jeudi 20 septembre 2018

Dépréciation forte du dirham : Des inquiétudes infondées

Tandis que JP Morgan estime le risque de dépréciation du dirham à 7% sur les 12 mois à venir, Moody’s, Fitch Ratings et le FMI se montrent beaucoup plus confiants. Pourquoi?

L’agence de notation Moody’s a indiqué, dans un rapport publié récemment, que «la stabilité des prix au Maroc et un taux d’inflation de 1,2% sur la période 2010-2015 ont assuré un large alignement du taux de change effectif nominal au taux de change effectif réel, sans indication d’écarts de tendance significatifs entre eux», ajoutant que «contrairement au Maroc, l’inflation moyenne égyptienne de 10% en 2010-2015 a provoqué une appréciation du taux de change effectif réel, résultant en une forte dépréciation en 2016 au moment de l’entrée en vigueur du flottement et une hausse temporaire de l’inflation à plus de 34% en glissement annuel en juillet 2017». Et de poursuivre: «Bien que la dévaluation de l’Egypte ait rétabli la compétitivité extérieure et restauré ses réserves extérieures aux niveaux de 2010, nous ne prévoyons pas de pressions d’ajustement similaires au Maroc». D’emblée, les inquiétudes formulées par JP Morgan sont évincées et elles le sont encore plus après. Fitch Ratings est venu confirmer les projections de BAM, affirmant que «le nouveau régime de change finira par renforcer la capacité d’absorption des chocs de l’économie et contribuer à maintenir sa compétitivité». L’agence de notation indique, également, que les fondamentaux économiques, favorables à l’enclenchement de la réforme, devraient limiter la pression sur le taux de change. Aussi, le niveau des réserves internationales nettes atteint-il des seuils plus que satisfaisants, s’établissant à 26 milliards de dollars au 5 janvier (ce qui équivaut à une augmentation de 24% par rapport au niveau observé en juillet 2017).

Par ailleurs, Fitch Ratings souligne: «L’exposition aux devises étrangères dans l’économie est modérée et la ligne de liquidité préventive de 3,4 milliards de dollars octroyée par le FMI offrirait un filet de sécurité s’il y avait une pression sur le financement extérieur». Pour sa part, l’inflation reste maîtrisée à 1,3% en novembre 2017 et ne devrait pas dépasser le seuil des 2% sur les deux exercices à venir. L’agence de notation estime que «le déficit du compte courant se rétrécit progressivement, bien qu’il reste plus large que la médiane de la catégorie BBB. Nous prévoyons une amélioration à 3,8% du PIB en 2019, contre 4,4% en 2016, reflétant un rétrécissement du déficit commercial structurel. Les IDE couvriront la moitié du déficit au cours des deux prochaines années».

Concordances

En somme, la maquette prévisionnelle avancée par l’agence est quasi conforme avec celle présentée par Abdellatif Jouahri et Mohamed Boussaïd. Moody’s, qui n’a pas manqué de prendre en compte la ligne de liquidité préventive (approuvée en juillet 2016 et arrivant à terme en juillet 2018) lors de l’élaboration de ses estimations, la qualifie de filet de sécurité supplémentaire en cas de perturbations imprévues dans la balance des paiements, «chose à laquelle nous ne nous attendons pas». En revanche, Jouahri a annoncé que des négociations avec le FMI étaient en cours, avec comme objet le non-renouvellement de ladite ligne et son remplacement par une formule de ligne de crédit modulable. Une configuration qui, selon le gouverneur de BAM, sied mieux aux nouvelles donnes financières, soutenues par une stabilité des agrégats. Le Fonds ne semble pas fermé à cette idée.

Sur ce volet, justement, le FMI, représenté par son directeur général adjoint, Mitsuhiro Furusawa, s’était réuni pour boucler le troisième et dernier examen, dans le cadre de l’accord le liant au Maroc sur la ligne de précaution et de liquidité. Au terme de la réunion, les conclusions et appréciations des dernières évolutions ont été rendues publiques dans un communiqué publié le 19 janvier 2018, dans lequel Furusawa affirme: «L’introduction récente d’une plus grande flexibilité des taux de change permettra de promouvoir davantage la position extérieure du Maroc, d’améliorer la capacité de l’économie à absorber les chocs et de préserver sa compétitivité extérieure». Le directeur adjoint du FMI y a également précisé que l’introduction du régime flexible allait contribuer grandement à l’accroissement de la compétitivité du Royaume sur le marché international et que des actions supplémentaires devront être envisagées, afin de soutenir cette poussée positive, notamment pour ce qui est de la promotion de l’éducation, la gouvernance et les réformes du marché du travail, ainsi que l’amélioration de l’environnement des affaires et l’appui à une croissance plus importante, tirée par le secteur privé. A 4 contre 1 (BAM, FMI, Moody’s et Fitch Ratings contre JP Morgan), force est de constater que le risque de dépréciation forte est, pour le moins, modéré, mais la vigilance reste toutefois de mise. Et cette vigilance, c’est sous forme de couverture qu’elle se traduit.

Mehdi Mouttalib

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