Il comprendra aussi un métro aérien de 15 km devant desservir les quartiers à forte densité populaire (Moulay Rchid, Sidi Othmane, Sbata, Derb Soltane, Maâraif et Bourgogne), soit un bassin de deux millions d’habitants desservis, avec des prévisions de trafic de 400.000 voyageurs par jour. Ce mode aérien coûtera quelque 8 MDH/km, soit un coût bien moindre qu’un projet de métro souterrain dont la réalisation est estimée à un milliard de dirhams par kilomètre, a fait savoir Sajid.
Les dossiers techniques du métro aérien, dont l’étude avait été entamée en 2012, devront être prêts en avril prochain, avant le lancement des appels d’offres, alors que la mise en service prévisionnelle sera vers la fin 2018, selon le président du Conseil de Casablanca. Le tramway n’est donc qu’une première partie d’un réseau global de 171 km représentant un schéma arrêté en 2007. En effet, la métropole économique avait mis en place plusieurs stratégies de développement sectoriel pour diversifier l’offre touristique et séduire les investisseurs. Ce schéma est venu accompagner et soutenir ces stratégies de développement en mettant en œuvre un système de transport adéquat. Cependant, la réalisation de la globalité du réseau en une seule fois était très difficile, les moyens de financement faisant défaut. Les responsables ont opté pour une réalisation en plusieurs tranches.
La première partie est ainsi achevée et couvrant les principaux quartiers du Grand Casablanca. Les discussions de la deuxième phase ont été entamées dès fin 2012. La priorité a été accordée à la réalisation d’une tranche de 15 km de métro aérien. L’axe le plus chargé est Hay Moulay Rachid, Sidi Othmane, Derb Sultan et Bd. Mohammed VI pour arriver au centre-ville (Bd. Zerktouni). Le début des travaux est prévu cette année. Ce métro s’est inspiré, selon le maire de Casablanca, du modèle chilien, vu que la ville de Santiago ressemble à celle de Casablanca. C’est un modèle fonctionnel qui répond aux besoins des voyageurs avec le moindre coût possible.


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Entretien avec Youssef Draïss, DG de Casa Transport

Youssef draiss tramway casa

«Les indicateurs d’exploitation sont positifs»

Côté voyageurs, le tramway de Casablanca semble avoir tenu ses promesses. Comment jugez-vous cela?

En effet, plus de 16 millions de voyageurs se sont déplacés à bord du tramway, depuis sa mise en service en décembre dernier. C’est quatre fois le nombre d’habitants de Casablanca, avec une moyenne quotidienne de 80 mille voyageurs et on compte atteindre une moyenne quotidienne de 100.000 voyageurs à fin 2013 et 250.000 à fin 2015. Cette moyenne génère des recettes de 98 MDH.

Des recettes qui ne permettent pas encore à l’entreprise d’entrer dans ses frais, d’où un déficit de l’ordre de 140 MDH au 1er septembre 2013. Comment gérez-vous la situation, surtout avec la cadence actuelle?

Aujourd’hui, il s’agit d’une cadence normale qui est appelée à enregistrer une montée en charge progressive au fil des mois. Il faut dire que le prix du ticket (à 6 DH aujourd’hui) n’est pas suffisant pour atteindre l’équilibre financier. C’est ce qui nous a amenés à penser à l’instauration d’une complémentarité entre le tram et le bus qui pourrait aider à équilibrer. Cette intégration est aujourd’hui en phase d’expérimentation et devra être opérationnelle avant fin octobre. Elle est par ailleurs dictée par la montée en puissance des dépenses qui sont de l’ordre de 132 MDH, auxquelles il faut ajouter les coûts de maintenance (26 MDH) et les actes de vandalisme (32 MDH), ainsi que le montant des dettes à rembourser (47 MDH).

Au vandalisme, il faut aussi ajouter le coût des accidents qui n’est pas négligeable. À quoi est-ce dû, selon vous?

Il s’agit surtout du comportement des usagers de la voirie, notamment les piétons et les automobilistes qui posent un vrai problème. Lorsqu’on dénombre 134 accidents, dont 14 pendant le mois d’août et 3 décès, cela donne à réfléchir. Lorsqu’on sait que 80% des accidents ont lieu dans un carrefour où, malheureusement, les automobilistes, les 2 roues et les piétons ne respectent pas la signalisation, on ne peut qu’appeler le public à redoubler de vigilance dans les croisements et à respecter les feux de signalisation. Toutefois, il y a lieu de signaler que la moyenne des accidents n’est pas excessive. Cela n’empêche pas que la vigilance devra être de mise, même si la vitesse maximale du tram ne dépasse pas les 19 km/h.

En dépit de tout cela, Casa Transport annonce continuer sur son élan de développement. Quels sont donc ses futurs projets?

En effet, tous les indicateurs d’exploitation de la première ligne de tramway de Casablanca sont positifs et nous continuons de travailler pour l’amélioration de la qualité de service. Nous disposons aujourd’hui de 5 agences commerciales opérationnelles et travaillons avec 38 dépositaires qui sont en fonction. Nous avons procédé au renforcement du dispositif de vente mobile (Aïn Diab-Facultés et prochainement Place des Nations Unies).
Les abonnements (hebdomadaires, mensuels et étudiants) mis en place en février dernier représentent 15% des voyageurs avec 8.000 abonnements actifs. Un plan d’action est à présent en place, visant à encourager les abonnements auprès des entreprises, étudiants et grand public. Pour la sécurité et le confort, les opérations de maintenance s’effectuent régulièrement afin de vérifier le bon fonctionnement des équipements. Plus de 200 agents sont déployés en stations et ont pour mission la sécurité et l’assistance des voyageurs.

Propos recueillis par H.D

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