Du plan Baker aux tables rondes de Köhler : Le long fleuve (pas) tranquille du dossier du Sahara

Depuis les années 1980, l’ONU a adopté deux approches concernant le conflit du Sahara. La première, qui a duré jusqu’en 2004, appelait au référendum et n’a, du fait de l’impossibilité d’arrêter la liste des votants, jamais abouti.  L’actuelle approche des Nations Unies, plus réaliste et objective, se base sur des négociations entre les parties, pour aboutir à une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable. Fini donc le temps des illusions véhiculées par le Polisario et ses soutiens.  

Chaque année, le Conseil de sécurité émet une résolution appelant à une solution au dossier du Sahara. A cet effet, le Secrétaire général des Nations Unies nomme un Envoyé personnel qui sert de médiateur et de fédérateur entre les protagonistes, dans ce conflit qui dure depuis presque 45 ans.

Les efforts infructueux de James Baker

C’est ainsi qu’en mars 1997, Kofi Annan a nommé James Baker comme Envoyé personnel pour le Sahara. Baker, né au Texas, est un avocat, diplomate et homme politique américain, membre du Parti Républicain, ancien Secrétaire au Trésor de Ronald Reagan entre 1985 et 1988 et ancien Secrétaire d’Etat de George Bush de 1989 à 1993. En 2000, il a proposé un premier plan, «Baker I», qui prônait une large autonomie locale, dans le cadre de l’Etat marocain, dont les compétences seraient limitées à la Défense et aux Affaires étrangères. Ce plan a été accepté par le Maroc, mais rejeté par le Polisario et l’Algérie. James Baker a proposé un nouveau plan en 2003, «Baker II», qui prévoyait notamment la tenue du référendum auquel les Marocains non originaires du Sahara participeraient. Le plan a été approuvé unanimement par le Conseil de sécurité, sous la condition de son acceptation par toutes les parties. Il a été refusé par le Maroc, car il compromettait l’intégrité territoriale du Royaume. James Baker a présenté sa démission en 2004, au terme de sept années d’efforts infructueux, suite à l’échec du fait des tergiversations algériennes et du Polisario.

Dès septembre 2004, Álvaro de Soto, Envoyé personnel provisoire du SG de l’ONU au Sahara, a été chargé des dossiers de James Baker, dans l’attente de la nomination du prochain Envoyé personnel. De nationalité péruvienne, de Soto a été coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, de mai 2005 à juin 2007. Il a été, en outre, Représentant spécial de l’ONU pour le Sahara et chef de la MINURSO, du 8 août 2003 au 31 août 2005. Il devait donc  poursuivre le travail de médiation politique avec les parties et les Etats voisins, afin de parvenir à «une solution politique, juste, définitive et mutuellement acceptable». L’Envoyé personnel a entamé une tournée dans la région en commençant par le Maroc. C’est ainsi que SM le Roi Mohammed VI a reçu Álvaro de Soto, à qui il a réitéré l’entière disposition du Maroc à coopérer pleinement avec l’ONU et l’a assuré du soutien du Royaume pour le succès de sa nouvelle mission. Cependant, cette nomination temporaire d’Álvaro de Soto a généré une radicalisation de la position algérienne qui s’est particulièrement illustrée par le refus de coopérer avec lui et par la demande insistante de son remplacement.

Le réalisme de Peter Van Walsum

En juillet 2005, Peter Van Walsum a été nommé Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, du 29 juillet 2005 au 10 janvier 2009. De nationalité néerlandaise, il a assumé les fonctions de Représentant permanent de son pays auprès de l’ONU et du Conseil de sécurité, de 1999 à 2000. Au cours de cette période, il a également présidé le Comité sur les sanctions à l’encontre de l’Irak. Au cours de sa carrière diplomatique, il a été en poste aux Missions permanentes des Pays-Bas auprès de l’OTAN et de la Commission européenne, ainsi qu’en Roumanie, en Inde et au Royaume-Uni. Peter Van Walsun a privilégié l’accord entre les deux parties. Le dossier du Sahara a pris ainsi une nouvelle dynamique caractérisée par la présentation aux Nations Unies du Projet marocain d’autonomie pour le Sahara et par la tenue des sessions de pourparlers entre le Maroc et le Polisario à Manhasset, dans l’Etat de New York, en présence des Etats voisins, l’Algérie et la Mauritanie, avant qu’ils ne soient clairement considérés, dès 2018, parties prenantes au conflit. En septembre 2008, Peter Van Walsum démissionne, après avoir été récusé par l’Algérie et le Polisario et ce, en raison de sa déclaration, tirée d’un constat rationnel, dans laquelle il affirmait que «l’indépendance du Sahara est une option irréaliste».   

Le manque de professionnalisme de Christopher Ross

En janvier 2009, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a nommé Christopher Ross comme Envoyé personnel au Sahara Marocain. Christopher Ross a été ambassadeur des Etats-Unis en Syrie en 1998. Il a également dirigé le «Bureau of Counterterrorism» du département d’Etat. Il a pris sa retraite en 1999, puis a travaillé en tant que Conseiller diplomatique des Etats-Unis dans le monde arabo-musulman. En janvier 2009, il a été nommé Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara. Selon Christopher Ross, «le Conseil de sécurité a encouragé les protagonistes à négocier, mais s’est abstenu de vouloir imposer une solution. Les parties prenantes sont chacune convaincue du bien-fondé de leur position, autant d’un point de vue historique que juridique et chacun bénéficie d’un soutien important aux niveaux national et international. Elles maintiennent donc leurs positions sans chercher à engager un processus réel de négociations».  

Depuis sa nomination, maintes réunions informelles ont été organisées sous l’égide de Christopher Ross, notamment en Autriche et à New York. C’est sous son mandat que la proposition d’élargir les compétences de la Minurso à un contrôle des droits de l’Homme au Sahara a été mise sur la table. Cette proposition, qui s’aligne sur les thèses du Polisario et de l’Algérie, a fait l’objet de plusieurs critiques, notamment de la part du Médiateur pour la Démocratie et les Droits de l’Homme à Laâyoune qui a estimé que «la création d’un mécanisme de surveillance des droits de l’Homme au Sahara au sein de la Minurso constitue un précédent grave visant à politiser un dossier à caractère purement juridique». Suite à une série d’alignements de Christopher Ross sur les thèses des parties adverses, le 17 mai 2012, le Maroc a décidé de retirer temporairement sa confiance à l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara. Explication officielle du Maroc: ce dernier avait agi dans un dossier délicat sans avoir mené préalablement de «vastes consultations avec les acteurs politiques au niveau interne et avec les alliés du Maroc à l’extérieur». Le diplomate américain semblait, de plus en plus, appuyer les positions du Polisario, soutenu par Alger qui a toujours souhaité un référendum sur l’avenir du Sahara marocain.

En mars 2017, Christopher Ross, a présenté sa démission, après huit ans passés en tant qu’Envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara. Cette démission a souligné l’échec des Nations Unies à faire avancer ce conflit. En effet, Ross a fait montre d’une partialité inacceptable dans la gestion du dossier. Or, le rôle d’Envoyé personnel du numéro un des Nations Unies est de promouvoir une solution en apportant un réel cadre pour le dialogue et, de ce fait, encourager de réelles négociations sans prendre position sur la substance. Aucun Envoyé personnel –qui n’est qu’un facilitateur- ne peut ni ne doit imposer une solution. Les parties prenantes doivent elles-mêmes y arriver avec l’aide de ce dernier.

En août 2017, l’ancien président allemand, Horst Köhler, a été nommé par le nouveau SG de l’ONU, Antonio Guterres,  en tant qu’émissaire onusien pour le Sahara. Si sa nomination a relancé l’espoir d’une solution définitive à ce conflit, sa démission annoncée le 21 mai 2019 pour, officiellement, des raisons de santé, pourrait se répercuter sur le processus visant à parvenir à une solution à ce différend. Avant que sa démission soit annoncée par l’ONU, Horst Köhler a annoncé en mars 2019, à l’issue de la table ronde Genève II, la tenue au cours de l’été 2019 d’une troisième rencontre sous le même format. Aujourd’hui, les spécialistes des questions sahariennes avancent plusieurs scénarii de l’après-démission de Horst Köhler. Wait and see…  

Mohcine Lourhzal

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