mardi 24 octobre 2017

Finance participative : Les banques pour le démarrage

Le Maroc a adopté volontairement une démarche progressive pour le lancement de la finance participative, afin de s’assurer d’un démarrage sécurisé de cette nouvelle activité.

C’est sur cette conclusion que s’est achevée, à Casablanca, la 4ème édition des «Meetings de la Finance», marquée également par un workshop organisé par la Bourse de Casablanca, en partenariat avec l’Association Professionnelle des Sociétés de Bourse (APSB) et l’Association Marocaine de la Finance Participative-Sharia Compliant (AMFP). Placée sous le thème «Mécanismes de financement de l’écosystème de la finance participative Sharia Compliant via le marché des capitaux», cette rencontre s’est inscrite dans le cadre des actions d’accompagnement des professionnels du marché et de la réflexion autour des nouveaux outils et techniques de financement. Il en est ressorti aussi que  le Royaume a notamment adopté un cadre légal et réglementaire très souple qui laisse la voie ouverte à l’innovation.
Selon les conférenciers, dont des représentants de Bank Al-Maghrib, du Conseil Supérieur des Ouléma, de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux et des experts internationaux, la finance participative, qui a été consacrée à la fois par la nouvelle loi bancaire, mais également par le texte ayant modifié la loi de titrisation, constitue un important levier de développement du marché financier marocain. Elle permettra à la fois d’accroître l’activité, en offrant une nouvelle gamme de produits, mais également d’améliorer l’intégration financière et le taux de bancarisation, en intégrant des personnes qui n’adhéraient pas aux principes de la finance conventionnelle. L’écosystème de la finance participative a impliqué plusieurs études et échanges avec un certain nombre d’instances internationales et de régulateurs à travers le monde, avant de procéder à un benchmark des meilleures pratiques qui pouvaient se faire en la matière.

Les étapes d’une action

Bank Al-Maghrib a travaillé, la main dans la main, avec le Conseil Supérieur des Ouléma. Il a organisé des visites d’études pour les membres du Conseil, afin qu’ils puissent s’enquérir et se familiariser avec les principes et les pratiques et échanger avec les instances de régulation, notamment au Bahreïn et en Malaisie, deux pays où la finance participative est très développée, ont-fait savoir les conférenciers. Ces derniers ont également martelé que le Comité Charia pour la Finance Participative, relevant du Conseil Supérieur des Ouléma, est la seule instance habilitée à émettre des «fatwas» sur la conformité des produits de la finance participative aux préceptes de l’Islam du juste milieu, ouvert sur les valeurs universelles et tolérant. Les différentes parties prenantes travaillent d’arrache-pied pour l’émission inaugurale des certificats de Sukuk souverains, afin de permettre aux futurs acteurs participatifs, bancaires principalement, de disposer d’un papier négociable en dirhams qui leurs permettrait de gérer leur liquidité.
La première émission de Sukuk souverains en dirhams sur le marché domestique aura lieu avant la fin du premier semestre 2017. Il s’agit des Sukuk Ijara, la structure la plus fréquente pour les émissions souveraines, ont indiqué les intervenants. Ces spécialistes de la finance participative ont aussi noté que la voie reste ouverte, ce qui permettra d’avoir un nouvel atout pour ce marché. Le Maroc pourrait ainsi se positionner, plus que jamais, comme hub de la finance en Afrique. La cotation des Sukuk pourra être envisagée. D’autres structurations complexes pourront être explorées pour créer des produits de placements participatifs, à l’instar des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) Charia-Compliant, conformes à la charia.
Le Comité des établissements de crédit a récemment émis un avis favorable à cinq demandes d’agrément pour la création de banques participatives, ainsi qu’à trois banques pour les autoriser à offrir des produits participatifs. Le comité, composé de deux représentants de Bank Al-Maghrib, dont le wali en sa qualité de président et de deux représentants du ministère chargé des Finances, dont la directrice du Trésor et des Finances extérieures, a émis cet avis après étude et analyse de ces dossiers, notamment sur le plan de l’actionnariat, de la valeur ajoutée au marché marocain, de la gouvernance et des risques.
Dans le cadre de cette activité, le Dahir régissant le Conseil Supérieur des Ouléma a été modifié et complété pour créer en son sein un Comité Charia pour la finance participative. Cette action, qui commence aujourd’hui avec les banques, sera suivie par l’émission des «soukuk» et le démarrage, au courant de 2017, des assurances «Takaful». Ces trois éléments sont les composantes essentielles de l’écosystème de la finance participative qui devra créer de l’emploi, de la richesse et une valeur ajoutée pour le Maroc et son économie.

Et encore plus d’ambition…

Selon les intervenants du secteur, l’ambition ne s’arrête pas là, puisqu’il est prévu le lancement d’un indice boursier «Chariaa-Compliant» au niveau de la Bourse de Casablanca, ainsi que de nouvelles «offres de placement collectif en immobilier» (OPCI).

Il n’en demeure pas moins que cet écosystème a besoin de liquidité. Ce qui appelle plus de travail et d’exploration de pistes en mesure d’identifier les mécanismes à mettre en place pour financer cet écosystème. Dans ce cadre, outre les «Soukuk», les professionnels explorent les «comodities markets», le marché des matières premières. Un marché qui fonctionne très bien en Malaisie, d’où l’ouverture sur l’échange d’expériences qui va permettre d’aller de l’avant en la matière, à travers la création d’une plate-forme marocaine et de réussir l’expérience au niveau national, pour l’exporter ensuite en Afrique.

Tout comme pour le lancement de cette expérience, l’on procédera par une démarche progressive, pour assurer un lancement réussi sur tous les plans. Une chose est sûre, le Maroc a aujourd’hui ses banques participatives qui, comme l’a relevé le président du Conseil des Ouléma de Mohammedia, ne sont nées ni pour concurrencer, ni pour contrer les autres  banques, mais qui apporteront une nouvelle méthode d’agir en la matière, tout en se faisant du bénéfice. Car, après tout, «il s’agit bel et bien d’entreprises qui se doivent de gagner de l’argent». Mais elles ont leurs manières et leurs modes de fonctionnement qui ne mettent «nullement en tort les pratiques des banques conventionnelles qui n’ont rien d’illicite», a-t-il le président du Conseil.

Hamid Dades

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