dimanche 8 décembre 2019

Ayoub Aboubaigi, Coordinateur national des étudiants en médecine : La vie normale reprend, mais…

Après plusieurs mois de grève menée pour demander au gouvernement de répondre à leur dossier de revendications comprenant 16 points, les étudiants des facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire mettent fin au boycott des examens, en entamant, ce vendredi 20 septembre et jusqu’au 11 novembre, les examens semestriels. Restent les grands chantiers de la Commission mixte… Les détails dans cet entretien exclusif.

Le Reporter : Qu’en est-il de la situation actuelle des étudiants en médecine après qu’un accord ait été conclu pour mettre fin au boycott des examens? Qu’est-ce qui est prévu dans les jours qui viennent?

Ayoub Aboubaigi : Maintenant qu’un accord a été conclu entre les étudiants et le gouvernement, on va reprendre les cours, les stages cliniques ainsi que les examens semestriels. On va essayer de sauver l’année universitaire et de rattraper le temps pendant lequel nous avons boycotté les examens semestriels et les cours. Ainsi, à partir du 20 septembre et jusqu’au 11 novembre, nous allons être en période d’examens. Et après cette date, les étudiants vont entamer la nouvelle rentrée universitaire. Ceci étant, les représentants des étudiants en médecine (générale, dentaire, pharmacie) vont continuer à tenir des réunions. Objectif : débattre de la question de la mise en application de l’accord conclu avec le gouvernement. Il s’agit aussi de tenir des réunions dans le cadre de la commission mixte ayant été créée dans le but de réformer le système de la formation médicale. Puisque les étudiants y sont aussi impliqués de manière à vérifier que les conditions, notamment matérielles, soient satisfaites. D’ici la fin décembre prochaine, cette commission devra finaliser ses travaux. A noter que cette commission devra débattre d’un certain nombre de volets, à savoir notamment la relation entre le secteur public et le secteur privé, l’accès à la faculté de médecine, etc.

Selon vous, l’accord conclu entre les étudiants et le gouvernement a-t-il été satisfaisant?

Oui. En général, l’accord a répondu au dossier revendicatif des étudiants. Il a porté sur huit volets, lesquels concerne, entre autres, la relation entre le public et le privé, les stages cliniques de la 7e année et le nouveau système médical, le concours de résidanat, etc. Certes, nous avons obtenu satisfaction sur plusieurs points. Mais cela ne veut pas dire que les choses se sont améliorées pour autant. Cela ne signifie pas qu’avec cet accord, on a amélioré -pour autant- la situation du système médical au Maroc. Néanmoins, à travers cet accord conclu avec le gouvernement, nous avons la garantie que les points qui figurent dans cet accord –et que nous avons revendiqués- vont être mis en application sur le terrain. Sachant que si nous constatons qu’il y a un contournement de la part de certaines parties, pour ne pas mettre en application cet accord et ne pas respecter les promesses faites autour de la table, eh bien, à ce moment-là, on va revenir à la rue.

Plusieurs mois se sont écoulés après votre première manifestation. Pourquoi ça a été si difficile d’aboutir à un accord ?

Les manifestations ont duré plus de six mois. Si ça n’a pas marché, c’est bien à cause de l’intransigeance des responsables des deux ministères de tutelle. Il faut dire que depuis le début du dialogue, les choses n’étaient pas prises au sérieux. C’est ce qui a fait que la période de grève a duré plus de six mois et que notre dossier de revendications n’a pas été pris en compte. Sachant que certaines personnes ont essayé de nous créer des obstacles. Ces personnes, qui  profitent de l’anarchie qu’il y a aujourd’hui en ce qui concerne la manière dont sont créées les facultés privées au Maroc, ne voulaient pas qu’il y ait une issue au problème. On a même essayé de «diaboliser» et de salir l’image des étudiants en médecine. Mais au final,  il y a eu prise de conscience sur le fait que nos revendications étaient légitimes, justes et objectives. On a donc compris qu’il fallait ouvrir un dialogue sérieux avec les étudiants pour aboutir à des solutions sur un certain nombre de points qui doivent être résolus de manière urgente. Pour mettre un terme à la crise, disons-le, il fallait aboutir à un accord sur ces points d’abord.

Es-ce à dire que d’autres points restent à revendiquer?

Oui, bien entendu. Nous pensons qu’il y a encore des choses à revendiquer. Beaucoup de points restent en effet à régler, notamment en ce qui concerne le système de la formation médicale au Maroc. Nous estimons qu’il faut encore des réformes. Il faut absolument ouvrir un débat réel sur la relation entre le secteur public et le secteur privé dans notre pays. Nous l’avons d’ailleurs fait savoir dès le début de la grève. Notre place ce n’est pas dans la rue. Notre place naturelle, c’est plutôt à l’hôpital et à l’université. Mais si nous constatons qu’il y a toujours anarchie dans la mise en œuvre de ces facultés privées, ou pas de respect des règles pédagogiques, ni clarté et transparence dans la mise en œuvre de ces projets privés, notre position est claire. A ce moment-là, nous allons de nouveau revenir à la charge, en organisant d’autres manifestations (sit-in, marches…).

En tant qu’instance syndicale des étudiants, nous refusons la privatisation du secteur de la formation médicale dans les conditions actuelles. L’éclosion des facultés privées de manière anarchique sera catastrophique pour la qualité de la formation du médecin marocain. Le problème est que dans ces établissements privés il y a un grand manque en matière des cadres (professeurs encadrants) et de matériel pédagogique et légal. Faut-il le souligner, les stages cliniques se font  dans des centres de santé, sans qu’il y ait des professeurs encadrants.

Ouvrir la voie -de façon anarchique- à n’importe qui veut ouvrir un hôpital privé, sans respecter les normes, sans qu’il y ait un contrôle pédagogique et sans assurer des stages cliniques permettant à l’étudiant d’être bien encadré, cela ne peut qu’être catastrophique pour la formation ; et donc catastrophique pour la santé des citoyens. Aussi, estimons-nous qu’il est nécessaire d’avoir une vision claire sur tous ces projets de création de facultés privées de médecine. Car, disons-le, il y a une grande anarchie dans ce secteur. Et il n’y a pas de clarté ni de transparence en ce qui concerne la mise en œuvre de ces projets. Il est nécessaire de dévoiler les cahiers de charges relatifs à ces projets. Transparence oblige !

Interview réalisée par Naïma Cherii

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