Faut-il encore tuer la bête ?

Mais non, mais non, nous ne nous érigerons pas en «Mufti» ! Mais c’est tout de même une question importante qui remet en cause des certitudes politiques, économiques et sociétales.

Il s’agit, bien sûr, du sacrifice du mouton que les musulmans fêtent chaque année, à l’occasion de «Aïd Al Adha» et à propos duquel naissent des interrogations au fil du temps.

Car, si des millions de familles de par le monde continuent de se soumettre au rituel, quoi qu’il leur en coûte, comme si ce rituel était un des piliers de l’Islam, elles sont de plus en plus nombreuses celles qui n’estiment plus nécessaire d’égorger la bête pour célébrer cette fête, rappelant aux gardiens du dogme que le sacrifice du mouton relève de la «Sunna» et non de la «Fareda» (la «Sunna» pouvant être surérogatoire, tandis que la «Fareda» est dans tous les cas obligatoire). D’autant plus que le vrai rituel consistait à donner aux pauvres une bonne part du mouton sacrifié (le tiers au moins). Alors qu’aujourd’hui, on festoie ostentatoirement et on ripaille en famille, les foyers aux revenus moyens se saignant aux quatre veines pour se procurer le mouton et être de la fête… Et les démunis –qui ne mangent déjà pas assez de viande tout au long de l’année- souffrant le calvaire, en se voyant, eux et leurs enfants, privés des grillades et petits plats salés-sucrés qui embaument le pays tout entier.

Sur le plan politique, il est clair que cette fête est la bienvenue. A l’intersection du religieux et du festif, elle est un grand événement qui constitue aussi une bonne trêve sociale, dans la mesure où elle occupe tous les esprits, pendant plusieurs jours. Il est donc hors de question de dissuader les citoyens d’en observer le rituel annuel qui, en plus, est défendu et entretenu par les couches les plus populaires. Au contraire, le gouvernement se plie en quatre pour que toutes les conditions soient réunies afin de répondre aux attentes de la population en la matière.

Un gouvernement qui, grâce à cette fête, fait coup double sur le plan économique. D’une part, la consommation intérieure est dopée. De l’autre, une redistribution en faveur du monde rural est réalisée, les milliards que rapporte la vente du cheptel allant directement à la campagne. Ce que les départements concernés ne manquent pas de souligner à grands renforts de déclarations et communiqués.

Solide tradition, bénéfice politique, bonnes retombées économiques… Comment avec tout cela donner raison à ceux qui plaident pour la fin de cet abattage massif qu’impose Aïd Al Adha ?

Pourtant, leurs arguments ne manquent pas de poids non plus. Les temps ont changé. Le mode de vie des citoyens également. Continuer de voir de nombreux chefs de famille s’endetter ou se séparer d’objets de valeur, chaque année, juste pour acheter le bélier et ne pas démériter devant les voisins, relève de l’insensé. Décimer le cheptel, en un jour, transformer nos villes, quartiers et ruelles en dépotoirs, le jour de la fête et se gaver de viande jusqu’à l’indigestion pendant une semaine, avant de se retrouver face à des dettes qu’il faut rembourser pendant plusieurs mois, relève tout autant de l’absurde.

Que faut-il faire alors ? Eux, ont choisi. Ils gardent la fête, mais pas l’abattage massif. Ils préconisent –et cela mérite qu’on y réfléchisse- que les citoyens qui tiennent à fêter Aïd Al Adha le fassent de façon moderne et raisonnable. Acheter la viande pour toutes les grillades et tous les mets traditionnels de l’Aïd El Kébir, faire même égorger la bête aux abattoirs ou chez son boucher, si l’on tient à l’agneau tout entier… Mais exclure le mouton dans chaque appartement, le sacrifice dans les parties en copropriété indivise de l’immeuble et tous les autres excès qui transforment la fête en cauchemar.

Enfin, s’il était possible de ne pas oublier ceux qui voudraient aussi voir leurs enfants faire la fête, mais qui n’en ont pas les moyens, ce serait une vraie fête, avec de vraies valeurs, non seulement religieuses, mais humaines… Et tout serait parfait.

Bonne fête.    

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