Le Maroc sauvé !

Tout le monde le sait, au Maroc, l’agriculture est fondamentale. Elle emploie près de 50 % de la population active et peut représenter jusqu’à 20% du PIB, selon la pluviométrie. D’où la célèbre phrase attribuée au Maréchal Lyautey (et qu’a citée le Président Hollande, lors de sa dernière visite d’Etat au Maroc): «Au Maroc, gouverner, c’est pleuvoir». Autrement dit, au Maroc qui n’est pas un pays industriel, quand l’agriculture va, tout va…

SIAM-2013

  Il n’est donc pas étonnant que la pluie soit l’événement politique le plus important de chaque année, au Maroc. Et que l’optimisme ou le pessimisme -tant des citoyens que des gouvernant- dépende du… Ciel.

A la seule appréciation de la pluviométrie, les Marocains savent comment se comportera l’économie du pays. Parce que tout en dépend !

Pendant les années de sécheresse, l’inflation augmente, la consommation intérieure baisse, les importations (notamment de blé) s’accroissent, la balance des paiements en souffre, etc.

Quand il pleut donc et qu’en plus, il pleut ce qu’il faut (sans inondations dévastatrices) et comme il faut (une pluie bien répartie jusqu’en avril), l’année agricole devient une bénédiction !

C’est le cas cette année. Le Maroc, qui est durement rattrapé par la crise, après une longue résilience et qui en est aujourd’hui à procéder à de sévères coupes budgétaires pour tenter de freiner le creusement du déficit budgétaire, pousse un grand «ouf» de soulagement. Il est sauvé par la pluie !

Dans ce contexte, les assises de l’agriculture et le SIAM peuvent être considérés comme une fête où sont célébrées les performances agricoles du pays.

Des performances, cependant, qui ne doivent pas tout à la seule pluviométrie. Il y a aussi les différentes stratégies nationales –et notamment la stratégie Plan Maroc Vert, même si elle n’a pas toujours répondu aux attentes- les efforts collectifs de tous les intervenants dans le secteur, les mises à niveau liées aux différents partenariats commerciaux… Et, à ce niveau, le Maroc peut faire profiter de son expérience les pays amis qui veulent développer leur agriculture. C’est le cas du Gabon dont le Président, accompagné d’une importante délégation ministérielle, est venu assister aux assises et au SIAM.

 

Assises de l’Agriculture

La 6ème édition des assises de l’agriculture, qui s’est tenue mardi 23 avril, à la veille du Salon international de l’agriculture à Meknes (SIAM), devenu le plus important salon du secteur agricole en Afrique, portait notamment sur la thématique «Agri business et sécurité alimentaire, une équation compatible?». L’occasion, pour les organisateurs et les intervenants présents, de mettre l’accent une fois de plus sur les interrogations – qui ne sont d’ailleurs pas nouvelles- des pouvoirs publics, au sujet de la question de la sécurité alimentaire dont l’enjeu se pose de manière récurrente, ces dernières années. L’évènement, qui s’est ouvert sous la présidence du Souverain en présence du Président Ali Bongo Ondimba, portait également sur le thème «Agri business: débouchés, rôles et acteurs». Un sujet qui se veut en fait un choix imposé par les impératifs conjoncturels que connaît le secteur lesquels exigent la valorisation des produits agricoles marocains, avec le but d’accroître la compétitivité et la diversification des produits marocains et de consolider leur disponibilité dans les échanges commerciaux. Des échanges qui «deviennent plus que jamais un pilier essentiel de la réalisation de la sécurité alimentaire au niveau national, voire régional».

 

Une campagne exceptionnelle

Un grand nombre de responsables, opérateurs, experts internationaux et professionnels du domaine ont participé à la sixième édition des assises de l’agriculture qui constitue, par ailleurs, une occasion pour dresser le bilan de la stratégie agricole nationale. Mais aussi pour l’annonce des prévisions notamment en ce qui concerne la campagne agricole actuelle.

Ainsi, selon le ministre de tutelle, Aziz Akhannouch, la campagne agricole 2013-2014 sera exceptionnelle. La récolte des céréales devrait atteindre 97 millions de quintaux, dont quelque 52 millions de quintaux de blé tendre, a-t-il avancé lors de cet événement. Cette tendance haussière n’est que le résultat de fortes précipitations qui se sont abattues sur le pays. Le ministre de l’agriculture a ajouté que cette performance concernerait aussi la récolte fourragère. Il a souligné qu’elle serait de 18.000 unités fourragères, notant que la production de primeurs aurait enregistré, pour sa part, une certaine stabilité durant cette campagne, avec 1,7 millions tonnes. La production d’olives, toujours selon le ministre, devrait, pour sa part, frôler un accroissement de 84 %, soit 1,4 millions de tonnes d’olives au cours de la campagne agricole 2013-2014. La superficie totale plantée en olivier serait de 1 million d’ici la fin de 2013, a-t-il soutenu.

 

Les impératifs conjoncturels

Dans le même sillage, leministre a présenté devant le Souverain le bilandu Plan “Maroc Vert” (PMV) à l’échéance 2012, ainsi que les perspectives et voies de développement à venir pour l’agriculture marocaine. Selon Akhannouch, le PMV aurait donné des résultats très encourageants. Ainsi durant les cinq dernières années, le PMV aurait permis la relance des investissements dans le domaine agricole qui ont pu atteindre les 53 milliards de dirhams. Une performance qui s’expliquerait par un climat d’investissement favorable

Il souligne que depuis son lancement, en 2008, le PMV a contribué à l’augmentation de 11% des superficies cultivées, soit une superficie additionnelle cultivée de 750 mille hectares. Le plan a aussi permis l’amélioration du rendement des principales filières de production, avec un taux qui se situe à 6 % pour les agrumes et 65% pour les céréales,a précisé le ministre lors de la cérémonie d’ouverture de la sixième édition des assises de l’Agriculture. Il a poursuivique le produit intérieur brut agricole a enregistré au cours de la période 2008-2012 une augmentation de près de 32 % par rapport à la période de référence (2005-2007). Reste à souligner que cette amélioration de l’offre et de l’augmentation de la récolte nécessite l’ouverture de discussions très sérieuses sur la partie de la commercialisation. Et surtout que l’on tienne compte des impératifs conjoncturels que connaît le secteur et qui oblige à la valorisation des produits agricoles marocains.

 

L’événement dans l’événement

Quatre conventions signées devant le Roi

 

Ce sont quatre conventions qui ont été signées lors de ces assises de l’Agriculture auxquelles ont pris part plus d’un millier de participants.Il s’agit notamment d’un contrat programme qui porte sur le développement et la mise à niveau de la filière sucrière qui connaît pourtant une dynamique au niveau des investissements. L’objectif de ce contrat programme (2013-2020) qui a été signé entre la profession et l’Etat est l’extension progressive des superficies réalisées annuellement en culture sucrière de 70.600 ha pour atteindre 105.700 ha dont 77.500 ha de betterave à sucre contre 54.200 ha et 28. 200 ha de canne à sucre contre 16.400 ha. Ce contrat programme a aussi pour but d’améliorer les rendements pour avoisiner une moyenne de 64 tonnes/ha contre 54tonnes/ha pour la Betterave et de 80t/ha contre 66 t/ha pour la canne à sucre.

La deuxième convention qui a été signée lors de cet événement concerne le développement et la relance de la filière des cultures oléagineuses (tournesol, colza…etc.) L’objectif de cette convention a pour but l’extension et la diversification progressives des superficies réalisées annuellement en cultures oléagineuses pour atteindre 127 000 ha dont 85 000 ha de tournesol et 42 000 ha de Colza, d’une part. Et d’autre part, l’amélioration des rendements pour arriver à une moyenne de 18 quintaux/ha pour le tournesol contre 11 quintaux/ha actuellement et de 20 quintaux/ha pour le colza. L’objectif escompté de ce contrat, c’est aussi d’améliorer la production d’huile alimentaire pour atteindre 93 000 tonnes en 2020 contre une moyenne de 8 000 tonnes actuellement, ainsi que l’augmentation du taux de couverture des besoins en huile à partir de la production nationale pour atteindre 19 % en 2020 contre 2% de moyenne actuelle. Cette convention couvre la période 2013-2020. Le coût de la mise en œuvre des actions prévues dans le cadre de ce contrat programme s’élève, à l’horizon 2020, à près de 421 millions de dirhams dont 117 millions de dirhams au titre de la contribution de l’Etat.

La troisième convention de partenariat qui a été signée entre la profession et l’Etat vise la promotion de pompage solaire dans les projets d’économie d’eau en irrigation. Elle a pour objectif de promouvoir l’utilisation du pompage solaire dans les projets d’économie d’eau en irrigation, à travers l’octroi d’aides financières à l’installation des systèmes de pompage solaire dans les projets d’économie d’eau en irrigation.

Enfin, on note une convention pour la mise en œuvre de l’initiative Samade pour la dynamisation du marché national des engrais. Pour accompagner cette dynamique, une convention SAMAD a été signée, ce mardi, entre le ministère de l’agriculture et la pêche maritime et le groupe OCP. Parmi l’un de ses objectifs, l’atteinte à l’horizon 2020, de 1,04 million d’unités fertilisantes «UF», soit un accroissement d’environ 136% (situation actuelle : consommation moyenne
d’environ 440 000 UF). Ce qui promet de meilleurs rendements à l’hectare.

 

 

Leurs déclarations

 Mostafa Terrab, président directeur général du groupe OCP

 

L’Afrique deviendra certainement une partie de la solution dans toutes les actions destinées à assurer la sécurité alimentaire. Pour y arriver, les investisseurs, aussi bien publics que privés sont appelés à se lancer dans des projets dans les pays africains, pour tirer vers le haut la production agricole du continent. Il convient donc d’assurer les conditions permettant aux distributeurs d’engrais, en particulier, de conquérir les marchés africains. L’Afrique offre dans ce sens de nombreuses possibilités, dans la mesure où, aujourd’hui, 80 % des terres arables, sur tout le continent, ne sont pas encore exploitées et que l’agriculteur africain n’utilise que le 1/6 des engrais par ha, en comparaison avec l’agriculteur indien, par exemple.

 

 

Nizar Baraka, ministre de l’Economie et des Finances

 

Les contrats-programmes signés, mardi à Meknès, lors de la cérémonie d’ouverture de la 6ème édition des Assises de l’Agriculture s’insèrent dans le cadre de la vision stratégique visant d’abord à réduire notre dépendance des marchés internationaux et à réduire les subventions accordées aux secteurs du sucre, de l’huile et du pompage de l’eau dans le domaine agricole. Dans le domaine sucrier, l’objectif est de réduire notre dépendance pour faire en sorte que 62% de nos besoins puissent être produits localement.
Pour ce qui est du domaine oléicole, il s’agit de baisser notre dépendance, actuellement de 98%, pour la ramener à environ 80%, ajoutant qu’au niveau du pompage de l’eau, l’idée est de remplacer les pompes à eau à gaz par des pompes utilisant l’énergie solaire, moins coûteuses, et qui sont subventionnées par l’Etat autour de 50%.

 

 

 Miguel Angel Moratinos, conseiller diplomatique du Qatar pour la sécurité

alimentaire et ancien ministre espagnol des Affaires étrangères.

 

Le Plan Maroc Vert (PMV) est une stratégie qui permet au Royaume de relever les multiples défis liés à la sécurité alimentaire. Avec le PMV, le Maroc a mis en place non seulement une vision et une stratégie dans le domaine agricole, mais aussi un plan d’action où plusieurs éléments novateurs s’intègrent pour faire face aux grands défis liés à la sécurité alimentaire. Les Assises ainsi que le Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) qui se tiennent à Meknès démontrent une nouvelle façon d’aborder la question agroalimentaire dans un contexte national, régional et international. La sécurité alimentaire est devenue un sujet prioritaire dans l’agenda politique international et on ne peut pas parler de sécurité au 21ème siècle sans aborder les grands défis posés par cette question.

 

 

 

L’invité du Roi

Ali Bongo appelle à un travail en commun entre le Maroc et le Gabon

 

Le Maroc et le Gabon peuvent engager des rapports plus denses qui constitueront le modèle d’une collaboration et d’une intégration sud-sud exemplaire, a estimé le président gabonais, SE Ali Bongo Ondimba, lors de la 6ème édition des Assises de l’Agriculture, présidée à Meknès par SM Mohammed VI. Passant en revue les atouts du Gabon dans le domaine de l’agriculture, mais également les difficultés auxquelles il fait face, le président Bongo a précisé que son pays, doté de plus de 5,2 millions d’hectares de terres propices aux cultures pouvant être exploitées sans déforestation significative, est toutefois confronté à de nombreuses contraintes, dont une faible population agricole. Faiblesse aggravée par un exode rural intensif, un déficit en cadres agricoles, outre des infrastructures hydro-agricoles, logistiques et de traitement post-récoles encore peu valorisées. «Nos programmes dans le secteur agricole, tiré du pilier Gabon-vert, est très ambitieux. Mais nous n’atteindrons pas nos objectifs dans ce domaine d’activité sans le soutien du secteur privé», a-t-il notamment fait savoir.
Après avoir souligné que le Gabon importe près de 60% de son alimentation pour un montant de près de 450 millions d’euros annuellement, M. Bongo a indiqué que le Gabon est «l’un des pays les plus prospères en Afrique subsaharienne, se situant au 3ème rang régional en termes de PIB/Habitant, qui peut prétendre à un avenir agricole prometteur, non seulement du fait de ses atouts naturels, mais aussi grâce aux perspectives mondiales qui laissent apparaître une tendance à l’accroissement des besoins dans les 20 années à venir».« Il nous revient dès lors de travailler de concert pour bâtir des économies solides, durables et dynamiques qui profiteront à toutes les parties : investisseurs, gouvernements et naturellement et surtout à nos populations respectives », a-t-il dit. Il a, à cet égard, formé le vœu que la présence gabonaise à cette importante rencontre «serve de catalyseur pour la création de partenariats fructueux et multiformes entre le Gabon et le Maroc dans tous les secteurs, notamment celui de l’agriculture».


 

  

 

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