vendredi 24 novembre 2017

Ali Sedjari, président du Groupement de Recherche sur Espace et Territoire GRET)

«Si on effectue des missions de contrôle strictes, il ne restera plus personne dans les administrations»

Dans cet entretien, le président du Groupement de Recherche sur Espace et Territoire (GRET), Ali Sedjari, analyse pour «Le Reporter» les sanctions royales prises à l’encontre de certains responsables ministériels et hauts fonctionnaires de l’Etat, suite aux conclusions contenues dans le rapport de la Cour des Comptes sur «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit». 

Les sanctions royales contre certains responsables ministériels et hauts fonctionnaires sont tombées comme un couperet, suite au rapport de la Cour des Comptes sur «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit». Quelle lecture faites-vous de ces sanctions?

Les sanctions royales, qui ont fait suite au rapport présenté par le Premier président de la Cour des Comptes sur «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit», a été une surprise générale à laquelle personne ne s’attendait. Les décisions prises par SM le Roi Mohammed VI, suite aux conclusions du rapport de l’institution d’audit et de contrôle dirigée par Driss Jettou, ont touché des responsables ministériels et de hauts responsables, considérés jusqu’alors comme intouchables. En décidant de limoger ces responsables, le Souverain a suscité un véritable sentiment de joie au sein de la population, dans toutes les régions et villes du Royaume. Tout au long de ces derniers mois, les Marocains étaient pris par un sentiment de désespoir, accentué par les événements d’Al Hoceima et la nonchalance qui a suivi de la part d’un grand nombre de responsables qui n’ont pris un certain nombre d’initiatives qu’au lendemain de l’injonction royale, faite lors du Conseil des ministres présidé par le Souverain en juin 2017.    

Le séisme politique qui s’est produit au Maroc, ce mardi 24 octobre 2017, doit être lié aux événements que connaît le Royaume depuis octobre 2016. Il est nécessaire de rappeler à ce niveau que, pendant plus de 6 mois, le Maroc est resté sans gouvernement, en raison de querelles et de conflits politiques qui n’ont finalement fait qu’envenimer la situation et pourrir l’atmosphère générale. Face à cela, SM le Roi a, à maintes reprises, appelé les responsables gouvernementaux, les élus politiques et les partis politiques à prendre leurs responsabilités dans l’encadrement de la population. Face à leur inertie et l’absence de volonté de leur part, d’intercepter et d’interpréter comme il se devait les messages et directives du Souverain, la plus haute autorité a décidé de sévir contre la médiocrité. C’est dans ce cadre que le Souverain a limogé les personnes responsables dans le retard de la réalisation du programme «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit». Je dirais que les dernières sanctions royales sont d’ordre éthique et politique.

Vous avez souligné le fait que les sanctions royales ont touché des ministères clés et des responsables intouchables. Que voulez-vous dire par là?

Nous avons tous vu que, suite au rapport de la Cour des Comptes sur le programme de développement d’Al Hoceima et sa région, le Souverain a tapé sur la table et limogé, entre autres,  Mohamed Hassad qui occupait le poste de ministre de l’Intérieur dans le gouvernement précédent. En tant que ministère de souveraineté, personne n’aurait pu imaginer une seule seconde que ce département pouvait un jour faire l’objet d’une aussi grave et sévère sanction. En sanctionnant un responsable qui occupait le poste de ministre de l’Intérieur au moment des faits, le Souverain a donné un message fort qui dit que, dorénavant, il y aura une démocratisation des sanctions. En d’autres termes, toute personne impliquée dans des dysfonctionnements, quels qu’ils soient, sera sanctionnée de la manière la plus sévère. Il faut dire aussi que les sanctions royales constituent un message fort, adressé également aux partis politiques.

En quoi les partis politiques sont-ils concernés par le retard dans la réalisation du projet «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit»?

Les partis sont concernés par les dysfonctionnements qui ont causé le retard dans la réalisation de ce projet d’envergure. Bien que les sanctions n’aient touché directement que deux partis politiques, le PPS et le MP, le limogeage de certains responsables ministériels est un message que toutes les formations politiques doivent intercepter, lire et comprendre. Depuis le dernier Discours du Trône de juillet 2017, SM le Roi n’a cessé de rappeler aux élus leurs responsabilités vis-à-vis des citoyens. Dorénavant, les formations politiques doivent réfléchir à plusieurs reprises, avant de proposer des noms devant occuper des postes ministériels ou avoir une quelconque responsabilité dans le Royaume. L’Etat doit, à son tour, adopter une nouvelle politique en matière d’interaction avec les mouvements de protestation sociale.

De quoi doit être faite cette nouvelle approche, selon-vous?

L’Etat doit faire plus attention aux revendications sociales dans toutes les régions du Royaume. Il est nécessaire de mettre en place une stratégie qui permettra de régler les problèmes et répondre aux attentes des citoyens de manière anticipée. Aussi est-il important d’accorder plus d’importance aux détails de la réalisation des projets de développement. C’est d’ailleurs l’une des orientations principales du Souverain, suite au rapport de la Cour des Comptes sur «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit», quand SM le Roi Mohammed VI a appelé les responsables à tirer les leçons de ce qui s’est passé et éviter de reproduire les mêmes erreurs à l’avenir.

Pensez-vous que le Maroc a ouvert une  nouvelle page en matière de reddition des comptes?

Il y a un avant 24 octobre, comme il y aura un après 24 octobre 2017. Les pays qui se sont développés l’ont fait grâce à ce que j’appelle la politique de rupture. C’est-à-dire aller d’une situation mauvaise à une situation meilleure. Les sanctions royales vont générer, on l’espère, un mouvement plus grand de rupture avec les pratiques du passé, que ce soit en matière de reddition des comptes ou en ce qui concerne la gouvernance administrative, entre autres. Il ne faut pas non plus crier victoire un peu trop vite. Il faut attendre pour voir ce qui va se passer après les sanctions royales du 24 octobre. Le problème de l’administration et de l’irresponsabilité de certains responsables et fonctionnaires de l’Etat n’existe pas que dans une seule ville, mais concerne presque toutes les régions du Royaume. Si on effectue des missions de contrôle strictes, il ne restera plus personne dans les administrations.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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