Etats-Unis, Conseil de Sécurité, dossier du Sahara | Soft power, diplomatie et jeu de puissances…

Etats-Unis Conseil de Sécurité dossier du Sahara

De g à d: Antonio Guterres (SG de l’ONU) et Donald Trump (Président des Etats-Unis)

Jeudi 10 décembre 2020. Une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des relations d’amitié et de coopération qui lient le Maroc aux Etats-Unis.

Cela fait 243 ans que Rabat et Washington ont concrétisé leurs relations diplomatiques. En 1787, les deux pays ont procédé à la signature d’un «Traité d’amitié, de navigation et de commerce» entre les deux pays. En 1836, ce Traité a été reconduit. Ces deux actes étaient significatifs, car dès 1777, le Maroc fut le premier pays au monde à reconnaitre l’indépendance des Etats-Unis prononcée le 4 juillet 1776.

L’annonce faite jeudi 10 décembre 2020, par le président sortant Donald Trump, à travers un Tweet, de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur l’ensemble de son territoire, y compris le Sahara est un geste historique qui vient conforter le Maroc dans sa position sur ce conflit orchestré de toute pièce par le Polisario et son mentor, le régime d’Alger.   

Couronnement d’une longue bataille diplomatique

Convaincre la communauté internationale de la justesse de la cause nationale n’a pas toujours été une mince affaire. Sous la conduite de SM le Roi Mohammed VI, la diplomatie marocaine a dû faire face à de multiples obstacles dressés sur son chemin par le duo algéro-polisarien. C’est un secret de polichinelle. Le régime algérien tire les ficelles de  ce conflit orchestré de toutes pièces au lendemain de l’organisation de la Marche Verte en 1975. Cette marche a permis la libération des provinces du Sud du Royaume du protectorat espagnol.

Sahara Cs Onu

Comme l’expliquent les spécialistes de la question du Sahara, le traitement de cette question au CS de l’ONU obéit à un rapport de force, principalement entre les cinq membres permanents de l’instance exécutive de l’Organisation des Nations Unies, ceux qui disposent du droit de véto, à savoir la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

La position américaine sur le dossier du Sahara a connu des changements en fonction de l’identité du locataire de la Maison Blanche. Dès que le camp démocrate tient les rênes du pouvoir aux Etats-Unis, des Organisations Non-Gouvernementales (ONG) bien que se présentant comme étant indépendantes, montent aussitôt au créneau pour s’attaquer au Maroc, brandissant l’épouvantail des droits de l’Homme au Sahara. Parmi ces ONG, Human Rights Watch (HRW) et la Fondation Robert Kennedy de sa présidente Kerry Kennedy arrivent en tête. Elles présentent chaque fois que l’occasion le permet, le Maroc comme le méchant loup qui bafoue les droits humains et plus spécifiquement dans les régions du Sud. Or, les rapports émanant d’Organisations internationales crédibles, s’accordent à dire que les exactions des droits de l’Homme sont à chercher du côté des camps de Tindouf et en Algérie. Dès lors  que les pétrodollars algériens entrent en jeu, les pseudo-défenseurs des droits humains deviennent adeptes de la devise «motus et bouche cousue».  

Washington, acteur clé du Conseil de sécurité

Pour revenir au rôle important que jouent les Etats-Unis dans les résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara, il faut dire que la griffe américaine, en tant que pays porte-plume (pen-holder) desdites résolutions a toujours été apparente et ce, depuis la résolution 379 du Conseil de sécurité sur le Sahara, adoptée lors de la 1852ème séance du Conseil de sécurité des Nations unies en novembre 1975. Néanmoins, l’influence décisive des USA sur le contenu des dites résolutions n’a pas toujours servi les intérêts du Maroc. L’exemple le plus poignant remonte à il y a sept ans. Le 9 avril 2013, les Etats-Unis avaient présenté le projet de résolution 2099, sur la prorogation du mandat de la Minurso au Sahara. Soumis au Groupe d’Amis du Sahara, qui compte en son sein des membres permanents du Conseil de Sécurité, dont la France et l’Espagne, le texte avait constitué un changement inquiétant dans le traitement réservé par les USA au conflit autour du Sahara. Au-delà de représenter une atteinte à la souveraineté du Maroc, cette résolution était allée à l’inverse de la position habituelle des Etats Unis.

Comment expliquer alors le changement de position américain à l’égard du dossier du Sahara? Premièrement, l’arrivée à la tête du Département d’Etat de John Kerry. L’ancien candidat démocrate à la présidentielle américaine de 2004, avait préconisé en 2008, en qualité de Président de la Commission des Affaires Etrangères au Congress américain, «un rééquilibrage de la politique américaine au Maghreb» au profit de l’Algérie. Kerry est même allé jusqu’à dire que les années Bush et Clinton ont «favorisé le Maroc, sans apporter d’impact réel sur la situation politique au Sahara». En 2013, Kerry a été nommé par Barack Obama, au poste de Secrétaire d’Etat, équivalent du ministre des Affaires étrangères, succédant à Hillary Clinton qui n’a pas vraiment été d’un grand soutien à la cause marocaine, malgré le fait qu’elle connaisse bien le Maroc en tant qu’ex première dame des Etats-Unis. Le hasard ne fait pas toujours bien les choses. L’approche de Kerry par rapport au dossier du Sahara avait reçu le plein soutien de Suzanne Rice, alors Représentante Permanente des Etats-Unis à l’ONU de 2009 à 2013 et conseillère à la sécurité nationale de 2013 à 2017,  sous l’administration Obama. Partant de ce qui précède, on peut dire que sous l’administration de Barack Obama, le dossier du Sahara a été le plus malmené.  Que dire du cafouillage ayant conduit au retrait de la confiance par le Maroc, de Christopher Ross, lors de l’été 2012.  Ross qui a été nommé en janvier 2009, au poste d’Envoyé personnel de l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en remplacement de Peter van Walsum. La position du Maroc a été considérée par l’administration Obama, comme un affront pour la diplomatie américaine. Il faudra attendre fin 2016 pour que la position des Etats-Unis sur le Sahara redevienne plus logique, juste et équilibrée.

Après l’élection du Président Trump et pendant une période assez longue de sa présidence, un nuage d’incertitudes planait sur les relations entre les deux pays. La situation est devenue encore plus préoccupante lorsque Trump a nommé au printemps 2018 John Bolton en tant que conseiller à la sécurité nationale. La première décision de Bolton fut de raccourcir le mandat de la Minurso, d’un an à six mois, pour la première fois depuis avril 2008. Cette décision visait clairement à faire pression sur le Maroc. Bolton était connu pour son parti- pro-algérien dans le conflit. C’est un des rares partisans de la tenue d’un référendum pour mettre fin au conflit. En avril 2019, il a tenté de relancer le débat sur la nécessité de créer un mécanisme de surveillance des droits de l’Homme au Sahara et dans les camps de Tindouf. Cette tentative fut un cadeau à son ami de longue date, David Keene, un lobbyiste algérien, qui avait signé un contrat de lobbying avec l’Algérie en novembre 2018. Mais, malgré cette période d’incertitudes, le Maroc a réussi à empêcher tout développement préjudiciable à ses intérêts. Le nouveau discernement des Etats-Unis à l’égard de la question du Sahara ne peut pas être dissocié d’une nouveauté de taille au Conseil de Sécurité. Après avoir obtenu le soutien unanime des 15 membres du Conseil pour devenir Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a officiellement pris ses fonctions le 1er janvier 2017, succédant à ce poste, au Sud-Coréen Ban Ki-moon. Depuis cette date, les résolutions de l’ONU sur le Sahara ont identifié l’Algérie comme étant un acteur principal dans ce dossier. De ce fait, elle a été appelée à assumer pleinement son rôle, à la hauteur de son implication politique, diplomatique, militaire et financière dans ce différend. Dans sa dernière résolution (2548) adoptée le 30 octobre 2020, le Conseil de sécurité a une nouvelle fois réitéré son engagement pour une solution politique et d’écarter définitivement toutes les options inapplicables. La résolution a précisé que toute solution qui n’est pas pragmatique, n’est pas réaliste ni réalisable et est donc à écarter. Faut-il rappeler que le Conseil de sécurité avait, dès sa résolution 2414 de 2018, demandé au Polisario de s’abstenir de tout acte qui viendrait compromettre le processus politique enclenché sous l’égide des Nations Unies, pour parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara.

Le réalisme l’emporte enfin!

Aujourd’hui, la majorité des membres de la communauté internationale soutient la position marocaine vis-à-vis de la question du Sahara, basée sur la proposition d’autonomie élargie des régions du Sud sous souveraineté marocaine, qui représente la seule et unique solution pour résoudre ce différend vieux de 45 ans. Le soutien de la communauté internationale à la cause marocaine a été bien visible au lendemain de l’intervention des Forces Armées Royales (FAR) dans la zone de Guergarat. Intervention réussie qui a permis de déloger les milices du Polisario de cette zone tampon qui revêt une importance névralgique pour le maintien des échanges commerciaux et des flux humains au niveau de cet axe routier qui relie le sud du Maroc et le nord de la Mauritanie. Après avoir été longtemps induits en erreur par les séparatistes grâce aux milliards de pétrodollars de l’Algérie, de nombreux pays ouvert les yeux sur la réalité du développement économique et social dans les provinces du Sud du Royaume.  Cette prise de conscience au niveau international, a poussé les plus grandes puissances mondiales, dont les Etats-Unis à renforcer leur coopération avec le Maroc. Dans ce cadre, l’aide américaine octroyée au Royaume au titre de l’année 2020, a couvert tout le territoire national, y compris au Sahara. Une décision qui a consacré, une nouvelle fois, la souveraineté du Maroc sur ses provinces sahariennes. Cette décision a désavoué, encore une fois, le tandem Algérie-Polisario et mis fin au triomphalisme des médias à leur solde.

Comme l’a dit récemment l’Ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Omar Hilale, «Au Sahara, la régionalisation avancée est en marche. Bientôt, il ne restera plus rien à discuter sinon de libérer les séquestrés de Tindouf». L’annonce du Président américain Donald Trump de la reconnaissance par son pays de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, conforte la politique et la vision avant-gardiste de la diplomatie marocaine.

Mohcine Lourhzal

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