Spécial Sahel : Guerres oubliées et enlisées

Spécial Sahel : Guerres oubliées et enlisées

Nos lecteurs l’auront noté: nous revenons régulièrement sur la situation au Sahel. Nous le faisons dans des pages spéciales regroupant l’actualité de plusieurs pays concernés et l’évoluions des conflits militaires ou ethniques. Cela correspond à une analyse géopolitique qui fait du Sahel une «terra incognita» de la déstabilisation des nations africaines et de l’implantation du terrorisme.

Plusieurs facteurs poussent à s’intéresser, une fois de plus, à ces immenses territoires. La fin territoriale de Daech ne peut que pousser ses partisans à chercher un nouvel espace de souveraineté.

La situation en Libye montre que le pays qui stabilisait, avec d’autres, la région est pris dans la tourmente de l’instabilité et des guerres ethniques et religieuses. La présence militaire française reste dominante et enregistre des succès, mais un sentiment d’enlisement progresse.

L’Algérie entre, pour des mois au moins de restructuration et d’incertitude nouvelle, dans sa politique sahélienne. Un journal de référence, «Le Courrier International», titrait récemment: «Sahel, la descente aux enfers».

En ce qui concerne l’Algérie, un pays très impliqué géographiquement par l’action de mouvements islamistes, la position constante jusqu’à présent a été d’éviter au maximum une intervention directe. Le flanc sud de l’Algérie correspond aux régions septentrionales du Mali que sont Kidal, Gao, Tombouctou et Taoudenni. Une proximité, voire une imbrication qui n’est pas étrangère au repli des islamistes des GIA algériens dans les sanctuaires montagneux et limitrophes du Mali, où ils ont fait la jonction et, parfois, la collusion avec les irrédentistes Touaregs, dont certains ont longtemps servi dans des Légions auxiliaires ou supplétives de l’armée libyenne du Colonel Kadhafi. La diplomatie algérienne a régulièrement martelé que les solutions aux crises qui secouent les pays de la région ne peuvent venir de l’extérieur et que, pour régler le problème de la migration clandestine, il faut un minimum de développement en Afrique. L’armée a des missions de défense nationale. Elle protège les frontières et s’implique dans la lutte antiterroriste. L’Algérie n’intervient pas en dehors de ses frontières, mais cela ne veut pas dire qu’elle ne mène pas des actions de coopération avec certains acteurs. Voila une doctrine qui, au regard du Sahara marocain, paraît tout de même à géométrie variable. Mais, aujourd’hui plus que jamais, l’armée algérienne ne mettra pas un pied dans le guêpier du sahel. Un guêpier où se trouve depuis des années l’armée française.

Plus de cinq ans après le début de l’intervention de l’armée française aux côtés des forces maliennes, pour chasser des groupes djihadistes et autonomistes du nord du pays, dans le cadre de l’opération Serval, devenue Barkhane en 2014, le bilan de la France sur place est contrasté. Lors de son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a affirmé que la France poursuivrait sa mission de maintien de l’ordre au Mali sous son mandat. La situation sécuritaire du Mali semble s’être dégradée au fil des années de l’opération Barkhane. Aux combats qui se poursuivent dans le nord, se sont ajoutées des violences interethniques qui ont fait basculer la région du centre du pays dans le chaos.

Depuis janvier 2019, les soldats de la Force Barkhane sont à pied d’œuvre pour construire une nouvelle Base opérationnelle avancée temporaire (BOAT) dans le Gourma, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Gao, à proximité de la frontière avec le Burkina Faso.

Planifié depuis plusieurs mois par le poste de commandement interarmées de théâtre (PCIAT) basé à N’Djamena, ce projet répond aux besoins de Barkhane qui concentre désormais son action dans la région du Liptako-Gourma. Après une phase d’étude et d’analyse de la région, le choix s’est porté sur un ancien camp de la MINUSMA, dont la situation géographique, l’état du terrain et les infrastructures répondaient au cahier des charges et qui permettait par ailleurs une installation rapide des unités.

Les islamistes sont loin d’avoir baissé les bras et s’appuient sur les rivalités ethniques et tribales. Le 23 mars 2019, au moins 160 Peuls, dont plusieurs dizaines d’enfants, ont été massacrés dans le village d’Ogossagou, dans le centre du Mali. Une attaque qui aurait été perpétrée par une milice dogon. Quelques jours plus tard, au Burkina Faso voisin, 62 personnes ont été tuées lors d’attaques djihadistes suivies d’affrontements intercommunautaires, du 31 mars au 2 avril, à Arbinda, dans le nord du pays. Les terroristes et autres djihadistes n’attendent pas l’évolution du système en Algérie, pour se déchaîner et, surtout, balayer les camps et autres cantonnements de l’armée malienne dans le Delta central du fleuve Niger et sur l’ensemble du Macina. L’attaque foudroyante, le dimanche 17 mars, de la garnison de Dioura -assaut ponctué par la débandade des défenseurs de la caserne- est emblématique. 200 soldats maliens dotés de canons et de Toyota ont décampé et abandonné tout le matériel à 40 assaillants. Ces violences récentes sont des exemples frappants de l’expansion du terrorisme au Sahel et de ses conséquences dramatiques. Ce sont plus particulièrement le Mali, le Niger et le Burkina Faso qui sont touchés par le phénomène de la résurgence de la menace terroriste dans tout le sahel.

PZ

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