mercredi 26 septembre 2018

Trump : La demi-victoire des enfants de migrants

Après le scandale et l’émotion déclenchés par la diffusion des images d’enfants migrants détenus derrière des barreaux, en pleurs et déboussolés et l’officialisation des chiffres -plus de 2.300 mineurs, parfois en très bas âge, séparés de leurs parents, accusés d’avoir franchi illégalement la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis ces cinq dernières semaines-, Donald Trump a fait volte-face.

S’ajoutant aux témoignages d’élus démocrates scandalisés, après la visite de centres de rétention, les images, pourtant contrôlées par le département de la sécurité intérieure, montrant des mineurs placés à l’intérieur d’espaces grillagés, ainsi qu’un enregistrement de pleurs d’enfants en très bas âge réclamant leurs parents, ont rendu progressivement cette position intenable.

Les défenseurs de cette mesure lui trouvaient deux avantages: un effet dissuasif sur les candidats au départ des pays d’Amérique centrale qui alimentent désormais, majoritairement, l’immigration illégale et un moyen de pression sur le Congrès, pour le forcer à adopter des mesures restrictives, y compris concernant l’immigration légale.

Alors que les centres de détention pour migrants sont engorgés, le décret signé par Trump demande au secrétaire à la Défense de coopérer avec le DHS, en mettant à disposition des sites militaires disponibles, pour «l’accueil et la prise en charge des familles étrangères» et en construisant de nouveaux, si nécessaire. 

En outre, le texte demande la modification d’un accord judiciaire de 1997, le «Flores settlement», conclu à l’époque entre l’administration Clinton et des défenseurs de migrants. Cet accord limite à vingt jours la durée de rétention des enfants. Le décret de Trump demande que cette restriction de temps disparaisse, afin de «permettre la détention des familles étrangères ensemble tout au long de la procédure judiciaire pour entrée illégale». Pour les enfants, il y a donc, face au geste humain, un durcissement judicaire.

La légalité de cette modification reste, pour l’heure, incertaine. Ce moyen de parer au plus pressé est loin cependant de régler tous les problèmes posés par les séparations de familles. Le décret ne tourne pas le dos, en effet, à la politique de «tolérance zéro». Il implique seulement que les incarcérations toucheront désormais les familles tout entières, ce qui va poser rapidement des problèmes logistiques tout autant que juridiques. Autant dire que le décret présidentiel, qui a fait l’objet d’intenses discussions internes, mercredi 7 juin, selon le Washington Post, est sans doute le prélude à une vigoureuse bataille juridique, comparable à celle qui s’était ouverte au lendemain de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier, avec la publication précipitée d’un décret anti-immigration immédiatement bloqué par des juges fédéraux.

Le désarroi a été reconnu par le président. «Sur l’immigration, si on est faible, le pays est envahi et si on est ferme, on n’a pas de cœur, a-t-il concédé lors d’une réunion avec des sénateurs devant des journalistes. J’ai tendance à être ferme, mais c’est un sacré dilemme!»

Malgré ce revirement, le président américain tente de garder la face et son intransigeance sur la politique migratoire: «Nous devons rester durs, sinon notre pays sera envahi par des gens, par des crimes, par toutes ces choses que nous ne voulons pas, a-t-il ajouté. Nous gardons une frontière très solide et nous poursuivons notre politique de tolérance zéro. Nous n’avons aucune tolérance pour les gens qui entrent dans notre pays illégalement».

Le ministère de la Défense a reçu l’ordre de mettre à disposition, si nécessaire, tout bâtiment pouvant être utilisé pour loger des migrants, voire de construire de nouvelles installations. «Nous avons abrité des réfugiés, nous avons abrité des gens qui avaient perdu leurs maisons à cause de séismes et d’ouragans. Nous faisons tout ce qui est dans le meilleur intérêt du pays», a déclaré le chef du Pentagone, Jim Mattis, aux journalistes qui l’interrogeaient sur l’éventualité de loger ces familles dans des bases militaires.

Le message est clair dès l’intitulé du décret qui se veut une «opportunité pour le Congrès de régler la question des séparations de familles». «Il est malheureux que l’incapacité d’agir du Congrès et les décisions de justice aient mis l’administration dans la position de devoir séparer des familles étrangères pour pouvoir, de fait, appliquer la loi», poursuit le texte. «Le Congrès doit désormais fournir une solution permanente à cette situation», a souligné Gene Hamilton.

Les républicains de la Chambre des représentants ont promis un vote sur l’immigration qui mettra fin aux séparations des familles et aux «failles» du système actuel, notamment en réglant le statut des «Dreamers», ces jeunes arrivés sans papiers alors qu’ils étaient encore mineurs. Deux textes devraient être soumis à la Chambre, où les républicains détiennent une confortable majorité: l’un très conservateur et l’autre visant à rallier le plus de voix possibles à droite.

Problème: même ce dernier n’est pas assuré de passer la Chambre, tant le sujet divise au cœur même du parti.

Patrice Zehr

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