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Crise : Les réponses de Bank Al-Maghrib

Bank Al-Maghrib2

Le Maroc est-il en crise? L’économie marocaine est-elle en train de souffrir des effets de la crise mondiale? Les dernières positions du FMI et de la Banque Mondiale ne sont-elles pas révélatrices d’un malaise économique au Maroc? Et que faut-il faire pour sortir vite de la zone d’ombre? Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, a répondu à l’ensemble de ses questionnements, lors du point de presse tenu à Rabat, suite à la réunion du Conseil d’Administration de BAM. Les réponses.

Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, a rejeté en bloc, toute allégation pouvant insinuer que le Maroc serait en crise, ou souffrirait d’un quelconque malaise économique. Il est vrai que dans certains secteurs, les choses tournent un peu moins bien, mais ce n’est pas pour autant que ces secteurs seraient au bord de la faillite. De manière générale, le Wali a relevé qu’il y va d’une question de politique et de gouvernance mais, comme pour toute politique, il y a parfois des réglages qu’il faut faire pour que tout aille dans le bon sens.

 

Pas de PAS, mais attention quand même
 

«Je ne jugerai pas le politique» a-t-il dit clairement, mais «ce que je dis, c’est que quand il y a une majorité qui travaille dans l’entente et dans la sérénité, ça ne peut que donner une très bonne visibilité aux opérateurs économiques. Laquelle visibilité permet aux opérateurs d’agir de façon plus déterminée et il ne s’agit pas uniquement de l’investissement national ; l’investissement extérieur aussi. Je dirais même plus, les agences de notation introduisent de façon très sensible ce problème de stabilité politique…».
Un travail et une visibilité qui font défaut, ce qui expliquerait les attitudes du FMI qui s’est même montré «menaçant» face à la lenteur de mise en œuvre des réformes ; et de la Banque Mondiale aussi, très attentive à ce qui se fait au Maroc. Les deux organismes devenus un peu plus exigeants, n’est-ce pas une preuve de crise et leurs éventuelles interventions ne mèneraient-elles pas, in fine, à un nouveau Plan d’ajustement structurel (PAS)?
Jouahri rejette catégoriquement ces suppositions et part plutôt, dans ses explications, de l’attitude des agences de notation. «Les agences de notation, n’ont pas dégradé le Maroc. La preuve est que le Trésor est sorti sur le marché international à deux reprises, l’année dernière et cette année. Ce qu’il y a, c’est qu’elles nous ont mis sous «perspective négative». C’est-à-dire que si les choses attendues ne se mettent pas en place nous verrons…» a-t-il dit.
Quant au FMI et à la Banque mondiale, organismes que Jouahri a dit bien connaître pour les avoir longtemps «pratiqués», ils «ne nous imposent rien du tout. Ils ne viennent jamais dire faites ceci ou ne faites pas cela. Ils demandent plutôt à savoir quels sont les problèmes. Des problèmes dont la gravité est jugée à travers des normes de déficit, de niveau d’endettement, des normes de dette publique, des normes aussi de réserves de change… Pour le Maroc qui a passé le cap des crises les plus ardues de 2007 à 2011, c’est-à-dire, les crises financières, les crises économiques et les crises politiques en 2011 avec le printemps arabe, haut-la-main, il serait vraiment dommage qu’après tout ce parcours, il soit aujourd’hui face à des choses à portée de sa main et qu’il ne les fasse pas».
Expliquant la manière d’agir du FMI, il a ajouté que le Fonds demande à l’Etat de lui démontrer que ses équilibres macroéconomiques sont préservés sur le moyen terme et qu’il ne va pas se retrouver «dans une situation où le déficit va exploser, où le financement public va exploser aussi et va réduire le financement du secteur privé au résiduel et où la situation va nécessiter un PAS». «Non, on est loin de là. Et pour preuve, on est le seul pays du monde arabe à ne pas avoir conclu avec le Fonds de ‘Stand Bye’ mais une ‘Ligne de précaution et de liquidité’ (LPL). La différence est que dans le ‘Stand Bye’, on met des conditions et ce n’est que quand l’Etat remplit ces conditions qu’on voit… Par contre, dans la LPL, il vous donne l’assurance face au monde que vous avez les équilibres fondamentaux qui sont préservés. Ceci montre que le Fonds n’impose rien, mais donne une assurance et est en mesure de dire, quand ça ne marche plus bien, attention à votre ‘assurance’. Avec ça, nous avons les moyens de jouer parmi les grands, mais il faut éviter la surenchère. Il arrive un moment où il faut prendre des solutions qui sont un peu douloureuses et il faut les prendre. Là, tout un chacun doit apporter sa contribution dans le cadre d’une solidarité. Il y a une volonté mais celle-ci ne doit pas surenchérir quand c’est l’intérêt de l’Etat qui est en jeu… ».

 

Pour le reste, les clignotants sont au vert
 

Sur les autres questions, Jouahri comme à l’accoutumée, a montré son optimisme et sa satisfaction quant au déroulement des choses. Outre une stabilisation du taux de chômage entre 9,4 et 9,7, il a souligné que pour 2013, les activités agricoles bénéficieront des bonnes conditions climatiques ayant prévalu au cours de la campagne agricole 2012/2013, avec une récolte prévue pour 2013 de 90 millions de quintaux, alors que la croissance non agricole continuera à subir les effets de la conjoncture défavorable dans les principaux pays partenaires. La croissance devrait se situer entre 4,5% et 5,5%, avec une décélération du PIB non agricole à un rythme entre 2,5% et 3,5%. Dans ces conditions, l’output gap non agricole devrait se maintenir à court terme en dessous de zéro, indiquant l’absence de pressions inflationnistes émanant de la demande intérieure.
Le Wali a aussi noté que l’inflation s’est établie à 2,4% en moyenne au premier trimestre
2013 et qu’elle s’est maintenue au même niveau en avril, soit une évolution en ligne avec les prévisions publiées dans le Rapport sur la politique monétaire de mars 2013. L’inflation sous-jacente a augmenté de 0,9% au cours des deux premiers mois de l’année à 1,5% en mars et à 1,6% en avril. Cette hausse traduit principalement la dissipation de l’effet de la réduction en 2012 des tarifs des services de communication. Par ailleurs, sous l’effet du recul des cours internationaux des matières premières, les prix à la production industrielle ont poursuivi leur baisse avec un taux de 1% en mars et de 4% en avril.
D’autre part, les données des comptes nationaux pour 2012 indiquent une décélération de la croissance à 2,7%, recouvrant une baisse de 8,9% de la valeur ajoutée agricole et une augmentation de 4,5% du PIB non agricole.
Quant aux finances publiques, les données arrêtées à fin avril 2013 montrent, a encore souligné Jouahri, un déficit budgétaire de 18,6 milliards, contre 15,1 milliards à fin avril 2012. Cette évolution est liée à l’alourdissement de 6,1% des dépenses globales, avec toutefois une baisse de 31,9% des charges de compensation, alors que les recettes ordinaires n’ont augmenté que de 1,6% suite à la baisse de 3,1% des recettes fiscales. Au titre de l’année 2013, le déficit budgétaire est prévu à 5,5% du PIB, contre 7,6% en 2012.

 

Comptes extérieurs, le satisfécit
 

Au niveau des comptes extérieurs, il a relevé une atténuation de 7,3% du déficit commercial à 81,6 MMDH. En parallèle, les recettes voyages ont augmenté, en glissement annuel, de 3,1% et les transferts des MRE de 0,1%, alors que les rentrées au titre des investissements directs étrangers ont atteint 17,8 MMDH contre 13,4 milliards une année auparavant, soit une hausse de 32,8%.
Tenant compte de la dernière levée du Trésor sur le marché international, les réserves internationales nettes se sont ainsi établies à 153,1 MMDH, soit l’équivalent de 4 mois et 9 jours d’importations de biens et services.
Les évolutions récentes des conditions monétaires et des prix des actifs laissent indiquer une modération des pressions inflationnistes à moyen terme avec un écart monétaire demeurant à un niveau négatif. Le rythme de progression annuelle de M3 a augmenté de 2,9% en moyenne au cours du premier trimestre à 4% en avril et celui du crédit bancaire de 3,1% à 3,9%.
À fin décembre 2013, la croissance du crédit devrait se situer entre 5% et 6% a encore relevé Le wali de la banque centrale.
Côté taux de change effectif du dirham, le wali a relevé qu’il s’est apprécié d’un trimestre à l’autre de 0,5% en termes nominaux et de 0,66% en termes réels. Pour ce qui est de l’indice des prix des actifs immobiliers, il a quasiment stagné d’une année à l’autre.
Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, Jouahri a estimé que «l’inflation à l’horizon des six prochains trimestres devrait rester globalement en ligne avec l’objectif de stabilité des prix à moyen terme. Elle devrait ainsi se situer autour de 2,1% en 2013, de 1,6% au 3ème trimestre 2014 et de 2% en moyenne sur l’horizon de prévision».
Ainsi, avec une balance des risques équilibrée, sous l’hypothèse du maintien du dispositif actuel de compensation, et une prévision centrale de l’inflation durablement en ligne avec l’objectif de stabilité des prix, il n’a pas été jugé nécessaire de toucher au taux directeur maintenu inchangé à 3%. «Si l’on voit possible, dans les conditions actuelles de baisser le taux, la banque centrale devra prendre du recul et montrer plus de vigilance. Et si demain les conditions venaient à changer? On augmentera ce taux… Pourquoi donc le baisser pour l’augmenter après?».

 

TPME
Pour plus d’encouragement

Bank Al-Maghrib a décidé de mettre en place un nouveau programme destiné à encourager le financement bancaire des TPME (très petites, petites et moyennes entreprises), en particulier celles opérant dans le secteur de l’industrie ou dont la production est destinée à l’export. D’une durée minimale de deux ans, ce programme, met à la disposition des banques des liquidités garanties notamment par des effets privés de cette catégorie d’entreprises. Ledit programme permettra, selon le gouverneur de la Bank Al-Maghrib de «donner plus de visibilité au système bancaire». En effet a-t-il précisé «nous avons élargi les critères d’éligibilité de ces TPME et le crédit sera porté de 15 MDH à 50 MDH». Plus encore chaque banque a une possibilité de refinancement qui représente 10% de l’encours du crédit, a-t-il fait savoir, avertissant que les banques qui n’ont pas augmenté l’encours seront pénalisées de 0,5 point de base (pb) pour toute baisse de 1% d’encours. La pénalité pourra aller jusqu’à 150 pb, a déclaré Jouahri, notant d’un ton ferme «Nous sommes déterminés à suivre l’effort que font les banques (…) et de pénaliser celles qui ne vont pas dans le bon sens».

 


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