vendredi 18 août 2017

France : Défi de la diversité au féminin

Dati taubira belkacem yade femmes ministres diversite franaise

L’évolution de la société française impose aux gouvernements, de droite comme de gauche, une prise en compte des réalités qui se heurtent parfois à l’hostilité d’une partie de l’opinion.

Ce n’est certes pas nouveau. Nicolas Sarkozy, lui-même accusé par la gauche de relents xénophobes vis-à-vis de deux ministres de la diversité au féminin du gouvernement Valls, avait largement joué la carte de la diversité avec deux autres femmes. Rachida Dati et Rama Yade ont précédé Taubira et Najat Vallaud Belkacem.
Bien sûr, dans les attaques dont elles ont toutes été victimes bien au-delà de leurs propositions politiques, il y a du racisme. Du racisme plus que de la xénophobie qui ne s’applique qu’à des étrangers et que l’on trouve à la marge sur les origines étrangères de français récents. Mais à dire vrai, Sarkozy le Hongrois, de plus aux racines juives et Valls l’Espagnol naturalisé en ont fait les frais.
Pour les femmes du gouvernement et de la diversité à la française c’est différent. Une diversité d’ailleurs elle-même très diverse.

Dati et Belkacem, c’est l’immigration arabo-musulmane, mais vécue très différemment. On peut même opposer leurs conceptions du rôle des immigrés dans la France républicaine. Rama Yade, c’est l’immigration subsaharienne. Taubira, c’est la diversité des îles françaises et des conséquences de l’esclavage.
Ce qui aggrave l’hostilité vis-à-vis des deux ministres actuelles, c’est qu’elles portent au sein d’un gouvernement de gauche des réformes qui changent ou veulent changer en profondeur une société française qui serait inadaptée largement à ses évolutions. Elles sont soupçonnées donc de vouloir imposer leurs idéologies liées à leur identité et d’avoir été mises là machiavéliquement pour justement être inattaquables ou, dès qu’attaquées, pouvoir crier au racisme.
Elles sont en fait une illustration des malaises et tensions de la société française. Dans les domaines de l’immigration des mœurs ou de l’éducation. Elles sont finalement là où ça fait mal.
La Guyanaise Christiane Taubira a toujours été considérée comme un électron libre dans la vie politique française. Femme de gauche, apparentée PS, puis candidate du PRG à l’élection présidentielle de 2002, elle n’est toutefois restée entièrement fidèle qu’à un seul parti, «Walwari» (Éventail), qu’elle a fondé en 1993 et dont elle est toujours la présidente. Une formation aux racines anticoloniales et antiesclavagistes, ce qui la définit avant tout. Députée de Guyane de 1993 à 2012, elle a également siégé durant cinq ans au Parlement européen. Lors des primaires socialistes de 2011, elle a soutenu Arnaud Montebourg. Elle est nommée garde des Sceaux et ministre de la Justice du gouvernement de Jean-Marc Ayrault en mai 2012. C’est elle qui a défendu le projet de loi légalisant le mariage homosexuel et est devenue, depuis, la pire ennemie des organisations catholiques opposées à cette réforme du Code civil, avec des attaques racistes illustrées par la fameuse banane -tout est dit!
Najat Vallaud-Belkacem, née Najat Belkacem le 4 octobre 1977 à Beni Chiker, dans la région du Rif, au nord-est du Maroc, comme tout le monde le sait, est porte-parole de Ségolène Royal pour l’élection présidentielle de 2007, puis de nouveau en mars 2009 en vue de la primaire présidentielle socialiste de 2011. Le 16 novembre 2011, François Hollande, candidat du PS pour l’élection présidentielle de 2012, la nomme porte-parole de sa campagne présidentielle. Elle est nommée le 16 mai 2012 ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement dans le premier et le deuxième gouvernements Jean-Marc Ayrault, dont elle est la benjamine.
Le 2 avril 2014, dans le gouvernement Valls I, confirmée ministre des Droits des Femmes, elle est nommée par ailleurs ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, mais elle n’est plus porte-parole du gouvernement. Le 26 août 2014, elle est nommée ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans le gouvernement Valls II, devenant la première femme à obtenir ce portefeuille dans l’histoire de la République.
Femme et féministe d’origine marocaine, talentueuse et offensive, elle cristallise comme Taubira une avancée de la diversité au plus haut niveau de l’Etat qui se heurte encore, il ne faut pas l’ignorer, à une hostilité souvent politique et donc légitime en démocratie, mais avec parfois un non-dit raciste évident.

Patrice Zehr

Voir aussi

Libye : Le cas du fils Kadhafi

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé l’arrestation immédiate de Saïf Al-Islam, …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter du Reporter

Pour recevoir les dernières actualités et mises à jour de notre équipe.

Félicitations vous êtes bien inscrit(e) !

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services, contenus ou publicités adaptés selon vos centres d'intérêts. En savoir plus.