Afghanistan | Le trou noir des empires !

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La France appelle tous ses ressortissants à quitter le pays, «en raison de l’évolution de la situation sécuritaire dans le pays et compte tenu des perspectives à court terme», a annoncé l’Ambassade de France en Afghanistan. 

«Le gouvernement mettra en place un vol spécial le 17 juillet au matin, au départ de Kaboul, afin de permettre le retour en France de l’ensemble de la communauté française» et «aucun vol spécial supplémentaire ne pourra être affrété», poursuit l’Ambassade, recommandant «formellement à tous les Français d’emprunter ce vol spécial». Pour les Français qui projettent «de rester en Afghanistan après le 17 juillet 2021, elle ne sera plus en mesure d’assurer la sécurité de leur départ». C’est certes un point de détail d’un  retrait qui ressemble à une retraite pour les occidentaux après 20 ans de guerre principalement menée par les USA et  l’Otan. Les anglais qi connaissent bien ce pays anticipent l inévitable et  sont comme toujours pragmatiques.Ainsi, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a fait savoir, le 14 juillet 2021, que son pays collaborera avec les talibans si ceux-ci entrent au sein de l’exécutif et respectent les droits de l’homme. Comme quoi le pragmatisme n’évite pas l’utopie ou le cynisme.

Le chef des forces américaines et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en Afghanistan, le Général Austin Scott Miller, a quitté ses fonctions hier, dans le cadre du retrait définitif des troupes étrangères du pays, rapporte l’AFP. Ce changement de commandement intervient alors que les troupes étrangères comptent achever leur retrait de l’Afghanistan d’ici fin août. Retrait qui mettra fin à 20 ans d’intervention militaire d’une coalition de pays de l’Otan, menée par les Etats-Unis et entrée en Afghanistan en octobre 2001. Les talibans ont pris le pouvoir en 1996. Le 7 octobre 2001, le président américain, George W. Bush, lance une offensive militaire en Afghanistan. L’opération intervient en représailles aux attentats du 11 septembre 2001 qui ont frappé New York. Le 6 décembre de la même année, les talibans, qui ont refusé de livrer le chef d’Al Qaîda, Oussama Ben Laden, aux Américains, perdent le pouvoir. …. Pour le retrouver ou presque 20 ans plus tard.

Les talibans ont lancé, début mai, une offensive qui leur a permis de s’emparer de vastes portions du territoire afghan, face à l’armée afghane. Les insurgés se sont notamment rendus maîtres de nombreux districts ruraux et de postes-frontières clés, avec l’Iran, le Turkménistan ou le Tadjikistan. Comme plusieurs districts de provinces voisines de Kaboul sont sous leur contrôle.

Selon une source américaine jointe dans la capitale afghane, le général Scott Miller, chef des forces des Etats-Unis et de l’OTAN en Afghanistan, aurait dû en théorie quitter le pays le 4 juillet, mais il s’y trouve toujours – en grande partie à cause d’une situation sécuritaire qui se détériore et d’une stratégie talibane ayant pris tout le monde à revers. Le commandement taliban a en effet orienté ses efforts sur le nord du pays, qui lui était historiquement et ethniquement défavorable. Nombre d’experts afghans et internationaux prédisaient que les talibans prendraient d’abord le contrôle du Sud pachtoun, avant de progresser vers le Nord tadjik et hazara.

Le retrait de l’armée américaine et des forces alliées, qui devrait être terminé d’ici au 11 septembre 2021, d’après Joe Biden, pourrait entraîner la disparition du gouvernement le plus pro-occidental d’Asie du Sud-ouest. Si cela devait se produire, les conséquences les plus probables seraient l’établissement d’un régime théocratique à Kaboul, le début d’une guerre civile (aux dimensions transnationales) dans plusieurs régions du pays et le départ de millions de personnes sur les routes pour fuir l’Afghanistan.

En mai 2010, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait promis à une délégation de femmes afghanes en visite aux États-Unis: «Nous ne vous abandonnerons pas. Nous vous soutiendrons toujours».

Pourtant, c’est exactement ce que viennent de faire les États-Unis : abandonner les Afghans qui comptaient sur ces engagements. Pressé de s’expliquer sur son choix la semaine dernière, le président américain a coupé court aux interrogations d’un journaliste, en répliquant, exaspéré, qu’il « [préférait] parler de choses positives ». Même si le gouvernement afghan a fait beaucoup de déçus et d’insatisfaits, car trop centralisé, affaibli par les réseaux de clientélisme et souvent axé sur l’extraction de richesses de la population, les talibans restent très impopulaires auprès des Afghans. Selon une vaste étude réalisée en 2019 par l’Asia Foundation, 85 % des personnes interrogées n’avaient aucune sympathie pour eux. Mais, en Afghanistan, il ne fait pas bon être dans le camp des perdants. Et il existe un risque sérieux qu’avec la diffusion du sentiment que les talibans sont bien placés pour reprendre le contrôle, on assiste à un vague de défections au sein du gouvernement et de l’armée.

Avec l’abandon de Bagram, la dernière base aérienne à la disposition des Américains, et leur dernière porte de sortie d’Afghanistan si les choses tournent mal, est dorénavant l’aéroport de Kaboul. Bagram est à elle seule un symbole de la guerre américaine en Afghanistan, le plus long conflit de l’histoire des États-Unis. L Afghanistan confirme bien que ce pays est le cauchemar des empires britannique- soviétique pou américains.

Cœur incontournable du monde asiatique

L’histoire de l’Afghanistan, qui remonte à l’aube de la civilisation, a été influencée, dans une grande mesure, par sa situation géographique. Situé au centre du continent asiatique et à cheval sur l’imposante barrière de l’Hindou-Kouch, il a contrôlé depuis la préhistoire les voies de passage vers le sous-continent indien, qui fut toujours l’objet de convoitise des grands conquérants. Il fut envahi, dévasté et traversé, à tour de rôle, par les armées perses, grecques et arabes, mais plus fréquemment par les hordes nomades habitant les steppes et les forêts du Nord, telles que les Aryens, les Scythes, les Parthes, les Kushana, les Huns et, vagues après vagues, par des tribus turco-mongoles dirigées par des conquérants bien connus comme Gengis Khan et Tamerlan. En dépit du caractère éphémère de l’Empire d’Alexandre, certains royaumes grecs comme le royaume gréco-bactrien de Bactriane dans le nord-est et les royaumes indo-grecs (aux frontières indécises) lui succèdent durant, environ, deux cents ans. Ceux-ci débordent de l’Afghanistan sur le Nord Pakistan actuel : le Gandhara. La culture dominante dans ces royaumes a produit ce gréco-bouddhisme, dont les monastères, leurs stupas et les décors sculptés témoignent de la persistance de la culture issue de l’époque hellénistique  propre. Les sites de la période qui suit, jusqu’au ixe siècle, ont donné des indices qui prouvent que les monastères étaient encore en activité, avec le soutien de donateurs laïcs Les gréco-bactriens et indo-grecs ont pour successeurs les Indo-Scythes, puis le Royaume indo-parthe. Les datations sont difficiles à établir. Ainsi les dates correspondant à l’Empire kouchan ne font pas l’objet d’un consensus. Cet empire s’est étendu, pour partie, sur l’actuel Afghanistan, le Pakistan et le Nord de l’Inde. Puis aux ve et vie siècles ce sont les Shvetahûna, ou Huns blancs, qui prennent possession de la région : du Gandhara et du Nord de l’Inde. Dans le même temps, la dynastie des Shahiyas de Kaboul, apparentée à des familles du Cachemire, occupe le pouvoir en Afghanistan, depuis la chute des Kouchans et jusqu’au ixe siècle. Leur défaite face aux perses musulmans s’inscrit dans le cadre de l’expansion de la religion musulmane avec les Saffarides (861-1003). Ceux-ci dirigent le pays depuis Zarandj. Leurs succèdent les dynasties Samanides (819-1005), perses, et Ghaznévides (962-1186), d’origine turque.

Empire des Indes

La première guerre anglo-afghane opposa de 1839 à 1842 le Royaume-Uni à l’Afghanistan dans le contexte de la rivalité du Grand Jeu entre le Royaume-Uni et la Russie. Elle se solda par une victoire afghane. Les soldats britanniques mobilisés pour une intervention terrestre en Afghanistan s’efforceront de ne pas penser au douloureux précédent de la première guerre anglo-afghane (1839-1842) et aux 17 000 ressortissants de l’empire massacrés en quelques jours. Alors que le gros des troupes avait regagné les Indes, les colons britanniques prirent leurs aises dans la capitale afghane. Mais trop préoccupés par les plaisirs et les mondanités, les nouveaux maîtres de Kaboul ne prêtèrent pas attention à la colère qui grondait au sein d’une population locale humiliée. Le fils du roi Dost Mohammed prit la tête de la révolte et les rebelles s’emparèrent de la capitale, obtenant la reddition sans condition des Britanniques, les poussant sur la route de l’exil. Auparavant, les insurgés assassinèrent quelques hauts dignitaires britanniques, pris complètement par surprise, et promenèrent la tête de l’un d’entre eux dans les rues de Kaboul.

La deuxième guerre anglo-afghane opposa de 1878 à 1880 le Royaume-Uni à l’Afghanistan, nation gouvernée par Shir Ali Khan, fils de l’émir Dost Mohammed Khan de la dynastie Barakzaï. Pour la seconde fois, le Raj britannique envahit l’Afghanistan.Cette guerre, à l’issue de laquelle les Britanniques réalisèrent tous leurs objectifs géopolitiques, s’acheva par le traité de Gandamak. Presque tous les soldats britanniques et indiens se retirèrent du pays. De plus, les Afghans purent conserver leur souveraineté en matière de politique intérieure. Cependant, ceux-ci durent abandonner la politique extérieure de leur pays à la Couronne britannique. Le traité de Gandamak durera jusqu’à l’éclatement en 1919 d’un nouveau conflit à la suite duquel l’Afghanistan gagnera une indépendance complète.

Prélude à la chute de l’URSS

Le départ des Américains rappelle celui des Soviétiques, il y a trente-deux ans. Le 15 février 1989, après dix ans de présence en Afghanistan pour soutenir le régime communiste à Kaboul dans sa lutte contre les différents groupements moudjahidines afghans soutenus par les Etats-Unis, les derniers soldats de l’Armée rouge quittaient le pays. Un retrait débuté un an plus tôt, le 15 mai 1988, conséquence de l’accord de Genève signé le 14 avril 1988 entre l’Afghanistan, le Pakistan, l’URSS et les Etats-Unis. Décidée à soutenir un gouvernement communiste luttant contre une guérilla d’inspiration musulmane, dans un pays frontalier qu’elle juge indispensable à sa sécurité, mais aussi inquiète devant la vague islamique qui vient de l’emporter en Iran, l’Union soviétique tire prétexte du traité soviéto-afghan de 1978 pour envoyer, un an plus tard, un corps expéditionnaire qui occupe bientôt la capitale, Kaboul, et les axes stratégiques afghans. Mais cette opération se transforme vite en une déconfiture militaire et diplomatique. Condamnée par l’ONU., puis par les pays musulmans (janvier 1980), l’URSS. subit de lourdes mesures de rétorsion (embargo américain sur les ventes de céréales et d’équipements de technologie, boycottage des jeux Olympiques de Moscou de 1980), perd définitivement les derniers restes de son image progressiste, pacifiste et tiers-mondiste et, surtout, voit sa puissante armée tenue en échec, à l’image de celle des États-Unis au Vietnam, par une guérilla sous-équipée. L’intervention soviétique offre aux Américains, qui soutiennent les moudjahidines, la possibilité de renforcer leur présence militaire et diplomatique en Asie, en se rapprochant notamment de la Chine. La durée (dix ans) de cette intervention, et son coût épuisent en outre économiquement et moralement l’Union Soviétique, et contribuent à son proche effondrement.

Le conquérant bien aimé

En Afghanistan, on ne cesse de croiser Iskander, alias Alexandre le Grand. Non que l’on sache précisément quel itinéraire le roi de Macédoine emprunta, mais les Afghans ne doutent jamais que le chemin qu’il suivit passe ici ou là. A les entendre, on croirait encore fraîche la piste du conquérant. Et quand on hésite entre deux routes, il est recommandé de choisir celle qu’il est supposé avoir prise. La Campagne afghane est un roman historique de l’auteur américain Steven Pressfield. Il a été publié la première fois en 2006 par Random House, une division de Broadway. Il a pour trame l’invasion du Royaume Afghan par Alexandre le Grand (l’Afghanistan de nos jours) en 330 av. J.-C. à travers les yeux de Matthias, un ancien soldat de Macédoine, qui nous conte l’aventure de l’armée macédonienne contre les guerriers de l’est. Matthias se bat dans l’infanterie d’Alexandre Le Grand confrontée à un peuple féroce qui, déterminé à défendre sa terre natale, a recours à des méthodes guerrières extrêmes.

Beaucoup de pages du livre sont dédiées à l’armée d’Alexandre Le Grand se battant contre les Perses. Le «Loup du désert», dont l’armée poursuit des méthodes guerrières barbares est contraire à ses rivaux qui se battent dans les règles. Pressfield présente la férocité et la brutalité des deux camps sans oublier de faire référence à la vanité et la férocité d’Alexandre le Grand qui, dans les dernières pages de la nouvelle se marie a Roxanne la fille de Oxyartes. Ayant ainsi bien assuré ses droits dans le royaume d’Orient, il se décide à conquérir l’Inde en passant les montagnes du Caucase indien. Il laisse derrière lui plusieurs milieux d’homme d’infanterie et de cavalerie (un cinquième de son armée), pour empêcher le peuple indigène d’une possible insurrection et irruption dans les terres conquises.

Mais n’est pas Alexandre qui veut !

P. Zehr

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