Centrafrique Eviter le chaos génocidaire

Centrafrique AFP

On peut s’interroger. La France va intervenir en Centrafrique après être intervenue au Mali. Chaque fois, bien sûr, c’est dans le cadre d’une action interafricaine avec le feu vert de l’ONU.

Mais les deux pays font partie tout de même de ce que l’on a appelé longtemps la Françafrique.

On ne peut cependant soupçonner le Président Hollande d’être un néo-colonialiste. Ce qui est étonnant, c’est le paradoxe entre un Président plutôt hésitant sur la politique intérieure et particulièrement déterminé sur le plan international. La France a été sur la ligne dure dans les négociations nucléaires avec l’Iran. Elle a poussé à une intervention militaire en Syrie.
En ce qui concerne le Mali, il s’agissait de contrer une tentative d’instauration dans ce pays d’un régime extrémiste et terroriste. En Centrafrique, rien de tel. Certes, comme au Mali, on est face à une décomposition de l’Etat dont les conséquences pourraient déboucher sur un génocide dont les musulmans minoritaires pourraient faire les frais.
Comme quasiment partout en Afrique noire, le problème est d’abord ethnique et est à l’origine de l’instabilité récurrente que connaît cet artificiel pays, quadrilatère de 623.000 km2, non-Etat présentant de grandes différences géographiques, donc humaines, entre des régions sahéliennes, des espaces soudanais, des savanes centrales, une forêt méridionale et des régions bordières du fleuve.
Depuis le coup d’Etat du 24 mars 2013, par les rebelles de la Séléka contre le président Bozizé, le pays n’en finit pas de s’enfoncer dans une crise humanitaire et sécuritaire. A la fin du mois de décembre 2012, quelques centaines de combattants appartenant à de petites tribus nordistes et islamisées, dont les Glua et les Runga, appuyés par des Soudanais et des Tchadiens, avancèrent vers Bangui, la capitale, groupés dans un hétéroclite mouvement créé pour la circonstance et qui prit le nom de Séléka (coalition en langue sango). Le pillage de Bangui débuta alors, suivi par le massacre des Gbaya et des chrétiens. L’anarchie gagna ensuite l’ensemble du pays, les bandes de la Séléka se livrant à un pillage en règle des populations.
La situation ne cesse de se dégrader. Le département d’Etat américain évoque même une situation «pré-génocidaire», même si le trait est certainement grossi. Une résolution va être votée au Conseil de sécurité de l’ONU autorisant l’intervention militaire en République centrafricaine. Le président Michel Djotodia, tombeur de François Bozizé, en mars, ne contrôle plus rien. La Séléka est redevenue une nuée de groupes autonomes. Une opposition armée, tout aussi hétérogène, formée de groupes d’autodéfense locaux et d’anciens militaires fidèles à l’ancien président, germe partout dans le pays. La guerre larvée risque d’exploser, alors que les personnes déplacées se comptent déjà par centaines de milliers dans un pays de 4 millions d’habitants. Parallèlement, aucune personnalité n’émerge pour reprendre la barre des mains de Michel Djotodia qui s’est avéré incapable de contrôler les forces qui l’ont porté au pouvoir.
Mais qu’en pensent les Africains? Voila un éditorial qui résume bien la position de la presse africaine.
Le quotidien burkinabais «Le pays» fustige l’inaction africaine sur ce dossier brûlant. Et, tout en saluant la décision française, elle s’interroge sur les motivations de l’ex-pays colonisateur: «Pourquoi la France opère-t-elle un tel revirement, elle qui, on s’en souvient, avait refusé d’intervenir en Centrafrique au moment où, acculé, le président François Bozizé l’appelait au secours? Sans doute a-t-elle tiré les leçons du génocide rwandais qui, on le sait, lui colle implacablement à la peau? En digne héritier de Mitterrand, le président Hollande ne veut plus engager la responsabilité de son pays en restant les bras croisés face au spectre de ”génocide” qui se prépare en Centrafrique. (…) Et tout cela se passe dans la quasi-indifférence de la sous-région et de l’Union africaine (UA). Une fois de plus, c’est la France, que l’on n’a de cesse d’ailleurs de clouer au pilori, qui montre la voie à suivre aux dirigeants africains. Certes, nous dira-t-on, la France défend ses propres intérêts, mais rappelons que la Centrafrique est d’abord et avant tout un pays africain et qu’en termes d’intérêt, le peuple centrafricain a plus d’intérêts à protéger sur son propre sol que les Français. A la vérité, l’Afrique offre à nouveau une piteuse image de ses dirigeants qui se montrent impuissants face à un problème africain».
En France, la presse de droite ironise, mais reconnaît qu’il faut agir.
L’éditorialiste du Figaro reconnaît ainsi à la France «des raisons d’agir», soulignant ironiquement que «s’il ne professait le socialisme en France, François Hollande pourrait passer pour un néo-conservateur à l’étranger».
Dix-huit mois seulement après son arrivée à l’Elysée, le Président de la République (issu de la majorité de gauche) en est à préparer la deuxième guerre de son mandat. C’est peut-être paradoxal, mais révélateur de maux persistants en Afrique noire, malgré les embellies économiques de plusieurs pays.

Patrice Zehr

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