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Algérie, Tunisie, pas le Maroc…

Sommes-nous devenus paranoïaques, nous autres Marocains, ou y a-t-il du vrai dans ce que nous ressentons ? Non, non… Nous lisons bien ce que nous lisons dans la presse écrite (et électronique) et nous entendons et voyons bien ce que nous entendons et voyons dans les médias audiovisuels ! Depuis que les rues d’Algérie et de Tunisie se sont enflammées, les commentateurs n’ont de cesse de vouloir inclure le Maroc dans la liste des pays du Maghreb en proie à la contestation.

Pour une fois que le Maroc n’occupe pas l’avant-scène, on veut l’y pousser de force. Et les uns de déplorer, presque, que «les troubles sociaux en Algérie et en Tunisie aient épargné le Maroc», en nous gratifiant de leurs explications «La monarchie marocaine, pourtant très puissante sur le plan politique, a davantage de prestige national que les régimes voisins…» (BFM TV). Tandis que les autres y vont franchement, accusant le Maroc, comme l’Algérie et la Tunisie, de n’offrir aucune perspective à la jeunesse (impossible de les citer tous, ici. Ils sont trop nombreux à le dire de façon plus ou moins perfide)

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Ne parlons même pas des «polémiqueurs patentés» d’Alger qui, comme d’habitude, chargent le Maroc de tous les maux quand les leurs menacent de faire exploser la marmite. Il est incontestable que la jeunesse du Maroc a aussi ses problèmes, ses peurs du lendemain, ses horizons bouchés… Mais le cas du Maroc est différent de ceux de la Tunisie et de l’Algérie.

La différence entre la Maroc et la Tunisie, tout d’abord. Elle réside essentiellement dans les libertés. Au Maroc, les jeunes n’ont peut être pas plus de perspectives qu’en Tunisie, mais cela fait longtemps qu’ils l’expriment. Avec plus ou moins de bonheur, certes. Souvent, la matraque les chasse des lieux de contestation qu’ils occupent (c’est le cas des diplômés-chômeurs qui ont quasiment élu domicile devant le parlement et qui en sont régulièrement délogés à coups de bâton). Mais ils s’expriment. Et le gouvernement, bien que peu efficace dans l’apport de débouchés, tente malgré tout de trouver quelques solutions (créations d’emplois par le biais des grands chantiers structurants, crédit jeunes promoteurs… Et même, yeux fermés sur l’informel pour permettre aux jeunes de survivre grâce au système D). Les pouvoirs publics ont, depuis la fin des années 90, fait le choix de l’ouverture démocratique. Même si cette ouverture a des ratés et même si la route est encore longue, une chose est en tout cas apparue clairement: laisser exprimer les privations permet de mieux les supporter.

En Tunisie, ce que les jeunes dénoncent le plus, c’est qu’à la privation s’ajoute la chape de plomb. Quand cela explose, donc, cela donne les événements de ces derniers jours avec leur dramatique bilan de saccage et de morts.

En Algérie, la situation est pire… Pour la simple raison qu’en plus de la privation et de la répression, les Algériens ressentent une profonde injustice. Ils savent que leur pays est riche, que la manne des hydrocarbures qui se compte en milliards de dollars (recettes de près de 56 milliards de dollars en 2010) pourrait résoudre leurs problèmes, mais que leurs dirigeants ne font rien dans ce sens. Le problème N°1 en Algérie, c’est celui de la redistribution des richesses. Les Algériens sont révoltés de savoir qu’une caste de galonnés s’accapare tout, pendant que le pays crie famine. Mais personne n’ose le dire.

Pourquoi les Algériens tentent-ils (même timidement) de s’exprimer maintenant ? Probablement pour des raisons internes sur lesquelles nous reviendrons en détail ultérieurement (ambiance de fin de règne; lutte larvée de succession au DRS, le général Mediene ayant montré quelques signes de faiblesse physique; répression maladroite, comme par exemple la mise à la rue de familles dont on a détruit le logement précaire…).La rue d’Alger a été remise au pas plus vite qu’en Tunisie, semble-t-il. Mais personne ne peut jurer de rien.

D’outre Atlantique et d’outre Méditerranée, on scrute le Maghreb. Une chose est sûre les dirigeants de cette région ne pourront ignorer ce qu’il vient de se passer et tourner la page comme si de rien n’était. Il ne s’agit plus seulement de guerres verbales. Il s’agit pour eux de gérer ce qu’il y a de plus dur à gérer: leur réalité populaire.

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