mercredi 16 août 2017

Addict aux réseaux sociaux!

Kabir, 58 ans, fonctionnaire et marié, est père de 3 enfants. Et pourtant, il est accro aux réseaux sociaux. Il raconte comment il en est arrivé à en devenir si dépendant.

«Il y a deux ans, j’ai fini par me mettre moi aussi au net. J’ai mis beaucoup de temps à vouloir le faire. Me servir de l’outil informatique pour travailler, ça, je savais… J’avais suivi une formation informatique dans notre administration. Je reconnais que, pour m’y adapter, j’avais mis du temps. D’autant plus que je ne m’en servais strictement qu’au boulot. Ensuite, il y a eu l’ère de la connexion accessible pour tous. Mais je refusais catégoriquement qu’internet entre chez moi. Je voulais que mes enfants s’instruisent par les livres et se divertissent en regardant des films.

Pour nous donner quand même des notions, j’avais inscrit mes enfants et m’étais inscrit moi-même dans un cyber. Pour moi, ces quelques heures le mercredi et le dimanche après midi étaient largement suffisantes. Mes enfants étaient encore petits.
Aujourd’hui, je n’ai presque plus mon mot à dire sauf pour payer les frais: tout le monde à la maison possède son petit matériel dernière génération, smartphones et compagnie.
Impossible de camper sur mes positions, surtout que tous les amis et proches tchatchent avec ces joujoux intelligents dernière génération. Je ne pouvais supporter que ma famille souffre de se sentir amoindrie devant les autres.
A l’époque de ma persistante opposition, au bureau, je passais pour un ringard guindé aux idées étriquées. Tous les collègues ou presque se moquaient de moi lorsque je voulais participer et voir ce qui causait leurs crises de fou rire devant un petit écran. Ils me disaient: «Non franchement, ces trucs ne sont pas pour toi, â l’hadj, tu risques de nous faire un arrêt cardiaque!». Ensuite, il y avait ma femme que je trouvais souvent absorbée par ce qu’elle regardait, ou suffoquant de rire. Sans parler de mes enfants qui me saluaient à peine quand ils étaient derrière leur écran: ils ne me parlaient presque plus. Je me sentais exclu de leur monde. C’est comme ça que, secrètement, je suis allé moi aussi souscrire à un abonnement, le énième…
Et dire que je me retrouve à chaque fin de mois à payer une somme plutôt rondelette; un trou dans mon budget! Mais je n’y peux rien, je ne peux plus m’en passer et ne veux plus passer pour un aliéné d’abord aux yeux de mes enfants et ensuite à ceux de mes amis.
J’ai donc «formaté» mon petit cerveau pour qu’il reconnaisse et accepte le langage et l’interaction de la toile. Depuis, j’ai un pseudo, une identité numérique et je fais partie d’une communauté virtuelle. Les individus avec lesquels j’interagis virtuellement sont des personnes que je ne connais pas du tout. Certains mots comme blog, réseau social, jeu en réseau, chat, forum, messagerie instantanée, échange de vidéo et plein d’autres n’ont plus de secrets pour moi. Internet offre de plus en plus de services, mais je me pose assez souvent la question de savoir si tout cela ne met pas en danger notre personne, notre intimité, notre équilibre et notre santé. Est-ce bénéfique pour le futur de nos enfants? Nous sommes en permanence sollicités pour en consommer davantage.
Moi, par exemple, depuis que j’y ai pris goût, je reste trop longtemps scotché sur ma chaise avec l’ordi en face, je fume cigarette sur cigarette. Je suis souvent très fatigué et suis devenu une sorte de zombie quand je sors dans la rue. Après avoir lu et vu toutes les infos, certaines horreurs inhumaines et ce qu’en pensent les internautes, j’ai l’impression que dehors, c’est l’état d’alerte général, un chaos de la planète imminent et inéluctable. Alors qu’en sortant dehors, je réalise que tout est normal, que tout est comme d’habitude. Il y a aussi que je me surprends à parler, dans ma tête, avec moi, le bonhomme banal plutôt mal dans ses pompes et avec un autre moi, un bonhomme très à l’aise et une sorte de petite star. Bizarrement, alors que je suis de nature timide, j’ai d’excellents échanges avec la gente féminine. J’avoue avoir parfois le béguin pour certaines d’entre elles mais, fort heureusement, tout se passe dans l’anonymat le plus total et cela reste platonique. Là, des crises de conscience m’assaillent de plus en plus. Elles me suggèrent de remettre de l’ordre dans ce trop-plein d’addiction. Parce que trop, c’est trop: je visite le net à mon réveil, le matin, j’y retourne après mon travail, j’y suis tout le temps, le soir et pendant mes vacances. Toute la journée je ne fais qu’y penser. Le pire est que je sais que c’est pareil pour mon épouse et mes enfants. J’essaye quand même d’y mettre un terme, mais c’est une idée que je remets au lendemain, puis au surlendemain… Pas de doute, je suis addict!».

Mariem Bennani

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