La responsabilité de l’Algérie

Depuis le 21 septembre dernier, un homme est en train de subir les pires tortures dans un lieu de détention secret, à Tindouf, en Algérie.

Cet homme, Mustapha Ould Salma Ould Sidi Mouloud, ex-inspecteur général de la police du Polisario, a eu le tort de revenir chez lui, à Tindouf, en annonçant son intention d’exprimer une opinion différente de celle du Polisario et de l’Algérie concernant le dossier du Sahara. Il a, comme plusieurs autres cadres du Polisario avant lui, jugé que la proposition d’autonomie élargie au Sahara, faite par le Maroc, pouvait servir de base de négociations entre les parties en conflit. Mais à la différence de ses prédécesseurs, au lieu de rester au Maroc et de rompre avec son camp, il a décidé de retourner chez lui, de retrouver sa place à Tindouf -qu’il n’a quitté que dans le cadre du programme onusien des échanges de visites familiales- et d’y faire entendre sa voix. Il ne voulait plus de ce black out imposé aux populations de Tindouf par ses pairs du Polisario. Il a décidé d’engager un débat.

 

En principe, le Polisario et son mentor l’Algérie qui n’ont de cesse de dénoncer les violations des droits de l’homme par le Maroc et même de réclamer «un mécanisme de contrôle du respect des droits de l’homme au Sahara», auraient dû saisir cette occasion pour montrer qu’eux-mêmes respectaient rigoureusement ces droits. Mustapha Ould Salma ne les a pas quittés, il s’est juste découvert un avis différent du leur et il l’a exprimé. Dans n’importe quelle démocratie du monde, cela s’appelle «liberté d’expression». Cela peut même s’appeler «opposition». Mais en démocratie, l’une et l’autre sont autorisées et librement pratiquées.

Qu’ont fait l’Algérie et le Polisario qui, dans les tribunes internationales et les innombrables lettres adressées au Secrétaire général de l’ONU, se sont faits les chantres de la défense des droits des Sahraouis ? Qu’ont-ils fait quand un Sahraoui de souche a osé contester et réclamer un débat ? Ils l’ont, selon des informations parvenues à la télévision marocaine et que celle-ci a diffusées, enfermé dans un contenair, sous un soleil de plomb, portant la température à 50°, dont il n’est extrait que pour subir des interrogatoires musclés.

Selon Amnesty International, «les membres de sa famille ont été informés verbalement qu’il sera déféré devant un tribunal militaire dans 12 jours ». En attendant, il cuit à l’étuvée dans une boite en fer et Dieu sait à quelles tortures il est soumis lors des interrogatoires. On le saura un jour, s’il en sort vivant…
Amnesty estime que l’Algérie, en tant que pays abritant les camps de Tindouf, «assume la responsabilité de garantir le respect du droit à la liberté d’expression sur son territoire», mais l’Algérie rejette cette responsabilité. Dans un communiqué du gouvernement algérien, publié cette semaine par l’agence officielle APS, on peut lire : «
L’Algérie ne peut que s’étonner de constater que, dans leur instrumentalisation d’une affaire qui ne concerne que le Maroc et le Front Polisario – M. Ould Sidi  Mouloud ayant été arrêté et incarcéré par le Front Polisario, en territoires  sahraouis – les autorités marocaines se soient évertuées à dénoncer des atteintes  dont l’Algérie serait coupable en matière de liberté de mouvement et de liberté  d’expression ». Dans ce communiqué, Tindouf devient «territoires sahraouis» ?! Pourtant, quelques lignes plus loin, dans ce même communiqué, il est écrit : «L’Algérie… assume ses responsabilités de protection des réfugiés,  conformément à la législation internationale y afférente»… Cette «protection des réfugiés» ne s’appliquerait pas à Ould Salma ? Au regard de la loi internationale, cet homme peut-il être abandonné à ses tortionnaires dans des camps de réfugiés, sans que le pays d’accueil de ces camps n’en soit responsable ? De qui se moque-t-on ? L’Algérie et le Polisario n’ont qu’une chose à faire : s’appliquer à eux-mêmes ce qu’ils exigent du Maroc en matière de droits de l’homme !

 

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