mardi 25 juillet 2017

Yémen : Deux ans de guerre et… la famine!

La guerre du Yémen assez loin des caméras est, par manque de médiatisation, une guerre presque oubliée. Et pourtant, c’est un théâtre capital dans les équilibres arabo-musulmans et une guerre avec sa cohorte de souffrances et de crimes. Il semble cependant qu’après deux ans, un cap est en train d’être franchi.

Bombardements aériens quotidiens, blocus humanitaire, famine imminente, chaos politique, sécuritaire et administratif: c’est le tableau apocalyptique décrit par les organisations humanitaires intervenant au Yémen.

A l’occasion du deuxième anniversaire d’un conflit aussi oublié que dévastateur, les ONG internationales cherchent à alerter le monde et l’opinion, en réclamant en priorité un accès humanitaire d’urgence et une reprise du processus diplomatique.

Déchiré par une révolution en 2011, qui a entraîné le départ du président Ali Abdallah Saleh, le pays a basculé dans la guerre civile, notamment en raison du désir de revanche de ce dernier, allié aux rebelles Houthis, par ailleurs soutenus par l’Iran voisin. Le Yémen subit, en outre, depuis des années, la terreur des djihadistes d’Al-Qaïda. La guerre déclenchée par une coalition arabe menée par l’Arabie Saoudite est venue s’ajouter aux  conflits du pays le plus pauvre de la péninsule arabique, un des moins développés du monde.

Six ONG se sont rassemblées pour alerter sur la situation humanitaire au Yémen: Action contre la faim, Handicap international, Médecins du Monde, Première urgence internationale, Solidarités International et Care. «19 millions de Yéménites sont en besoin humanitaire urgent, soit deux tiers de la population», prévient Margaux Saillard de l’ONG Care. Les chiffres sont vertigineux: «14 millions de personnes sont en situation alimentaire d’urgence, 500.000 enfants sont atteints de malnutrition aiguë, 8.000 civils ont été tués depuis 2015 et 20.000 cas de choléra ont été détectés», énumère-t-elle dans Le Figaro.  «Réduire le conflit à une opposition entre sunnites et chiites ne rend pas compte du rôle majeur des forces régionales», souligne de son côté le représentant de Médecins sans frontières cité par Libération. Il insiste sur l’influence de l’Iran sur la rébellion qui domine le terrain et sur les bombardements de la coalition arabe qui touche les civils. «462.000 enfants de moins de 5 ans sont en danger de mort immédiat, souffrant de la forme la plus grave de malnutrition», souligne l’ONG Action contre la faim.

Mais la guerre, elle, continue…

Une coalition de dix pays, emmenée par l’Arabie Saoudite, a lancé, il y a trois ans, une intervention militaire. L’Egypte vole au secours, à quarante ans d’intervalle, du camp de l’Arabie Saoudite contre le même Yémen. Il en sera de même du Soudan, de la Jordanie, du Maroc, du Koweït, des Emirats Arabes Unis, du Qatar et du Bahreïn: 100 avions de guerre et 150.000 soldats saoudiens participent aux opérations baptisées «Tempête décisive»

Pour l’Arabie Saoudite, ce n’est pas une première.

En 1934, le régime saoudien a déclenché sa première guerre contre le Yémen et occupé les provinces de Jizan, d’Assir et de Najran. Il s’est emparé également de Wadiya et de Sharoura au cours des deux guerres qui ont éclaté durant les années 70.

Le Yémen n’est pas l’oublié de tout le monde et pas de Trump. Il s’agit de la première opération d’envergure des Etats-Unis depuis la prise de pouvoir de Donald Trump. Dimanche 29 janvier, au moins 41 membres présumés d’Al-Qaïda ont été tués dans un raid attribué aux Etats-Unis. L’opération, conduite au centre du Yémen, a débouché notamment sur la mort de huit  femmes et huit enfants, ainsi que celle de plusieurs chefs de l’organisation terroriste.

Alors, il y a des raisons géopolitiques et religieuses, mais le pétrole n’est jamais loin. Le Yémen, notamment ses provinces M’arib, Jawf et Hadramaout sont riches en gisements pétroliers. En 1979, une compagnie pétrolière italienne a commencé ses activités dans l’Est du Yémen, plus précisément au Hadramaout et elle a annoncé en 1982 avoir découvert des gisements pétroliers prometteurs dans les différentes régions du Yémen.

En plus de cette situation, le Yémen est une étape pour de nombreux réfugiés de la Somalie, autre pays victime de la famine dans cette région du monde. Il accueille également près de 280.000 réfugiés et demandeurs d’asile, la plupart originaires de Somalie, alors que, sur les trois millions de Yéménites qui ont fui les combats, deux millions ne sont toujours pas rentrés chez eux.

L’ONU a demandé d’ailleurs à toutes les parties au conflit du Yémen de faire la lumière sur l’attaque contre un navire de migrants somaliens qui a fait plus de 40 morts au large des côtes yéménites.

«Beaucoup de questions restent sans réponse sur les circonstances de cet événement horrible. Nous appelons toutes les parties au conflit à mener les enquêtes appropriées pour établir les responsabilités et empêcher que cela se reproduise», a déclaré le Haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, dans un communiqué.

La coalition arabe sous commandement saoudien, qui soutient le pouvoir yéménite dans sa lutte contre les rebelles, a répété, dans un communiqué, qu’elle «n’était pas responsable de l’attaque» et qu’«il n’y avait pas eu de tirs de la part des forces de la coalition, ce jour-là, dans la zone».

Patrice Zehr

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