dimanche 16 décembre 2018

Rachid El Mounacifi, criminologue

«Ils cherchent à pousser le maximum d’enfants et adolescents à mettre fin à leur vie»

Le criminologue Rachid El Mounacifi explique, dans cet entretien, l’ampleur nationale et mondiale du jeu de défi «La baleine bleue».  Selon lui, ce jeu qui fait basculer ses adeptes dans l’horreur, a de beaux jours devant lui au Maroc. Pour le criminologue, l’école, les parents et toutes les composantes de la société marocaine doivent s’unir pour faire face à la menace que représente ce jeu de défi sur la jeunesse marocaine.

Plusieurs cas de suicide ont été dénombrés ces dernières semaines, au Maroc, à cause du jeu de défi «La baleine bleue». Quel regard portez-vous sur ce nouveau jeu qualifié de tueur des adolescents? 

Le défi de «La baleine bleue» est un jeu qui a été lancé en 2015 par des utilisateurs anonymes sur le réseau social russe «VKontakte». Avec plus de 410 millions d’utilisateurs enregistrés, ce site est aujourd’hui classé cinquième en termes de popularité au niveau mondial. Ce jeu extrêmement dangereux comporte 50 défis, je dirais même 50 ordres que le joueur doit exécuter, comme se percer la main avec un objet tranchant, se réveiller au beau milieu de la nuit pour regarder un film d’horreur, se scarifier en se dessinant une baleine sur la jambe, ne communiquer avec personne durant toute la journée ou encore s’asseoir sur le toit d’une tour. L’ultime étape ou défi que contient le jeu de «La baleine bleue», consiste à se donner la mort pour devenir «un animal» hautement évolué, en référence au symbole de ce jeu, un cétacé capable de se suicider en s’échouant volontairement sur une plage. Je crois pertinemment que le jeu de «La baleine bleue» a été élaboré par des psychologues expérimentés. Je dirais même que ce jeu de défi a été créé par des psychopathes qui cherchent à pousser le maximum d’enfants et d’adolescents à mettre fin à leur vie.

Ce jeu de défi suscite l’engouement des adolescents et des enfants au Maroc. Comment expliquez-vous cela? 

Ce jeu de défi est promis à un bel avenir au Maroc, pour plusieurs raisons. Parmi elles, le fait que de plus en plus de jeunes souffrent, à cause de l’absence d’encadrement de la part des parents. A cela s’ajoute le fait qu’il est très difficile, de nos jours, de suivre en temps réel les contenus que visitent nos jeunes sur la toile. Il est temps que les pouvoirs publics mettent les bouchées doubles pour stopper ou, au moins, limiter les ravages de ce jeu de défi qui n’a pas encore révélé tous ses secrets.

Partagez-vous l’avis de ceux qui estiment que le jeu de «La baleine bleue» est une incitation au crime contre-soi-même et une incitation à la violence? 

Tous les jeux proposent des contenus violents. Déjà dans les années 1990, un grand nombre de concepteurs de jeux vidéo ont été accusés de créer des jeux qui nourrissaient la violence chez les jeunes. Le premier jeu à faire polémique a été «Death Race» qui date de 1976. Dans ce jeu, il fallait conduite une voiture avec laquelle on devait renverser des «Gremlins» qui se transformaient ensuite en pierres tombales. En 1982, le jeu Custer’s Revenge a vu le jour avec comme objectif d’incarner le personnage d’un général, avant d’abuser sexuellement de Revenge, une jeune femme ligotée à un poteau. Ces deux jeux ont alors été considérés comme violents et outrageux. Une trentaine d’années plus tard, les évolutions techniques ont permis de rendre cette immersion plus prononcée. Aujourd’hui, l’enfant et l’adolescent ne sont plus spectateurs, mais acteurs quand ils jouent à un jeu vidéo. Avec la démocratisation de l’accès à internet, les contenus violents sont accessibles à tout moment en quelques clics ou via un smartphone. Bien que les autorités estiment que les cas de suicide dénombrés ces dernières semaines au Maroc n’ont rien à voir avec le jeu de La baleine bleue, je pense qu’il existe une relation de cause à effet entre La baleine bleue et la montée en flèche des cas de suicide des jeunes Marocains, dans plusieurs villes et régions du Royaume.

Le défi de «La baleine bleue» se termine presque toujours par des suicides. Sommes-nous face à une banalisation de ce phénomène?

Le jeu de La baleine bleue n’est que le début d’un nouvel épisode dans la vie de l’humanité. D’autres jeux suivront. Je compare le jeu de La baleine bleue à un virus mortel qu’on doit stopper le plus rapidement possible. Faire face à ce jeu n’est pas impossible. Cela dit, il faut l’implication de tous. Parents, école, société civile et médias doivent faire bloc contre ce nouveau jeu aux conséquences dramatiques et imprévisibles. Il est nécessaire d’aborder ce phénomène par des campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires. Il faut également ouvrir les yeux de nos enfants sur les dangers que représente ce jeu,  avant qu’il ne soit trop tard pour plusieurs d’entre eux.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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