Ce complexe de la presse étrangère…

Un jour, du temps où Driss Basri était le tout puissant ministre de l’Intérieur qui décidait de tout au Maroc (après le Roi), il y avait une décision importante, concernant le Sahara, à annoncer. Feu Basri fit alors convoquer le responsable du bureau de l’AFP à Rabat et lui donna l’information qu’il crût bon d’accompagner de cette précision: «vous en avez la primeur». Le responsable du bureau de l’AFP remercia, bien sûr, mais en journaliste français non habitué à de telles pratiques, il ne pût s’empêcher de poser la question au ministre qui le gratifiait de cette faveur: «mais pourquoi moi ? Pourquoi pas votre agence nationale, la MAP ?». Et Basri d’enfoncer le clou: «parce que, pour nous, vous êtes important ! La MAP, on s’en occupe». Le bureau de l’AFP à Rabat fût donc le premier à donner cette information sur le Sahara. Mais son patron, doublement scandalisé par la démarche et le propos de Driss Basri, ne s’en est pas remis avant plusieurs semaines. Il ne cessait de répéter, incrédule: «C’est normal qu’il traite la presse de son pays comme ça ?», ajoutant: «je n’imagine pas une seule seconde, un ministre français faire ça… Il soulèverait un tel tollé que, non seulement, il serait obligé de démissionner, mais que c’en serait fini de sa carrière !».

 

L’histoire se passe dans… une autre vie, sous un autre règne, certes… Et la presse marocaine a beaucoup évolué, depuis. De même qu’a beaucoup évolué la relation des décideurs politiques et économiques marocains avec la presse nationale. Mais, les vieux réflexes resurgissent de temps à autre. C’est ainsi que l’on voit encore des décideurs, parfois ignorer –pire, humilier- les journalistes de leur pays, pour dérouler le tapis rouge devant les journalistes de la presse étrangère, payant leur déplacement au Maroc, prenant en charge leur séjour, les couvrant de cadeaux et se mettant indignement à plat ventre devant eux, dans le seul espoir de se voir encensés dans leurs médias.

Ils vous diront tous que ce n’est pas pour eux-mêmes qu’ils font cela, mais pour l’image du pays. Comme si l’image du pays pouvait se construire à coup de cadeaux à la presse étrangère ! Il n’y a que les dictatures et les pays sous-développés qui y croient encore. Les autres savent que seule la réalité compte et que c’est sur les actes réels qu’on est jugé. Ils savent surtout qu’ils peuvent dépenser toutes les fortunes qu’ils veulent pour amadouer des journalistes étrangers, il suffit que la presse du pays apporte son témoignage pour que ce soit sa voix qui prenne le dessus. Particulièrement aujourd’hui, où internet met tous les journalistes sur un pied d’égalité en matière de diffusion. Ils balancent une information sur le web et le monde entier en prend connaissance.

Tous les décideurs, un tant soit peu éclairés, en tiennent désormais compte.

Exit donc «le complexe de la presse étrangère»… Ce sont ceux de chez soi qu’il faut commencer par convaincre…

Les dernières manifestations qui ont eu lieu dans le cadre du printemps arabe l’ont démontré: quand les manifestants s’en prennent à des décideurs nationaux, non seulement la presse étrangère ne peut rien pour eux, mais en plus, elle accourt pour être sur place au cas où il leur arriverait de tomber…

Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le mépris des siens est dangereux.

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