lundi 20 août 2018

Sahara : Ce qu’il faut retenir de la résolution 2414

La résolution 2414 du Conseil de sécurité (CS) sur le Sahara, adoptée vendredi 27 avril 2018 à l’unanimité, est venue apporter des précisions, rétablir les vérités et souligner la démarche privilégiée par la Communauté internationale pour résoudre ce différend régional.

S’exprimant à l’issue du vote annuel du Conseil de sécurité de la résolution sur le dossier du Sahara, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, a estimé que les éclaircissements du CS, en tant qu’organe exécutif de l’Organisation des Nations Unies, ont porté particulièrement sur trois points essentiels, outre la prorogation du mandat de la Minurso pour 6 mois supplémentaires, c’est-à-dire jusqu’au 31 octobre 2018.  

Zone tampon: le Polisario sommé de s’en retirer  

Le chef de la diplomatie marocaine souligne que le premier point sur lequel le CS de l’ONU a insisté est relatif au statut historique et juridique à l’est du dispositif de défense et aux agissements inacceptables du Polisario dans cette zone. Dans ce sens, le chef de la diplomatie a noté que, concernant Guergarate, le Conseil de Sécurité a exprimé sa préoccupation au sujet de la présence du Polisario dans la zone tampon, tout en appelant ce dernier à se retirer immédiatement. Dans la résolution, le CS s’est en effet déclaré «préoccupé par la présence du Polisario dans la zone tampon de Guerguerate et demande son retrait immédiat».

Bir Lahlou: non à toute action déstabilisatrice

En ce qui concerne la situation qui prévaut à Bir Lahlou, la résolution votée à l’unanimité des membres du CS a clairement appelé le Polisario à s’abstenir de toute action déstabilisatrice dans cette zone, exprimant la profonde préoccupation de l’ONU, suite à l’annonce par les dirigeants séparatistes de leur intention d’y transférer leurs structures administratives. Dans ce sens, le CS a estimé qu’une telle décision risque de déstabiliser toute la région. «Le Conseil de Sécurité s’inquiète de l’annonce par le Front Polisario du transfert prévu de fonctions administratives à Bir Lahlou et lui demande de s’abstenir de toute action déstabilisatrice de ce type», a souligné la résolution onusienne.

Amalgames et mensonges 

S’agissant du statut juridique et historique de la zone à l’Est du dispositif de défense, le Conseil de sécurité, comme l’a expliqué le chef de la diplomatie marocaine, a confirmé que cette zone doit demeurer un no man’s land, contrairement aux allégations véhiculées par les séparatistes appuyés par le pouvoir militaire algérien. La résolution du CS a été nette là-dessus en soulignant que: «Le statut de la zone à l’Est du dispositif de défense est, pour les Nations Unies, une zone tampon, comme le stipulent les accords de cessez-le-feu, où il ne saurait y avoir d’activités civiles ou militaires». Cette position de l’organe exécutif de l’ONU fait siennes, selon Nasser Bourita, les préoccupations exprimées dans les messages adressés par SM le Roi Mohammed VI au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Pour le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, le CS a mis en garde le Polisario et l’Algérie, de la manière la plus ferme, contre leurs actes de provocation et leurs agitations irresponsables. Les mensonges véhiculés par les séparatistes sur l’existence de soi-disant territoires libérés ou de zones de déploiements ont été également battus en brèche par le CS de l’ONU, a relevé le ministre marocain des AE, faisant observer que le Polisario est aujourd’hui appelé, plus que jamais, à répondre aux injonctions du Conseil de Sécurité et à se retirer immédiatement, définitivement et sans conditions de la zone située à l’Est du dispositif de défense. Dans la résolution 2414 sur le Sahara, le CS a affirmé son plein appui «à l’intention du Secrétaire général et de son Envoyé personnel, dans ce contexte, de relancer les négociations avec une nouvelle dynamique et un nouvel esprit, en vue de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable…».

Processus de négociations: le CS insiste sur le rôle de l’ONU

Nasser Bourita a fait observer que l’organe exécutif de l’ONU a défini la finalité du processus politique, identifié les acteurs et confirmé le leadership onusien. Ainsi, la résolution a invité les parties à «reprendre les négociations sous les auspices du Secrétaire général sans conditions préalables et de bonne foi, en tenant compte des efforts déployés depuis 2006 et des développements ultérieurs, en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable (…) dans le cadre d’arrangements compatibles avec les principes et objectifs de la Charte des Nations Unies (…)». Selon le chef de la diplomatie marocaine, l’ONU a écarté, par cette position, toutes les solutions, schémas ou plans irréalistes, irréalisables et non durables défendus par les autres parties et réaffirme la prééminence de l’Initiative marocaine d’autonomie élargie.

L’Algérie doit mettre la main à la pâte

Par ailleurs, le CS de l’ONU a demandé expressément et avec insistance aux pays voisins, dont l’Algérie, d’apporter leur contribution au processus de négociations. En effet, la résolution a demandé aux «Etats voisins de contribuer de manière importante au processus politique et d’accroître leur participation au processus de négociations». Comme expliqué par le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, Nasser Bourita, le CS de l’ONU a fait sienne la recommandation du Secrétaire général dans son dernier rapport (S/2018/277) d’inviter l’Algérie à s’engager fortement dans le processus politique, à la hauteur de ses responsabilités imprescriptibles dans le différend régional sur le Sahara marocain. Il a souligné que le statut de l’Algérie en tant qu’acteur et partie prenante dans ce conflit a été confirmé par la résolution onusienne sur le Sahara. S’agissant du troisième point relevé par la résolution du CS de l’ONU sur le Sahara, le ministre a affirmé que l’Algérie a été triplement interpellée.

Au niveau du processus politique, l’ONU a ainsi exhorté les pays voisins -et donc l’Algérie- à faire «une importante contribution au processus politique et d’accentuer son engagement dans le processus», à la hauteur de ses responsabilités dans la genèse et le maintien du différend régional sur le Sahara marocain, a expliqué Bourita. Et d’ajouter qu’il s’agit là d’une reconnaissance du rôle politique, médiatique, militaire et humanitaire de l’Algérie dans la question du Sahara.

Camps de Tindouf: le CS appelle à l’enregistrement de la population

Côté humanitaire, la Résolution du Conseil de Sécurité a réitéré sa demande à l’Algérie d’honorer ses obligations internationales à l’égard des populations des camps de Tindouf, en lui demandant à nouveau que l’enregistrement des populations dans les camps de Tindouf soit envisagé et en soulignant qu’il convient de déployer des efforts à cet égard, a relevé le chef de la diplomatie marocaine. Dans ce volet, la résolution a réitéré sa «demande d’examen de l’enregistrement des réfugiés dans les camps de réfugiés sahraouis».

Le Conseil de Sécurité a ainsi situé le différend sur le Sahara dans son vrai contexte régional, en reconnaissant qu’une solution politique à ce conflit régional permettra le renforcement de la coopération entre les pays du Maghreb et contribuera à la stabilité et à la sécurité de la région sahélienne.  

Mohcine Lourhzal 

Le Maroc remercie ses alliés

Suite à l’adoption de cette résolution, le Maroc a tenu à remercier les pays qui ont privilégié une démarche constructive, en particulier le porte-plume de la résolution, les Etats-Unis d’Amérique, ainsi que les autres pays permanents et non-permanents, membres du Conseil, qui se sont mobilisés pour défendre la légalité internationale et préserver la stabilité et la sécurité dans la région. Il a par ailleurs regretté la position de ceux qui ne se sont pas joints à la quasi-totalité du Conseil, a conclu Mr Bourita (il s’agit de la Russie, de la Chine et de l’Ethiopie qui se sont abstenus, lors du vote de la résolution).

Sahara

La résolution et ses six mois…

Dans sa résolution 2414, adoptée vendredi 27 avril 2018, le Conseil de Sécurité (CS) de l’ONU a prorogé de 6 mois le mandat de la Minurso jusqu’au 31 octobre 2018, au lieu d’une année comme ça a été le cas pour les précédentes résolutions onusiennes sur le Sahara. En prorogeant de 6 mois le mandat de la Minurso, le CS de l’ONU exerce plusieurs pressions. D’abord, sur le Polisario et l’Algérie, mais aussi sur l’Envoyé personnel du SG de l’ONU, tout en encourageant le Maroc à poursuivre ses efforts pour trouver une solution politique à ce différend régional. Pour ce qui est de Horst Kohler, il n’a plus beaucoup de temps devant lui pour rapprocher les points de vue, dans le cadre du processus des négociations, pour parvenir à une solution durable à ce dossier. Au lendemain de sa nomination par le SG de l’ONU, il a promis de relancer le processus de négociation entre les différentes parties au conflit autour du Sahara, selon une stratégie plus innovante. Il devra donc mettre la main à la pâte et prouver ses bonnes intentions. S’agissant des séparatistes, en effet, ils ont été sommés, en termes clairs, de cesser tout agissement de nature à porter préjudice à la paix et à la stabilité dans la région, ou qui tendrait vers le changement du statu quo au Sahara. Le Polisario a été également sommé de se retirer, immédiatement, de la zone de Guergarate. Pour sa part, l’Algérie a été implicitement appelée à prendre part aux efforts pour la résolution de ce conflit; elle qui a toujours estimé qu’elle n’était pas concernée par ce dossier. Dans ce sens, la résolution onusienne a expressément demandé aux pays voisins, donc à l’Algérie, d’apporter une contribution importante pour progresser vers une solution politique de ce conflit. Dans la résolution 2414, le Conseil de Sécurité a enfin appelé à la reprise des négociations dans le cadre d’un esprit de compromis et de réalisme. C’est ce à quoi le Maroc a toujours appelé.

Zone tampon

Faut-il croire au retrait du Polisario?

Le Conseil de Sécurité, dans sa résolution 2414 de cette fin avril 2018, a sommé le Polisario de lever le camp de la zone tampon de Guergarate et de ne rien changer au statu quo au Sahara. Selon certaines informations de médias algériens, les éléments armés du Polisario se seraient retirés de Guergarate. Toutefois, rien n’est garanti avec les séparatistes. Déjà en 2017, ils avaient annoncé leur retrait de Guergarate, avant d’y déployer leurs milices armées, défiant ainsi les appels lancés par le Conseil de Sécurité de l’ONU, pour un retour au calme dans la région.

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