lundi 25 juin 2018
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Mohssine Benzakour, psycho-sociologue

«Le jeu «La baleine bleue» est basé sur une exploitation des faiblesses des adolescents»

Après la Russie, le jeu de «La baleine bleue» est arrivé au Maroc. A première vue sans danger, cette application, disponible sur internet, pousse des adolescents à réaliser une cinquantaine de défis, jusqu’à  ce qu’ils se donnent la mort. Dans cet entretien, le psycho-sociologue, Mohssine Benzakour, nous en dit davantage sur la menace que ce jeu représente. Selon lui, les adolescents souffrent de plusieurs maux, d’où la nécessité de conjuguer les efforts, afin de les prémunir contre les dangers de ce nouveau jeu macabre.  

Le défi de «La baleine bleue» commence à susciter l’inquiétude des parents, au Maroc. Faut-il avoir peur de ce jeu?

Derrière cette application, se cache un citoyen russe qui a suivi une formation en psychologie. Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que cet individu souffre de troubles mentaux. Le défi de «La baleine bleue» est basé, à l’origine, sur une exploitation des faiblesses des adolescents et des enfants, de manière générale.

De quelles faiblesses s’agit-il?

Les adolescents sont de nature adeptes de sensations fortes et veulent par tous les moyens se faire remarquer et relever les défis les plus dangereux. Le jeu de «La baleine bleue» titille l’orgueil des adolescents et c’est ce qui fait sa particularité. 

Le jeu de «La baleine bleue» a causé la mort, par suicide, d’une centaine d’enfants à travers le monde et le Maroc n’a pas été épargné, puisqu’on dénombre, à ce jour, plusieurs suicides suspects qui seraient directement liés à ce jeu. Comment expliquez-vous cela?

Le jeu de «La baleine bleue» a réussi à influencer un grand nombre de jeunes dans plusieurs pays du monde. Le Maroc ne déroge pas à la règle. Ce qui intrigue le plus dans ce nouveau jeu, c’est que les personnes qui y jouent ne se rendent même pas compte du piège dans lequel ils tombent sans le vouloir et sans même le sentir. A la base, les adolescents sont en quête perpétuelle de sensations fortes et veulent en permanence relever les défis les plus difficiles. C’est justement sur ce point faible que joue «La baleine bleue», jusqu’au point de banaliser la mort  et le suicide.

Sommes-nous donc face à une banalisation de la mort?

Oui. Ce jeu a réussi à banaliser la mort. Sur les réseaux sociaux, un grand nombre de vidéos sont diffusées chaque jour, dans lesquelles des jeunes filment leur suicide. Dans le passé, la mort et le suicide étaient considérés comme tabous, ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. 

Le jeu de «La baleine bleue» incite les adolescents à se mutiler et porter atteinte à leur corps. Comment en est-on arrivé là?

Ceci est le résultat normal de l’isolement dont souffre la nouvelle génération. Les parents sont happés dans un tourbillon où se conjuguent stress professionnel et difficultés économiques. Et ce sont les enfants qui paient toujours les pots cassés. Isolés, livrés à eux-mêmes et en manque de repères et d’idoles au vrai sens du terme, ils ne peuvent que tomber dans les pièges qui leur sont tendus via internet et les nouvelles technologies. «La baleine bleue» n’est qu’un exemple des dangers, parmi tant d’autres, qui guettent les adolescents. Il est important de signaler que, face à la dislocation des liens familiaux, il faut s’attendre à tout.

Certains psychologues estiment que, derrière l’engouement des adolescents pour le jeu de «La baleine bleue», se cache une souffrance indescriptible que vivent les jeunes d’aujourd’hui. Partagez-vous cette analyse?

La génération actuelle ne ressemble en rien à celles d’il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, la génération montante est perdue au milieu d’une société qui n’arrive toujours pas à s’identifier.  Dans ce contexte, les jeunes veulent se faire une réputation et se faire remarquer par tous les moyens, quitte à mettre en péril leur propre vie.

Que faut-il faire pour éliminer les conséquences du jeu de «La baleine bleue»?

Il faut parler ouvertement de ce jeu. Il est également nécessaire de former un filet de sécurité avec les parents, les amis et les proches des jeunes mordus de ce nouveau jeu de défis périlleux. L’objectif consiste à mettre en marche une collaboration générale, pour faire face à cette «Baleine bleue» qui nous menace tous. Il faut comprendre le mal-être de nos adolescents. La vigilance est de mise, au même titre que la sensibilisation de nos enfants qui doivent garder à l’esprit qu’aucun défi ne mérite l’on lui sacrifie sa vie.

Quels sont les symptômes qui montrent qu’un enfant joue aux défis de «La baleine bleue»?

Si l’adolescent commence à se réveiller au beau milieu de la nuit, s’il porte des marques de blessures sur les jambes ou les bras ou s’il affiche soudainement un engouement pour les films d’horreur, par exemple, cela doit tout de suite mettre la puce à l’oreille de ses parents qui doivent, sans attendre, reprendre le contrôle de la situation, avant que ce ne soit trop tard.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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