lundi 26 août 2019

Driss Kassouri, politologue : «Abdelaziz Bouteflika sera renversé par l’armée»

Pour le politologue Driss Kassouri, le régime algérien a perdu toute sa crédibilité, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Kassouri demeure convaincu que Abdelaziz Bouteflika sera renversé par l’armée. En effet, c’est ce qui vient de se confirmer, mardi 26 mars, quand le vice ministre algérien de la Défense a demandé l’application de l’article 102 de la Constitution concernant l’invalidité du chef de l’Etat. Entretien.

Les manifestations se poursuivent en Algérie, exigeant le départ du régime et de ses symboles. En même temps, le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, a effectué une tournée européenne, pour demander le soutien de l’étranger au pouvoir. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle stratégie du régime algérien?

La nouvelle stratégie du pouvoir fait partie d’un plan qui vise à chercher le maximum de soutien au régime, lequel n’arrive toujours pas à admettre le fait qu’il soit rejeté par l’écrasante majorité du peuple algérien, aussi-bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. La tournée effectuée par le chef de la diplomatie algérienne a décrédibilisé le régime représenté par Abdelaziz Bouteflika. La nouvelle tactique adoptée par la diplomatie algérienne consiste à faire fi de la crise interne que connaît l’Algérie et ce, depuis le soulèvement contre le pouvoir et ses dignitaires. Lamamra, en tant que représentant du régime, a donc opté pour la politique de l’autruche. Cette posture de dédain et de mépris à l’égard des revendications populaires en Algérie a exacerbé l’opinion publique algérienne. A mon sens, la tournée du ministre algérien des AE dans quatre pays (Italie, Russie, Allemagne et Chine) a creusé davantage le fossé entre les représentants du régime et le peuple algérien. Aujourd’hui, le pouvoir est extrêmement affaibli et tente maladroitement de sortir la tête de l’eau. Je tiens à souligner que la visite du chef de la diplomatie algérienne en Russie s’est fixé également comme objectif de s’assurer du soutien de ce pays, au cas où l’ONU voterait une résolution appelant au respect du droit du peuple algérien à manifester librement. Néanmoins, je ne crois pas que Moscou commettra l’erreur de se ranger ouvertement du côté du régime algérien, tant que ce dernier est discrédité par le peuple.

De l’avis des observateurs de la scène politique en Algérie, le pouvoir en place est de plus en plus rongé par les dissensions. Qu’en pensez-vous?

A mon sens, les dernières sorties médiatiques de responsables politiques, considérés par le peuple comme des pro régime, font partie d’un double-jeu du pouvoir. Au début, le régime a brandi la menace d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Algérie, pour amener les manifestants à arrêter leur mouvement. Voyant que cette manœuvre n’a pas eu l’effet escompté, il a fait appel à l’armée, à travers deux communiqués. Dans ces communiqués, cette dernière a mis en garde contre toute action de nature à porter atteinte à la stabilité du pays. Toutefois et depuis quelques jours, l’armée nuance ses propos vis-à-vis des manifestants. Idem pour plusieurs responsables d’organisations politiques et syndicales qui se sont rangés du côté du peuple, non pas par conviction comme ils le laissent croire, mais pour s’assurer une certaine protection en cas de chute du régime.

Sur la base des éléments que vous avez précités, comment voyez-vous l’avenir de l’Algérie? 

Je reste intimement convaincu qu’à l’approche de l’expiration de son mandat présidentiel, le 28 avril 2019, Abdelaziz Bouteflika sera renversé par l’armée. Actuellement, il existe une profonde conviction, chez les hauts responsables sécuritaires et militaires, que la fin du régime algérien est une question de jours. Partant de ce constat, ces mêmes responsables vont tenter de se faire une place sur l’échiquier politique en Algérie et -pourquoi pas?- occuper des postes de responsabilité dans l’Algérie de l’après-Bouteflika.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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