mercredi 23 août 2017

Macron et les pièges algériens

«Il aurait mieux fait d’aller au Maroc». Cet avis d’un partisan d’Emanuel Macron est largement partagé par nombre de ses soutiens à la présidentielle française.Mais que diable le candidat est il allé faire dans cette galère ? Voilà la question que beaucoup se posent.

Sur internet, il y a quelques jours, on lisait le titre suivant à propos d’Emmanuel Macron: «il voyage en Algérie pour se donner une stature internationale».  Quelle drôle d’idée tout de même qu’on puisse aller chercher dans l’Algérie de Bouteflika, une renommée internationale.

Et c’est en Algérie que, sur la colonisation, Macron a pris un risque politique pour l’opinion française.
Cela concerne sa phrase sur la «colonisation, crime contre l’humanité». Il est sûr que cette sortie aura un impact  sur sa candidature. Il fait plaisir à une partie de la gauche, mais il révulse certains électeurs de droite qu’il avait séduite. On lui reproche de vouloir séduire un certain électorat jeune ayant des liens avec les anciennes colonies. Pour ne pas  perdre ses appuis de l’autre côté, il envoie immédiatement un signe à la droite conservatrice et dénonce une humiliation, lors de la manif pour tous contre le mariage gay. Cela donne le tournis.

La presse française  se demande quelle mouche a piqué Emanuel Macron. Ivresse des cimes trop haut trop vite, immaturité, double faute (pour les médias français) en 24 heures, Macron a-t-il atteint la limite de sa séduction ? On verra.

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est autre chose.

Son choix d’aller en Algérie pose la question de sa politique internationale et de sa vision du Maghreb. Et c’est finalement ce qui intéresse le Maroc. M. Macron a été reçu avec les honneurs, à l’image de son cortège de voitures officielles guidées par des gyrophares qui a serpenté à grande vitesse dans les rues encombrées d’Alger.

Surtout, il a passé deux longues heures d’entretien avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal et le ministre de l’Industrie et des Mines Abdessalem Bouchouareb, qui ont largement débordé du programme initial.

Ces deux personnages clés de l’Etat algérien sont visiblement attentifs au parcours du candidat d’En Marche !, porté par des sondages favorables en France. Et M. Bouchouareb connaît bien M. Macron, qu’il a plusieurs fois rencontré lorsque ce dernier était à Bercy et qu’il a chaleureusement embrassé au moment de se séparer. L’Algérie joue-t-elle la carte Macron ? On peut se le demander.

Emanuel Macron est un ovni et un politique de son temps. Il affirme ne pas avoir de programmes mais des visions.

Il a détaillé celle que lui inspirait l’Algérie.

«En choisissant de venir en Algérie durant la campagne présidentielle française, mon ambition est de souligner l’importance de votre pays et de réaffirmer la force des liens qui nous unissent. Ces liens se sont noués à travers l’Histoire, dans les heures heureuses comme dans les épreuves. Ils se tissent aujourd’hui au quotidien grâce aux millions de familles qui partagent une communauté de destin entre les deux rives de notre Méditerranée. Les Franco-Algériens, et tous ceux qui ont des racines partagées entre l’Algérie et la France, sont un atout et une chance pour notre relation. Depuis des années, des femmes et des hommes d’Algérie et de France, de bonne foi et de bonne volonté, ont proposé de refonder nos relations à travers un partenariat stratégique».

Tout cela bien sûr est assez vide. Ce sont de belles phrases sans vrai contenu.

Le choix de l’Algérie semble cependant indiquer que la jambe gauche de Macron est plus musclée que sa jambe droite. Il est imprégné d’une idéologie très socialiste qui veut une France redevable à l’Algérie au regard de la dramatique guerre d’indépendance et de ses horreurs.

C’est cette culpabilité non partagée, bien au contraire par la droite, qui pousse depuis des décennies la gauche française à tout passer à l’Algérie et rien au Maroc. Il y a dans la presse, indiscutablement, deux poids deux mesures.

Et pourtant dans tous les domaines, l’évolution de l’Etat de droit vers plus de démocratie, la liberté, le développement économique, l’endiguement de l’islamise radical et le dialogue social, on voit bien celui des deux pays qui est un exemple.

Macron aurait tout intérêt à se rendre et vite au Maroc pour prouver qu’il sait faire la part des choses et ne se contente pas d’être dans un suivi idéologique coupé des réalités.

Ce candidat est-il dangereux pour le Maroc ? Impossible de le dire car on ne sait rien de Macron, hier contre le cannabis et aujourd’hui pour sa libéralisation.

Mais il va devoir préciser ses positions. Son étape algérienne marque la fin d’un état de grâce, même dans la presse française.

Le chouchou des médias va devoir faire face aux obligations du candidat et du peut être futur président. Il va devoir être plus clair et plus précis… Et s il commençait par le Maroc ?

Sinon, sa candidature risque de se perdre dans l’immense désert, non pas nord africain mais des belles formules creuses.

Patrice Zehr

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