lundi 26 août 2019

Algérie : Jusqu’où ira Gaïd Salah ?

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers lui.

Le chef d’Etat-Major et vice-ministre de la défense, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, est en effet devenu l’acteur central des évènements qui se bousculent aujourd’hui, en Algérie.

A l’heure où sont écrites ces lignes, il est indiscutablement l’homme le plus fort du régime algérien.

Il a eu la haute main sur l’actuel gouvernement de transition (gouvernement Bedoui) où, bien qu’appelant à la destitution du Président Bouteflika, il a gardé son fauteuil de vice-ministre de la défense.

Il a tué dans l’œuf un plan des Boueflika qui visait à le destituer.

Il a réussi à faire plier l’entourage du Président Abdelaziz Bouteflika -notamment son frère, Saïd Bouteflika, qui tenait les rênes du pays- et à pousser à la démission de Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, avant l’expiration du mandat présidentiel (qui était prévue pour le 28 avril).

Il a échappé à un autre plan, cette fois-ci tenté par son redoutable adversaire, le Général Médiène (Toufik), qui a essayé de convaincre l’ex-Président Liamine Zeroual de présider une instance de transition. Ce que ce dernier –qui a lui-même fait cette révélation, le 2 avril- a refusé.

Il a fait arrêter à la frontière tunisienne l’ex-patron des patrons algériens et influent homme d’affaires, Ali Haddad, connu pour être proche du clan Bouteflika. De même qu’il a interdit à d’autres hommes d’affaires de quitter le territoire.

Aujourd’hui, Il ne reste à Gaïd Salah qu’un adversaire en mesure de lui ôter le sommeil: la rue !

C’est précisément à ce sujet que les projecteurs sont braqués sur lui.

Bien qu’il ait remporté toutes ces victoires et qu’il se pose en défenseur du peuple et garant de la stabilité du pays, les manifestations n’ont pas cessé et les déclarations des manifestants n’ont pas changé. Ils veulent la fin du «Système» actuel et de toutes ses composantes… Donc, le départ de tous, y compris de Gaïd Salah. 

Or, le Général chef d’Etat-Major –qui alterne propos lénifiants en direction de l’opinion publique et ton plus ferme, voire menaçant (notamment lorsque, dans son communiqué du 30 mars, il accuse certains de vouloir décrédibiliser l’armée et qu’il précise que c’est «une ligne rouge»)- ne donne pas l’impression d’être prêt à accepter de se retirer.

Bien au contraire, il semble multiplier les initiatives, non plus pour garder son fauteuil seulement, mais pour devenir le numéro un du pays.  

D’où, la formule de transition qu’il a choisie et qu’il s’active à mettre en œuvre. Une transition en plusieurs étapes toutes contrôlées par lui.

D’abord, un gouvernement de transition qui ne peut être ni remanié ni démis avant l’élection d’un nouveau président. C’est fait avec le gouvernement Bedoui. Puis, la réunion du Conseil Constitutionnel qui constate la vacance définitive de la présidence de la République. Sachant que sur la base de ce constat, le Parlement se réunit et c’est alors au président du Conseil de la Nation (chambre haute) d’assurer l’intérim et d’organiser une élection dans un délai de 3 mois, comme le prévoit la Constitution.

Le fait est que cette formule laisse au pouvoir la plupart de ceux que les manifestants rejettent parce qu’ils font partie du régime dont ils ne veulent plus. C’est le cas des deux tiers des membres du gouvernement de transition. C’est aussi le cas du président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, qui est appelé à assurer l’intérim de la présidence de la république. Et le délai très court des trois mois pour l’organisation d’élections ne faciliterait pas l’émergence de nouveaux profils.

Les contestataires se préparent donc à poursuivre leurs manifestations du vendredi. Mais plusieurs problèmes alors…

D’abord, les contestataires ne sont pas véritablement organisés et n’ont pas de leaders qui pourraient offrir une option valable de transition. Certains exigent une Constituante pour définir une transition, mais il n’est encore apparu personne qui puisse (ou veuille) prendre les choses en main.

Ensuite, il y a toujours la peur d’une récupération par les Islamistes, toujours en embuscade et qui gonflent progressivement les rangs des manifestants.

Enfin, il y a la nervosité, de plus en plus apparente du Général Gaïd Salah qui, outre le ton menaçant, passe aussi à l’acte, faisant chasser les manifestants cette semaine à coups de puissants jets d’eau, alors que jusque-là, les manifestations se déroulaient sans heurts ni violence.

D’où la question cruciale: jusqu’où ira Gaïd Salah, si le peuple ne veut rien entendre ? Et quelle issue au bras de fer entre lui et les manifestants ? Une chose est sûre, l’Algérie est aujourd’hui sous le regard attentif de la communauté internationale et celle-ci est du côté du peuple. Que cela soit dit ouvertement (les USA) ou en termes softs (la France).

Bahia Amrani

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