Cette insupportable persécution d’une vieille dame par ses voisins et ses propres enfants !

Brahim, 62 ans, épicier, est marié et père de 3 enfants. Cet homme croit bon de rapporter cette histoire pour nous donner une idée de ce dont sont capables certaines progénitures et le voisinage. 

«Le spectacle de cette vieille femme que je vois endurer l’impensable presque tous les jours, mais qui se défend malgré son handicap et sa condition de vie, m’est intolérable. Sous mes yeux, se déroulent les preuves que notre société se déshumanise. Aussi que les valeurs traditionnelles familiales ne sont plus que des mots et qu’elles sont en voie de perdition. En ce qui me concerne, j’y vois aussi pour nous autres «chibanis» un très sérieux avertissement à prendre en considération et que quelques précautions s’imposent. 

Il y a quarante ans, avec six mille dirhams d’économie, j’avais pu louer pour la somme de cinq cent dirhams, un petit local à proximité de la médina et le remplir de marchandise à vendre. Et dire que j’avais amassé cette somme en vingt ans. C’est que j’avais été expédié par mes parents pour travailler comme aide épicier à l’âge de six ans. Au début, tout mon petit salaire était reversé directement à mes parents qui vivaient au bled à des centaines de kilomètres d’ici. Moi et d’autres, nous vivions sur place dans cette même épicerie. A mes quinze ans, j’avais eu une autre proposition et cette fois j’étais à même de pouvoir gérer mon revenu. Nous étions plusieurs dans la même situation et tous ensembles nous nous étions solidarisés pour un logement plus décent.

C’était une chance impensable. D’autres que je connaissais n’avaient pu se sortir de l’enfer de leur condition que bien plus tard. Evidemment, tous mes colocataires et moi-même prenions très au sérieux l’aide aux parents. A cette époque, le seul moyen fiable pour la leur faire parvenir, c’était un conducteur d’autocar lui-même issu de notre bled. Avec mon salaire de 50 DH la semaine, j’arrivais à payer ma cotisation de logement qui s’élevait à 50 DH par mois et à envoyer à mes parents 150 DH. Je ne me nourrissais qu’avec un seul dirham, ou souvent bien moins de sa moitié, versé en guise de pourboire pour avoir tracté la marchandise des plus généreux clients de mon employeur, un grossiste de denrées alimentaires. Je vous jure qu’il ne faut pas s’imaginer qu’il y en avait beaucoup de généreux… Dans ce monde du calcul du centime, il ne fallait pas s’attendre à grand-chose.

Des économies, je n’avais pu en faire que lorsque j’avais changé de boss. Pour tout vous dire,  il y en a eu beaucoup. Bien sûr, à chaque fois que j’avais changé de lieu de travail avec une meilleure rétribution, j’augmentais la somme que j’envoyais à mes parents. A ce jour, je ne pourrais concevoir qu’il en soit autrement. Avec mes autres frères et sœurs, nous attachons une importance viscérale à leur bénédiction. Nous en acquitter nous est tout aussi nécessaire que l’air que nous respirons. Si seulement, nos parents avaient voulu venir vivre auprès de nous, nous les aurions choyés comme jamais ils ne l’auraient imaginé. Mais avec eux, ce sujet ne se discute pas. Donc, c’est ainsi que j’avais fonctionné jusqu’au jour où j’avais eu assez de moyens pour m’installer à mon compte dans ce lieu que je continue d’exploiter. J’y suis resté et j’en suis maintenant l’heureux propriétaire. Cela avait été possible quand ses héritiers qui n’en avaient que faire me l’avaient proposé.

Autour de moi, il n’y a que de petits commerçants et on ne sert que des gens de petite condition qui vivent dans le coin. Certains rideaux, depuis mon arrivée, sont restés fermés et personne n’en sait la cause.

Il y a quatre ans, nous avions vu arriver une dame très âgée qui, selon les ouï-dire, aurait été chassée de sa maison par ses propres enfants. Apparemment, elle n’avait pas d’autre solution que d’élire domicile dans sa seule et unique propriété, ce garage de trois mètres sur quatre. Elle y vit au grand damne de ceux qui ont des murs mitoyens aux siens.

Parce qu’elle a eu des démêlés avec eux, nous avons vu un jour arriver ses fils. Face au flot d’insanités qu’ils avaient débité au sujet de leur mère qui n’était pas sur les lieux, nous sommes restés pantois. Les seuls qui se sont allègrement frottés les mains de cette honteuse tragédie, ce sont ceux qui n’ont qu’un souhait c’est qu’elle crève et qu’elle débarrasse le plancher.

Ces voisins de la pauvre dame, qui est handicapée d’un bras et d’une jambe, avec une maladie chronique, ne cesseront jamais de se plaindre de sa présence. Ils disent qu’ils n’en peuvent plus que des odeurs pestilentielles de cuisine viennent «agresser» leurs narines pendant qu’ils travaillent. Qu’ils ne supportent plus de l’entendre les insulter…

Ce sont eux pourtant qui avaient commencé à lui faire des misères et à lui jouer de sales tours, sans respecter ni son âge ni sa condition. Connaissant parfaitement ses horaires de sorties pour ses soins ou ses courses, ils se sont amusés à déposer dans son intérieur, un chat écrasé, un rat mort, aussi à déverser des excréments à sa porte. On les avait tous entendus rire jusqu’à l’hystérie à son retour, mais ce n’était pas du tout risible. Même que pour se défendre une fois, elle ne s’était pas gênée pour assener, avec sa canne, une bonne correction à l’un de ses tourmenteurs. 

Tout le voisinage s’était pointé ce jour-là pour essayer de rétablir le calme. Ce fut terrible de la voir autant brimée par un gars qui pourrait avoir l’âge d’un de ses petits-enfants. Nous avons été secoués d’indignation sans pouvoir faire grand-chose pour elle. Depuis, quelques-uns d’entre nous, qu’on peut compter sur les doigts d’une main, nous essayons de lui apporter un peu de soutien avec des dons. Mais, à contre cœur nous sommes obligés de le faire en catimini pour éviter le grabuge entre nous tous.

Car, les bourreaux continuent leur sale boulot de sape avec la monstrueuse bénédiction des enfants de cette pauvre vieille femme. C’est vraiment insupportable de les entendre s’en vanter.

A mon sens, il n’y aucun doute sur le fait que cette mauvaise graine d’enfant ne s’était manifestée que pour jeter de l’huile sur le feu, afin d’achever leur mère et de bénéficier de l’héritage qu’ils visent».

Mariem Bennani

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