vendredi 18 août 2017

OMC : Confidences de MM. Azevedo, El Alami et Abouyoub

Roberto de azevedo hassan abouyoub moulay hafid elalamy omc 2015

Roberto Azevedo, Directeur général de l’OMC : «Il faut conclure les négociations le plus tôt possible»

L’OMC vient de fêter ses 20 ans. Quel bilan et quelles perspectives?

L’OMC a déjà fait beaucoup durant les vingt dernières années. Nous avons trois zones de travail bien définies. La première, c’est la surveillance des obligations et je pense que nous avons fait cela très bien durant ces vingt dernières années. La deuxième, c’est la résolution des négociations multilatérales et je pense là-aussi que le système a très bien fonctionné et que ça marche très bien, parce qu’il y a des choses que nous pouvons faire pour améliorer le système sans avoir recours à un changement radical. Enfin, il y a le genre d’action où beaucoup estiment qu’il faut faire plus de progrès; ce sont justement les négociations.

Où en êtes-vous sur ce volet?

Il faut négocier plus et vite. Je pense que le paquet de Bali que nous avons finalisé en 2013 a été stimulateur pour le système. Il faut maintenant construire sur tout cela pour faire avancer les négociations et, si possible, conclure les négociations le plus tôt possible.

Vous avez lancé, ici à Marrakech, un appel aux différents Etats pour ratifier l’accord de facilitation des échanges et le faire le plus rapidement possible…

Oui, nous avons besoin des deux-tiers des membres de l’OMC pour mettre en œuvre l’agrément.

Et quel est le rôle de l’Afrique?

Je pense que l’Afrique va jouer un rôle très important. C’est pour cela d’ailleurs que j’ai invité les parlementaires africains à faire l’effort de ratifier l’accord de facilitation le plus tôt possible.

On a beaucoup parlé, lors de cette rencontre de Marrakech, de l’Afrique qui ne veut plus se contenter de subsides, ni d’assistance saisonnière et qui demande un rôle proportionnel à ses potentialités et ses ressources humaines et naturelles…

Je suis tout à faire d’accord, parce que j’estime justement que l’Afrique doit avoir un rôle central dans les négociations.

Comment faire pour y parvenir?

La seule façon de le faire, c’est de participer activement et de négocier comme un groupe synchronisé.

Que pensez-vous du choix de Marrakech pour organiser et abriter cette commémoration des 20 ans de l’OMC?

C’est une initiative fantastique et louable. C’est le moment de tenir une telle rencontre. A Genève, le Maroc nous a proposé une opportunité de dialogue très importante. Il y a plusieurs ministres aujourd’hui à Marrakech et c’est ce genre de choses qu’il faudrait pour faire avancer les négociations de Genève.

Concernant le Cycle de Doha, y a-t-il des chances qu’il soit conclu à Nairobi?

Il est à mon avis prématuré d’être précis sur ce volet.

Marrakech – Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique : «Créer la valeur, seul moyen de sauver l’Afrique»

Moulay hafid elalamy

L’OMC vient de célébrer à Marrakech son 20ème anniversaire. Quel bilan en dressez-vous?

Sur 20 ans, je pense que le travail qui a été réalisé est colossal, surtout quand vous regardez comment les barrières douanières se sont transformées dans le monde et les changements «gros calibre» qui se sont opérés. On constate qu’il y a eu beaucoup de belles réalisations.

Une appréciation sur les vingt ans de l’OMC?

On peut dire que les vingt ans de l’OMC, partant de Marrakech, sont un parcours qui a le mérite d’avoir existé et contribué à ce que le commerce mondial ait un nouveau visage. Je crois que nous y sommes.

Il y a aussi des choses qui restent à faire…

Oui, il y a de toute évidence des choses qui restent à faire. Que voulez-vous? On découvre en avançant qu’il y a des choses qui ne sont pas nécessairement parfaites!

En avez-vous discuté avec le Directeur général de l’OMC, Roberto Carvalho De Azevedo?

J’ai eu effectivement des discussions avec le Directeur de l’OMC, des échanges de vue. Il y a une prise de conscience sur les sujets. Nous avons parlé de façon technique sur des points très précis.

Concrètement?

Nous sommes en train d’analyser sur le terrain comment suggérer des possibilités de régler certaines imperfections.

Et que signifie pour vous le choix de Marrakech pour abriter cette importante manifestation économique?

Le choix de Marrakech ? C’est que le GATT a permis en 1994, à Marrakech, la naissance de l’OMC qui était présidée par SM Mohammed VI, alors Prince héritier. En discutant avec le Directeur général, De Azevedo et notre ambassadeur à Genève, Si Aujjar Mohammed, nous avons fait un peu de forcing pour remettre à l’ordre du jour ce fait: «Attention, nous sommes bien à l’endroit où vous (l’OMC) êtes né».

On a beaucoup parlé d’intégration africaine lors de cette rencontre de Marrakech et dans ses différents panels. Comment y arriver, sachant que ce n’est pas chose aisée?

L’intégration africaine est pour moi un passage obligé, parce que pour arriver à une mondialisation, il faut en premier passer par des intégrations régionales. L’Union européenne a fait une avancée colossale, plusieurs zones dans le monde ont avancé et, en ce qui nous concerne, nous commençons à percevoir l’intérêt d’avancer nous-mêmes.

Quelle est l’importance de la zone africaine?

Elle est bien évidemment importante, parce que c’est à partir de là que nous aurons, ensemble, un poids nous permettant de nous mettre autour d’une table de négociations avec d’autres…

Les Africains ont affirmé lors du débat qu’ils ne voulaient plus d’assistance, mais jouer un rôle central.

Tant mieux. D’abord, ils ont raison de ne pas dépendre de l’aide à la subsistance, mais plutôt de travailler leurs richesses et potentialités pour créer de la valeur ajoutée. Je crois qu’enfin, nous avons tous compris que la création de valeur est le seul moyen de créer l’emploi, ce qui va sauver notre continent.

Marrakech – Interview réalisée par MN

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Hassan Abouyoub, ambassadeur du Maroc à Rome : «Nous devons transformer le défi en stratégie»

Hassan abouyoub

L’organisation mondiale du commerce (OMC) a vu le jour au Maroc en 1994. Que représente pour vous, qui étiez ministre du Commerce et de l’Industrie lors du Gatt, le choix de la ville ocre pour abriter cette importante rencontre?

C’est tout d’abord une grande émotion. La manière dont Marrakech avait été choisie, il y a 20 ans, relève du destin de cette superbe et historique ville: la décision avait été prise après l’échec de la tentative de clôture en Belgique, à minuit trente, alors que personne ne s’y attendait et que personne n’était candidat. Et Marrakech a été choisie pour la naissance de l’OMC!

Pour quelle raison?

Pour une raison très simple: le Maroc était un acteur absolument central. Malheureusement, on ne le sait pas assez.
Au-delà de sa double appartenance africaine et arabe, il a toujours été un acteur à voix médiane et de consensus. Nous étions parmi les trois ou quatre pays qui ont contribué à faire émerger les consensus les plus difficiles. Le Maroc a toujours été et demeure innovateur. Nombre d’instruments qui figurent dans l’accord général du GATT et dans celui de l’OMC sont des instruments proposés par le Maroc. Et donc, quand Marrakech est venue, personne n’a eu… je dirais… même pas l’idée de contester, parce que c’était naturel. On savait tous, nous et en particulier feu SM Hassan II -lorsqu’il a été informé de ce projet, il en a tiré toutes les conséquences- qu’il s’agissait là d’une nouvelle ère pour notre pays. Et si vous revenez à l’histoire de nos grandes réformes, c’est un processus extraordinaire qui dure depuis toutes ces années et qui a été redynamisé et accéléré par SM le Roi Mohammed VI. Je peux vous dire que c’est à Marrakech que le processus a été initié.

Que gagne le Maroc à travers l’OMC ?

A travers l’OMC, le Maroc a gagné l’Etat de Droit, sa démocratisation et l’ouverture de son marché. Ça a sauvé un pays qui, en 1983, était en cessation de paiement, qui n’avait pas à l’époque de quoi payer les importations de blé. Ce Maroc a compris qu’on ne peut pas vivre en autarcie, qu’on ne peut pas non plus se nourrir de monopole, ni de situation de protection inefficace et qu’il faut oser affronter le monde extérieur, oser aussi être ambitieux.
Je crois que l’OMC nous a appris à nous confronter aux défis de manière beaucoup plus sereine.

Et la coopération Sud-Sud ?

Je crois que les historiens mettront sous l’emblème du règne de SM Mohammed VI le Projet africain qui, quelque part, est le retour aux sources. Le Maroc originel était avec l’Afrique et pour l’Afrique.

Un pari gagné ou à gagner?

Le Maroc est en train de gagner la plupart de ses paris. Il va les gagner avec l’Afrique et je me félicite personnellement que tous les secteurs, de l’opinion à la Banque, etc, aient compris cette immense ambition royale.

Et nous autres Marocains dans la concrétisation de cette ambition?

Je crois que notre devoir est d’intérioriser ce défi et de le transformer en une stratégie de long terme, soutenable et capable aussi d’aider notre voisinage. Notre prospérité et notre sécurité dépendent tout d’abord de notre voisinage Sud-Sud. C’est là où nous devons investir au maximum pour aider nos frères à rejoindre la caravane du progrès.

En avons-nous les atouts et les moyens?

Nous avons tous les atouts dans le sens le plus large du terme, depuis notre culture, notre façon de respecter les autres traditionnellement et notre sérénité. Ce sont là des atouts considérables qui n’ont pas de prix aujourd’hui.

Les Africains en conclave à Marrakech ont été unanimes à crier haut et fort qu’ils ne veulent plus se contenter d’assistance saisonnière, mais veulent plutôt jouer un rôle dans l’échiquier mondial. Quel rôle?

Il y a un discours de SM Mohammed VI à Abidjan. Il a dit clairement et pas en demi-mots que l’Afrique doit se prendre en charge et avoir confiance. C’est là un immense espoir, parce que les Africains ont les moyens et les ressources humaines et naturelles pour sortir de la misère et de la précarité.

Qu’est-ce qui retarde l’intégration africaine?

La bonne gouvernance, la solution des conflits, la pacification d’une grande partie du continent africain et, je dirais le traitement thérapeutique du legs colonial qui sépare les peuples et crée cette confrontation stupide et idiote des cultures, des ethnies, alors que nous sommes tous africains. Nous avons tous un seul objectif: travailler ensemble pour sortir l’Afrique du statut où elle est actuellement, parce qu’elle est le continent du futur.

Qu’attendez-vous de cette rencontre de Marrakech?

Qu’elle raffermisse encore et davantage nos relations avec l’Afrique. C’est un énorme succès. L’amour avec l’Afrique a besoin d’être entretenu au quotidien. Il a besoin aussi que nous nous remettions en cause.

Que nous nous remettions en cause?

Vous savez, si une réunion pareille nous permet de nous ajuster, de nous remettre en cause et d’aller encore plus loin dans nos ambitions, ce sera véritablement, au risque de me répéter, un immense succès. Si nous arrivons à faire en sorte que l’Afrique soit en mesure de se mobiliser davantage pour faire sortir les grands projets de l’OMC de l’ornière où ils se trouvent malheureusement, nous aurons contribué considérablement à cette œuvre nécessaire pour l’humanité et surtout pour la gouvernance mondiale. C’est ici que se décidera, j’en suis convaincu, le moment ultime où nous serons en mesure d’apporter les réponses que le monde exige aujourd’hui pour affronter les défis globaux et que les Etats ne sont plus en mesure d’affronter seuls. C’est en travaillant en collectif, en rétablissant l’enjeu du multilatéral dans sa dimension neutre et prospective, que nous saurons apporter les réponses à cette crise systémique qui secoue le monde. Et probablement aussi la réponse à cette grave instabilité qui menace malheureusement notre paix, notre sécurité et notre prospérité à long terme, où la religion s’est insérée dans un secteur où, normalement, elle n’aurait jamais dû voir venir ces démons de la séparation et de l’autarcie. Parce que, sur le plan du développement, l’héritage des cinquante dernières années n’est pas tellement positif.

Et la place de l’Union du Maghreb Arabe?

L’UMA est, à mon sens, un rêve, celui de notre génération à nous les enfants de l’indépendance.

Pourquoi donc ce retard dans la concrétisation?

Il ne faut pas se leurrer. Nous savions pertinemment que l’UMA ne se fera que le jour où les acteurs et nations qui la forment auront franchi le seuil de la démocratie et de l’Etat de droit. Seules les démocraties savent altérer leur souveraineté pour construire ensemble l’Exécutif régional. Nous n’avons jamais vu une alliance, une communauté d’intérêts dans un espace économique commun avec des dérives qui ne sont pas totalement en symbiose avec les règles universelles de la gouvernance, de la démocratie, des droits de l’Homme et de la liberté. Tant que ce patrimoine de valeurs n’est pas partagé, ne rêvons pas de Maghreb, celui-ci restera encore le rêve que nous avons longtemps caressé.

Et que nous continuerons de caresser?

Bien évidemment, parce qu’il finira à n’en point douter par s’imposer. On peut mentir à l’histoire une fois, deux fois, mais pas plus que cela.

Marrakech – Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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