Maroc-Algérie Qui veut le rapprochement ?

Avant même que le nouveau gouvernement que dirigent les islamistes du PJD ne soit investi par le parlement, un des plus importants membres de ce gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, Saâd-Eddine El Othmani, s’est rendu en Algérie pour une visite officielle de deux jours (23-24 janvier).

maroc algerie

Il y a eu des entretiens avec le président Abdelaziz Bouteflika -qui l’a reçu en audience- et avec deux de ses hommes: le chef de la diplomatie algérienne, Mourad Medelci qui a invité Saad-Eddine El Othmani à effectuer cette visite et était à ses côtés les deux jours durant ; et Abdelaziz Belkhadem, ministre d’Etat et secrétaire général du FLN (parti présidentiel).

L’événement n’est pas anodin, certes. Le contentieux entre les deux pays est si lourd que tout signe de rapprochement mobilise autant l’opinion publique des deux pays que l’opinion publique internationale. Mais au-delà de cette mobilisation et du tapage médiatique qui en a découlé, la question est de savoir s’il y a un véritable rapprochement, cette fois-ci, entre ces deux frères-ennemis dont les relations évoluent en dents de scie depuis 4 décennies ; qui veut ce rapprochement ; et quelles chances a-t-il ?

 

 Le tout nouveau ministre des Affaires étrangères, Saad-Eddine El Othmani, n’a donc pas attendu que le gouvernement que dirige son parti, le PJD (parti de la Justice et du développement), obtienne le vote d’investiture du parlement pour répondre à l’invitation de son homologue Mourad Medelci et se rendre à Alger dans le cadre d’une visite officielle de deux jours (les 23 et 24 janvier).

Cela montre clairement à quel niveau de priorité le gouvernement Benkirane place les relations algéro-marocaines et l’espoir qu’il nourrit –voire le défi qu’il se lance- de pouvoir les réchauffer.

Mais si Saad-Eddine El Othmani a eu l’intelligence de saisir rapidement la perche que lui tendait le gouvernement algérien, il a également eu celle de ne pas s’approprier le mérite du (prudent) rapprochement algéro-marocain.

Avant d’arriver à l’aéroport international Houari Boumediène où il a été accueilli par Mourad Medelci, un communiqué du ministère des Affaires étrangères précisait que «cette visite s’inscrit dans le cadre de la consolidation du processus des rencontres et des concertations, entamé par les deux pays pour hisser leurs relations au niveau des aspirations des deux peuples frères».

En effet, le «processus des rencontres et des concertations» entre le Maroc et l’Algérie dont parle le communiqué a commencé il y a deux ans.

Dans chacun de ses discours, le Roi Mohammed VI appelait quasi-systématiquement à un réchauffement des relations avec l’Algérie. Il le faisait encore, avec force, dans son discours du Trône du 30 juillet dernier, en plein «printemps arabe»…

Longtemps rejetée, tantôt par le Maroc, tantôt par l’Algérie -qui, presque à tour de rôle, réclamaient une solution globale et définitive à tous les problèmes, sinon rien- une politique des petits pas a finalement été lancée d’un commun accord.

Un communiqué du gouvernement algérien, diffusé à l’occasion de la visite de S. El Othmani, ce 23 janvier, définit cette politique des petits pas comme une «dynamique constructive engagée par les deux pays à travers l’échange de visites ministérielles». Les premiers résultats en ont été concluants. Plusieurs ministres se sont déplacés du Maroc vers l’Algérie ou l’inverse. Des réunions, suivies de signatures d’accords, ont eu lieu dans plusieurs secteurs. Notamment dans ceux de l’agriculture, de la pêche maritime, de l’eau, de l’énergie et de la jeunesse et des sports.

«Les réunions sectorielles aboutissent beaucoup plus», expliquait cette semaine aux médias de son pays, le ministre délégué algérien aux affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel. S’étant lui-même rendu au Maroc, à la mi-novembre 2011, il leur rappelait qu’à cette date, l’Algérie et le Maroc avaient décidé d’élargir leurs échanges à plusieurs secteurs (l’enseignement, la formation, la recherche scientifique, l’information). «C’est cette densification qui va donner plus de visibilité aux rapports entre les deux pays», concluait A. Messahel.

La visite de Saad-Eddine El Othmani s’inscrit dans ce sillage, explique à son tour le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci qui rappelle que cette visite intervient après celle qu’il avait lui-même effectuée au Maroc, le 16 novembre dernier et où plusieurs questions bilatérales et maghrébines avaient été débattues. «Nous allons poursuivre ce dialogue pour mettre en place des mécanismes et des programmes allant dans le sens du renforcement de ces relations bilatérales et la concrétisation sur le terrain des aspirations maghrébines», a-t-il déclaré.

Néanmoins, la seule politique des petits pas ne suffit pas à expliquer les avancées, même prudentes, qu’ont enregistré les relations maroco-algériennes à l’occasion de cette visite.

Un signe ne trompe pas: le président Abdelaziz Bouteflika a reçu en audience le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Saad-Eddine El Othmani. Ce qui n’est pas insignifiant.

De cette audience, il n’a pas filtré le moindre mot du Président algérien qui n’a pas non plus desserré les dents, à l’issue de la rencontre, alors qu’il se tenait poliment à côté d’El Othmani, l’écoutant faire sa déclaration à la presse. «Nous sommes convaincus que l’avenir du Maroc est dans des relations excellentes et une fraternité entière avec l’Algérie et l’avenir de l’Algérie est dans des relations excellentes et une fraternité entière avec le Maroc», a dit S. El Othmani, devant le Président, visage impassible, ajoutant qu’on ne pouvait pas résoudre tous les problèmes d’une baguette magique, mais que «nous sommes aujourd’hui dans une étape nouvelle dans les relations entre le Maroc et l’Algérie»…

Il est cependant clair que ce rapprochement entre le Maroc et l’Algérie –aussi modeste soit-il- ne pouvait avoir lieu sans la volonté du Président.

Aujourd’hui, à la faveur de l’arrivée aux affaires (au Maroc) d’un gouvernement d’alternance (islamiste), compte tenu des profonds changements que connaît la région et en prévision des échéances déterminantes qui attendent l’Algérie, le président Bouteflika fait un pas vers le rapprochement. Mais il n’a échappé à personne qu’une grande prudence a accompagné tout cela.

Les vraies questions, celles qui ne relèvent pas du seul pouvoir du président Bouteflika et de ses hommes, n’ont pas été abordées et ne pouvaient l’être.

La réouverture des frontières, la question du Sahara, la vraie coopération au sommet de l’Etat sont autant de dossiers qu’il a fallu soigneusement éviter.

Saad-Eddine El Othmani a eu beau dire que «la stratégie du Maroc est basée sur les questions qui font l’objet de consensus entre les deux pays. Quant à celles à l’origine de divergences, nous allons les poser en toute transparence…», les observateurs qui suivent de près ces questions-là savent que la réalité est plus complexe.

Tous les acteurs politiques en Algérie ne sont pas pour le rapprochement. Le président Bouteflika a aujourd’hui le mérite de tenter un pas dans cette direction. Mais il suffit de lire la presse algérienne pour savoir d’où viennent les résistances…

Les chances du rapprochement entre l’Algérie et le Maroc ne seront réelles que le jour où le DRS aussi en acceptera l’idée (ou en verra l’intérêt).

Il faut espérer que cela se produise un jour. Ce n’est pas impossible. L’Algérie et le Maroc sont pour cette région, toutes proportions gardées, ce que sont la France et l’Allemagne pour l’Europe.

On sait les guerres et les drames qui ont opposé la France et l’Allemagne pendant des années… Et on sait quel rôle ces deux pays jouent aujourd’hui en Europe, la main dans la main. Ils en sont l’épine dorsale.

Pourquoi pas le même destin pour l’Algérie et le Maroc, au Maghreb ?

Bahia Amrani

 

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