mardi 17 octobre 2017

Sinaï : Le front égyptien de Daech qui menace Israël

Guerre daech sina

L’ouverture d’un front militaire dans le Sinaï est bien sûr un défi majeur et militaire pour le Caire. Mais c’est aussi une menace à court terme pour Israël. Une menace qui pourrait modifier du tout au tout les marqueurs du conflit palestinien.

Certains en Israël estiment que l’on a sous-estimé gravement le péril du califat auto-proclamé déjà aux portes du Golan, qu’il faut agir avant que Gaza ne soit touché et que Jérusalem ne devienne comme Damas ou Bagdad un objectif.
Pour l’heure cependant, c’est le Caire qui est face à un front rendu possible -il ne faut jamais l’oublier- par la démilitarisation du Sinaï imposée par la paix israélo-égyptienne.
Les djihadistes de l’Etat islamique (EI) ont finalement battu en retraite, le 1er juillet, après huit heures de violents combats contre l’armée égyptienne dans le Sinaï.
L’État islamique avait lancé, le 1er juillet dans le Sinaï, une série d’attaques coordonnées, sans précédent, contre l’armée égyptienne. Le groupe terroriste Province du Sinaï, anciennement Ansar Beit al-Maqdis, affilié à l’EI dans la région, a revendiqué ces attaques sur Twitter. Ces violences interviennent deux jours après l’assassinat, au Caire, du procureur général Hicham Barakat, opposant acharné à l’islamisme.

Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, au pouvoir depuis juillet 2013, après avoir mis fin au gouvernement de Mohamed Morsi et des Frères musulmans, mène depuis deux ans une politique patriote et anti-islamiste. Chef d’Etat musulman, il n’a pas hésité à revenir sur les dérives de l’islam et à remettre en cause le rôle des imams: «Il est inconcevable que la pensée que nous tenons pour sacrée fasse de la communauté musulmane une source d’inquiétude, de danger, de meurtres et de destruction pour le reste du monde. […] Vous, imams, êtes responsables devant Dieu. Le monde entier attend que vous bougiez…», avait-il lancé fin 2014. Le gouvernement égyptien n’a rien cédé et a approuvé une nouvelle loi anti-terroriste qui prévoit notamment «des procédures pour assécher les sources de financement du terrorisme».
Le Sinaï, en partie désertique, est peuplé de quelque 400.000 habitants, installés principalement au nord, le long de la frontière israélienne. Il a vu naître, en 2011, à la faveur du désordre post révolutionnaire, le groupe djihadiste Ansar Beït al-Maqdis («Partisans de Jérusalem»), fondé par des anciens du djihad en Afghanistan et recrutant parmi les bédouins marginalisés de la région.
Bordée par la mer Rouge, le canal de Suez et la Méditerranée, la péninsule du Sinaï est une zone de non-droit depuis de nombreuses années. La région est propice à de nombreux trafics du fait de la faible présence de l’armée. Selon l’accord de paix entre Israël et l’Egypte, le Sinaï est une zone démilitarisée. De nombreux soldats égyptiens déployés là-bas sont considérés comme des officiers de police.
Dans le passé, Israël a accepté les demandes du Caire de déployer plus de militaires dans la Péninsule. Chaque augmentation du nombre de soldats doit être cependant approuvée par les responsables de la défense israélienne.
Une vaste campagne militaire a été lancée contre les djihadistes dans la région du Sinaï, il y a près de deux ans, mais elle n’a pas réussi à mettre fin aux attentats. Selon les autorités, des centaines de policiers et soldats ont été tuées depuis. En avril, 14 personnes, en majorité des soldats et policiers, avaient ainsi péri dans deux attaques revendiquées par Ansar Beit Al-Maqdess dans le Nord-Sinaï, région frontalière d’Israël et du territoire palestinien de la bande de Gaza, alors qu’une autre attaque avait coûté la vie à 15 soldats et deux civils.
Pour le chercheur Omar Ashour, les réponses sécuritaires apportées par le gouvernement ont montré leurs limites. «Pourquoi continuer à les utiliser malgré l’échec avéré?», s’interroge-t-il. Derrière la détérioration rapide de la situation dans la péninsule sinaïtique, le spécialiste voit des causes politiques, sociales, tribales, mais également humanitaires. Or, l’accent a toujours été mis sur la sécurité. «Les racines de cette crise sont anciennes, poursuit Omar Ashour. Elles remontent au retrait israélien en 1982. Depuis, les politiques sécuritaires considèrent le Sinaï comme une menace directe ou potentielle. Les bédouins locaux, eux, sont vus comme des potentiels informateurs, terroristes, espions ou contrebandiers».
Outre d’éventuelles attaques de l’EI sur leur territoire, les analystes israéliens redoutent de voir ces guerriers islamistes établir une sorte de zone de non-droit dans le nord du Sinaï, à la frontière entre l’Etat hébreu et Gaza. Malgré leurs discours officiels dénonçant le Hamas au pouvoir dans l’enclave palestinienne, ils considèrent cette organisation comme un moindre mal par rapport aux islamistes du Sinaï et à leurs sympathisants palestiniens. En privé, ils reconnaissent d’ailleurs que la déstabilisation du Hamas par l’EI «ne serait pas une bonne chose».
Sur le terrain diplomatique, le renforcement de l’EI favorise le rapprochement israélo-égyptien. De leur côté, Benyamin Nétanyahou et son ministre de la Défense ont autorisé à enfreindre les clauses militaires du traité de paix entre les deux pays limitant sévèrement le nombre de soldats égyptiens à stationner dans le Sinaï.
La donne régionale qui semblait gelée est en train de changer.

Patrice Zehr

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