Les Arabes israéliens, ces Palestiniens de l’avenir d’Israël

conflit israélo-palestinien

Le conflit israélo palestinien est redevenu incontournable. Cela est dû à la révolte contre des expulsions, au profit de colons sionistes, d’Arabes de nationalité israélienne, à Jérusalem. 

Les Arabes israéliens sont plus de 20 % de la population de l’Etat d Israël. Ils sont une force politique dans un système  électoral obligeant à des coalitions. Leur dynamisme démographique va augmenter leur rôle même s’ils restent discriminés et considérés comme des citoyens de deuxième zone. Ils représentent pour certains israéliens un cauchemar absolu, celui du syndrome de l’Afrique du sud. Il faut ne jamais oublier que Sharon lui-même avait pour cette raison renoncé à sa vision d’un grand Israël dans toutes les terres bibliques. Dans cet espace territorial, les Arabes musulmans seraient vite devenus majoritaires et le système électoral démocratique un homme un vote, aurait donné le pouvoir, dans l’Etat juif -au final- à des Arabes musulmans. Cette perspective limite la volonté  d’intégrer territorialement les Palestiniens de  Cisjordanie ou de Gaza.

La crise actuelle a été provoqué par une révolte des Palestiniens de l’intérieur, soutenus par le Hamas à Gaza, qui a montré ses capacités militaires.

Les Arabes israéliens sont un élément capital de l’avenir de l’Etat hébreu. Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, plus de 250.000 des 900.000 Arabes du territoire destiné à l’État juif par le plan de partage de la Palestine mandataire, restèrent chez eux, retournèrent à la fin des hostilités, ou furent déplacés à l’intérieur d’Israël. Ils reçurent la citoyenneté israélienne. La population arabe israélienne s’élève à 1.838.782 en 2018, ce qui représente 20,9 % de la population totale qui est de 8.798.000 habitants. 

Les Musulmans israéliens dans leur ensemble ont le taux de natalité le plus élevé des populations israéliennes: 3,3 enfants par femme en 2016 contre 3,2 pour les Juifs israéliens. En 2004, un enfant sur 4 qui nait en Israël est musulman et cette population est très jeune (42 % ont moins de 15 ans, à comparer au chiffre de 26 % dans la population juive). L’âge moyen des musulmans israéliens est 18 ans, contre 30 ans pour les juifs israéliens. 3 % des musulmans ont plus de 65 ans, contre 12 % pour les juifs israéliens.

Les projections estiment que la population musulmane représentera plus de 2 millions de citoyens israéliens, soit 24-26 % dans les 15 prochaines années. 

La croissance démographique de cette population musulmane n’est pas sans poser des débats dans la vie politique israélienne. Dr Wahid Abd Al-Magid, éditeur de Al-Ahram’s Arab Strategic Report estime que «…Les Arabes de 1948 pourraient devenir majoritaires en Israël vers 2035 et le seront certainement en 2048». Ce type d’analyse et de projection a amené certains politiciens israéliens à proposer un échange de territoires avec la Cisjordanie  pour garantir que la majorité de la population reste juive en Israël.

Les nationalités «Juive» et «Arabe», présentées en Israël comme deux catégories distinctes, ne sont pas sans poser problème, dans la mesure où des centaines de milliers de Juifs israéliens sont originaires des pays arabes, et peuvent être considérés comme des Juifs arabes ; à leur arrivée en Israël, ils étaient tous arabophones et de culture arabe. Aujourd’hui encore certains de leur descendants refusent d’effacer cette part de leur héritage: «en Israël, des intellectuels juifs d’origine marocaine revendiquent la reconnaissance de leur culture arabo-mizrahi et leur identité arabe qui, pour eux, représente un patrimoine à part entière pour tous les juifs».

«Je suis un Arabe israélien, mais je suis aussi palestinien. Mon identité est double», explique Thabet Abu Rass à France 24. «J’ai un passeport israélien mais la moitié de ma famille vit dans la bande de Gaza et je reste fortement connecté à mes proches». Habitant à proximité de la ville israélienne de Lod où il travaille; il est le directeur exécutif de Abraham Initiatives, une organisation qui promeut le rapprochement culturel entre Juifs et Arabes israéliens et dirige une équipe issue des deux communautés. 

«Palestiniens de l’intérieur», «Arabes»… La multitude de termes employés pour désigner les Arabes israéliens en dit long sur la complexité de leur situation. «Le terme d’”Arabes israéliens” est devenu commun, mais il est avant tout utilisé par Israël», estime Agnès Levallois. La chercheuse préfère parler de «Palestiniens d’Israël» pour désigner les Arabes détenteurs de la citoyenneté israélienne vivant en Israël. «Ils habitaient ces terres avant la création d’Israël et ils sont les Palestiniens restés sur cette terre, qui est devenue israélienne au moment de la première guerre israélo-arabe [en 1948]. Parler d’Arabes israéliens, c’est une façon de les noyer dans l’appartenance à une prétendue Nation arabe et de les couper des Palestiniens vivants dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Même si certains d’entre eux se dissocient aussi des Palestiniens, préférant vivre en Israël où ils jouissent de plus de liberté et de possibilités», souligne la vice-présidente de l’Iremmo (Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient) à Paris. «Ils sont des citoyens israéliens à part entière, égaux en droits, du moins en principe», commente Jean-Marc Liling, avocat franco-israélien résidant à Tel-Aviv, spécialiste de la société civile israélienne et militant pour la paix. «Il faut reconnaître qu’il y a une certaine discrimination institutionnalisée, liée au manque de définition de ‘ce qu’est un État juif’. Ce pays continue de se poser des questions d’identité et, sous couvert d’être un État juif et démocratique, une préférence est donnée à la population juive majoritaire dans le pays et une certaine discrimination existe envers les Arabes israéliens».

Les événements actuels déplacent provisoirement cette question  verts Gaza, mais c’est une question essentielle pour le futur d’un Etat juif à forte minorité musulmane.

Patrice Zehr

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