samedi 22 février 2020

Interview : Mohamed Darif, politologue

On ne peut que constater l’échec des acteurs politiques !

Mohamed Darif

Ce sont le manque d’expérience, le non-respect des engagements, l’amateurisme, le populisme et une opposition au sein même du gouvernement de majorité qui sont derrière l’échec de nos politiques.

Quelle est votre lecture de ce qui se passe sur la scène politique?

Le 25 novembre 2011, Benkirane a été nommé chef de gouvernement et devait composer une majorité gouvernementale. Une question s’était alors posée sur la nature de cette majorité. Benkirane a invité des partis à participer à ce gouvernement et cela a pris du temps avant d’annoncer la fin sa composition. Il a donc été décidé que quatre partis participent à ce gouvernement. En plus du Parti de la Justice et du Développement, il a été convenu que le Parti de l’Istiqlal, le Mouvement Populaire et le Parti du Progrès et du Socialisme, qui appartient à la gauche, soient dans le gouvernement. Dès le début, la composition de ce gouvernement a poussé les observateurs à poser la question suivante: comment Benkirane allait-il assurer l’homogénéité au sein de son gouvernement? Le chef de gouvernement devait donc relever ce défi pour pouvoir s’attaquer ensuite aux défis économiques et sociaux. Au début, il n’y avait pas de failles, puisqu’il y avait une majorité et une opposition. Mais, depuis l’arrivée de Chabat (à la tête de l’Istiqlal), on se retrouve avec une opposition au sein même de la majorité. Le PI devient ainsi un parti d’«opposition». On ne peut donc parler que d’un faux départ, suite à l’amateurisme du PJD. En conséquence, c’est une inadéquation de l’action politique et un discours populiste. Tout cela ne peut mener qu’à l’échec.

Comment qualifiez-vous le travail de nos politiques?

On ne peut que s’arrêter sur l’échec des acteurs politiques, c’est-à-dire les partis. Ces derniers n’ont aucune crédibilité. La preuve en est que le taux de participation aux élections est très bas. En plus, le taux de l’engagement politique des Marocains est lui aussi très bas: 2% seulement des Marocains sont membres d’un parti politique. Puis, les programmes et le jeu des promesses électorales ne sont pas réalisés. Chaque programme exige pourtant un bon diagnostic. 1.500 est le nombre de promesses que le PJD a faites lors de sa campagne électorale. Est-ce que celui-ci a respecté tous ses engagements? La réponse est non. On a donc assisté à un échec. Benkirane a préféré parler des «crocodiles» et des «démons» qui empêchent son parti de travailler, au lieu de s’atteler à réaliser les promesses du PJD données lors de la campagne électorale. En conséquence, les programmes électoraux ne sont pas crédibles, ce qui nous pousse à dire que l’action politique est régie par des intérêts et ne vaut finalement rien. Si le PJD ne cherche que le pouvoir, cela est légitime, certes, mais il faut qu’il réalise ce qui est décidé dans son programme.

Quel est votre diagnostic de la situation?

Le Parti de la Justice et du Développement, au moment des élections, avait une vision politique très claire. Généralement, l’acteur religieux garde toujours sa crédibilité. Il fallait donc s’accrocher à la religion pour donner plus de crédit à l’action. Ce parti à référentiel islamique voulait au début moraliser la vie publique. Mais, le fait de s’éloigner de cette action l’a discrédité auprès de beaucoup de Marocains. En plus, beaucoup de promesses n’ont pas été tenues.

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