jeudi 24 août 2017

Restructuration du champ religieux : Les imams interdits de politique

Ahmed taoufik

Dorénavant, les préposés religieux sont interdits de politique. Ils ne peuvent pas exprimer leurs points de vue politiques. Pour voter ou se présenter aux élections, ils devront démissionner.

Le Dahir relatif à l’organisation des tâches des «kayimine diniyine» (préposés religieux), promulgué le 20 mai 2014 (BO n° 6268), interdit à ces derniers l’appartenance à des partis politiques ou à des syndicats. L’article 4 dudit Dahir définit leurs fonctions. Celles-ci avaient été pendant longtemps définies par la coutume.
Pour Ahmed Taoufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse qu’il a tenue au siège de son département, cette interdiction a toujours été là. Certes, elle était tacite. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est qu’elle devient formelle. Le Dahir du 20 mai 2014 concrétise ainsi un fait depuis toujours appliqué et délimite le champ d’action des préposés religieux.

Préserver politique et religion

Pour le ministre, qui s’est évertué à défendre cette nouvelle loi, il ne s’agit pas d’une initiative qui vise à porter atteinte aux droits des imams et des prêcheurs. «Je ne crains pas que la religion soit pervertie par la politique, mais plutôt que la politique le soit». Il s’agit pour le ministre de préserver la politique, mais aussi la chose religieuse de toute surenchère.
Ahmed Taoufiq n’a pas manqué de rappeler que, contrairement à ce qui se dit ici et là, le nouveau Dahir du 20 mai 2014, relatif à l’organisation des tâches des préposés religieux, n’a aucune relation avec les prochaines échéances électorales. D’ailleurs, a-t-il précisé, pour éviter tout amalgame chaque fois que des élections ont pointé du nez, il y a toujours eu une note du ministère. Donc, gare aux prêcheurs qui tomberaient dans la chose électorale. Et le ministre d’être plus direct en expliquant que les préposés religieux ne perdent pas pour autant leur droit de voter ou, mieux encore, de se présenter aux élections, à condition bien entendu de présenter leur démission de leur poste dans un délai de six mois avant la date du scrutin.

Restructurer le champ religieux

Cette nouvelle loi, qui intervient dans le cadre de la restructuration du champ religieux lancée en 2014 à Casablanca par SM le Roi Mohammed VI, vient fixer l’organisation des tâches des préposés religieux et définir leur situation. Le ministre des Habous et des Affaires islamiques a mis l’accent sur la nécessité d’éviter tout amalgame entre la politique et la religion, précisant que chacun a son espace et sa langue et qu’il n’est pas souhaitable qu’il y ait dans l’enceinte des mosquées le représentant d’un courant et ce, pour éviter à ces dernières des duels politiques personnels, syndicaux et médiatiques. «D’ailleurs, a souligné le ministre, ils ne sont pas nombreux ces imams et prêcheurs et nous connaissons leurs partis politiques. Nous n’avons aucun problème avec l’appartenance, sauf qu’elle a un impact sur les gens à qui le prêche est destiné. C’est ce qui provoque des différends».

Un syndicat, pour quoi faire?

Ahmed Taoufiq a précisé que SM le Roi Mohammed VI, commandeur des croyants, est l’unique garant des droits des imams et leur défenseur. Il ne voit donc pas pourquoi ceux-ci auraient besoin d’un syndicat pour défendre leurs droits. Le ministre a tenu à faire cette précision en réponse à ceux qui font miroiter l’éventualité de créer un syndicat pour défendre les droits des imams.

Mohammed Nafaa

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