vendredi 15 décembre 2017

Don d’organes : Dissiper toute équivoque !

Conference don d organes maroc avril 2015

Sensibiliser les Marocains à adhérer à la culture du don d’organes et de tissus humains, pour permettre à d’autres de continuer de vivre, a été l’objectif d’une «rencontre-vérité» à Rabat.

Au Maroc, le taux de donateurs (d’organes et de tissus humains), après décès, ne dépasse pas 0,4 pour chaque million de Marocains, face à un besoin annuel de 1.000 greffes de cornées, 250 greffes de reins et 300 greffes de moelle épinière.
Dans le but de faire adhérer et impliquer les Marocains à ce geste tout aussi humain et humaniste que patriote, une rencontre nationale a été organisée, jeudi 23 avril 2015 à Rabat, à laquelle ont participé le Conseil des Oulémas et le CNDH. Cette mobilisation se justifie pleinement au regard des chiffres qui restent très en deçà des besoins (les greffes de rein effectués: 56, de moelle épinière: 57).

Résultats timides

A cela, plusieurs raisons psychologiques, religieuses et financières. Ces opérations s’avèrent coûteuses. Le ministre de la Santé, Lahoucine Louardi, n’a pas versé dans la langue de bois en déclarant que le Maroc n’a jusqu’à présent enregistré que des résultats timides dans le domaine du don d’organes. Il a estimé comme cause première et non des moindres le fait que les Marocains s’impliquent peu ou prou dans cette opération et n’enregistrent de ce fait que des résultats dérisoires face à la recrudescence de la demande et des besoins annuels en la matière. Or, les chiffres sont têtus: 370 greffes seulement de cornées ont été opérées en 2014, 56 greffes de reins et 57 de moelle épinière.

Pour un débat franc

Le ministre de la Santé qui, par cette opération d’envergure, a cherché à encourager un débat franc sur cette pratique, a appelé à mettre fin à ce tabou et à toutes sortes de préjugés qui empêchent ce noble geste de don d’organes, à aller de l’avant en y faisant adhérer les citoyens et à les encourager à adopter une position favorable vis-à-vis du don d’organes et de tissus humains.
Le ministre de la Santé n’est pas sans savoir que les Marocains, encore «bourrés» de préjugés et cernés de barrières et de tabous en tous genres, rechignent toujours à débattre franchement de cette question. En effet, le volet religieux est encore présent et un certain amalgame persiste, dû surtout à une incompréhension, plus particulièrement auprès des populations, mais moins chez la minorité intellectuelle qui en parle, mais non sans une certaine réserve…

Ce que dit la religion

Ahmed Taoufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, a été on ne peut plus franc et convaincant. Il a eu la réponse qui s’imposait, du point de vue de la religion. Il a clamé haut et fort que la question «est bien tranchée». Le ministre a tenu à placer le citoyen face à ses responsabilités, précisant que le don d’organes est une affaire personnelle, puisque c’est l’intéressé seul qui dispose et décide de ses organes et peut, s’il le désire, en faire don à des personnes qui sont bien vivantes et en ont besoin pour continuer de vivre. «Un geste courageux», a-t-il conclu.

Le plaidoyer de Ramid

Mustapha Ramid, ministre (PJD) de la Justice et des Libertés, juriste de profession et parlementaire, a mis sa toge et a prononcé un véritable plaidoyer pour défendre et démystifier le don d’organes et de tissus humains. Il n’a pas manqué de critiquer les citoyens qui hésitent encore à s’impliquer dans cette noble pratique de don d’organes après leur mort. Il n’a pas hésité à qualifier ce genre de don de «Jihad après la mort». Et, réaliste, il a joué sur la corde sensible des Marocains: «Nous allons tous mourir un jour, que nous le voulions ou non. Notre chair sera dévorée par les… Il est préférable que nous permettions sa greffe dans le corps d’une autre personne pour que celle-ci continue de vivre».
Il faut reconnaître qu’au niveau du Maghreb, le Maroc a été pionnier, s’agissant de la pratique de la greffe d’organe et de tissus humains. Ce qui ne fait pas pour autant de lui, hélas, le leader dans cette pratique. Car il accuse franchement dans ce domaine un retard latent: 125 greffes de reins et 5 greffes de foies entre 2012 et 2014.

Réglementer la greffe

Sur le plan juridique, le ministre de la Santé a fait savoir que le Maroc dispose d’un cadre législatif depuis 1999, en l’occurrence la loi 98-16 qui réglemente l’opération de don d’organes et de tissus humains. Celle-ci a été amendée et rehaussée en 2013 par la promulgation d’une loi qui réglemente la greffe de tissus humains des mineurs. Louardi a tenu à tranquilliser en affirmant que la loi marocaine s’oppose rigoureusement à toute mauvaise pratique ou utilisation de ce don et à tout commerce d’organes humains. En atteste le fait que, «à ce jour, il n’y a eu aucune affaire de trafic d’organes, depuis 1999 et personne ne s’en est plaint auprès des services concernés», a précisé le ministre.

Sensibiliser les Marocains

Pour mieux sensibiliser les Marocains, les impliquer positivement dans cette opération nationale de don d’organes et de tissus humains et les encourager à faire don de leurs organes pour que d’autres continuent de vivre, il a été décidé de consacrer une Journée mondiale (le 17 octobre de chaque année) à la promotion du don d’organes. Pour leur part, les ministres des Affaires islamiques et de la Communication se sont dit disposés à mener campagne pour encourager le don d’organes. Taoufiq a proposé, pour le prêche du vendredi (khotbat al joumouâa), de recourir à 50.000 khatibs pour sensibiliser les prieurs et les impliquer dans le don d’organes. Pour sa part, Mustapha El Khalfi a proposé des spots publicitaires à la télé concernant cette noble cause.

Mohammed Nafaa

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Un rein pour sauver une vie


Affiche don de rein


Après le lancement de la pétition et la campagne de sensibilisation, «REINS», l’Association marocaine de lutte contre les maladies rénales, organise, le 9 mai 2015, une conférence-débat sur le don et la greffe d’organes.
Considérant que la greffe de rein est meilleure que le maintien en vie en dialyse chronique et quelle est obligatoire pour les enfants, REINS a en effet lancé, le vendredi 17 avril 2015, une campagne de sensibilisation au don et à la greffe d’organes. Cette campagne vise à:
– Informer les citoyens sur ce moyen thérapeutique et les aider à réfléchir à ce geste de solidarité.
– Les sensibiliser et les encourager à faire don de leur organe pour sauver des vies.
– Faire l’engagement de promouvoir une véritable culture du don et de solidarité en s’assurant que les informations fournies permettent d’exercer un choix libre et éclairé.
– Développer le registre national du don d’organes et faciliter les modalités d’inscription.
– Sensibiliser les professionnels de santé afin d’expliquer les conditions du don et accompagner les familles dans leur choix.
– Encourager tous les intervenants impliqués dans les chaînes de greffe.
REINS a aussi lancé une campagne d’inscription sur le registre de don d’organes au tribunal de première instance de Casablanca. Pour plus d’informations:
http://www.rein.ma/petition.html

Bouchra Elkhadir

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