Afrique, Maroc, décentralisation, migration…

Jean pierre elong mbassi rabat octobre 2013

Entretien avec Jean Pierre Elong Mbassi, Secrétaire général de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique

Dans le message Royal à la Conférence mondiale des dirigeants locaux et régionaux (Rabat 1er-4 octobre 2013), SM le Roi Mohammed VI a mis l’accent sur la nécessaire régionalisation. Quel a été l’impact de cet appel à la réflexion sur le sommet?

Je crois que ce qui a été dit dans la lettre royale était déjà indiqué dans la Constitution du Maroc. C’est un modèle pour nombre de pays. L’option pour la décentralisation avancée et l’appui aux autorités locales dans la nouvelle gouvernance du Maroc sont en parfaite cohérence avec ce qui se fait et interpellent sur la manière avec laquelle ce sera appliqué.

Quelle valeur ajoutée de ce Sommet mondial qui s’est tenu au Maroc?

Ce congrès, dans la mesure où il a exposé l’ensemble des expériences de par le monde dans le domaine de la décentralisation, aidera -je l’espère- à ce que la mise en œuvre de ces directives soit enrichie des expériences des autres.

Qu’attendiez-vous de cette rencontre au Sommet de Rabat?

Le fait que le monde des collectivités locales ait choisi la capitale du Maroc pour tenir son 4ème Sommet mondial est un signe de la reconnaissance des efforts consentis par l’Afrique et le Maroc en particulier dans le domaine de la décentralisation et du développement des collectivités locales. Cet effort est aussi un défi, parce que la décentralisation se fait à un moment où les Etats Africains, en particulier, n’ont pas forcément les moyens de l’accompagner de façon adéquate.

Qu’en est-il du partage des ressources publiques?

Ce partage aux niveaux national et local, qui doit découler des compétences vers les collectivités locales, est difficile quand les finances locales ont une forte tension. Donc, on s’aventurera dans la décentralisation à un moment difficile. Et c’est parce que ce moment est difficile qu’il sollicite de tous l’innovation et la capacité de faire plus avec moins de moyens. Donc, il faut être à l’écoute, s’exposer aux expériences des autres, en tirer profit et mener des actions efficaces sans forcément avoir la possibilité d’avoir plus de ressources.

Que vous inspirent la politique africaine du Maroc et sa nouvelle stratégie?

La politique africaine du Maroc est très active. Elle l’a d’ailleurs toujours été. Le Royaume est très présent dans la vie économique et sociale du Continent, en particulier au sud du Sahara. Nous avons vu une présence très active de Royal Air Maroc (RAM), par exemple, qui, aujourd’hui, assure la liaison avec plusieurs pays et villes d’Afrique. Il y a aussi Attijariwafa bank qui accompagne le développement du secteur bancaire au sud du Sahara.

Le Maroc reste présent en Afrique bien qu’il ne participe pas aux activités de l’Union Africaine…

Vous savez, nombreux sont ceux en Afrique qui ont adressé à SM le Roi Mohammed VI des suppliques pour que le Maroc retrouve sa place légitime dans cette organisation panafricaine.

Cette union ne fonctionne pas comme il se doit.

Nous connaissons les problèmes de cette organisation et savons aussi quelles difficultés le Maroc rencontrerait dans ce retour. Nous ne perdons cependant pas espoir qu’un jour très proche, la famille africaine soit à nouveau réunifiée et que le Maroc retrouve sa place, lui qui est pays fondateur de l’Organisation de l’unité Africaine (OUA), qui était une puissance importance en Afrique.

Et qu’en est-il de la politique migratoire? Y a-t-il un plan d’action dans ce sens?

Feu SM Hassan II a dit une phrase extraordinaire, quand les gens avaient perçu de manière biaisée sa politique extérieure de rapprochement avec l’Europe. Il a comparé le Maroc à un arbre dont les branches vont chercher le soleil le plus loin possible et qui est solidement enraciné en terre africaine. Cette phrase inspire justement la politique du Maroc qui est de tous temps un trait d’union entre l’Afrique méditerranéenne et l’Afrique au sud du Sahara. C’est délicat à faire et c’est pour cela que les Directives royales sur le traitement du dossier de l’immigration sont très importantes: elles visent à ne pas encourager des sentiments xénophobes comme ceux qu’on voit malheureusement apparaître dans les pays européens. C’est à l’honneur de SM le Roi, parce que ce sentiment vient vite quand les gens ont l’impression que des étrangers, face à la crise économique et sociale, viennent leur prendre leur pain et que des étrangers s’installent chez eux et parfois réussissent mieux qu’eux… Et quand cela frustre, ce n’est pas étonnant qu’il y ait des réactions.

Comment appréciez-vous cette politique?

J’estime que le Roi du Maroc a été très juste en donnant ses directives à ce moment précis. Il faut reconnaître aussi que non seulement le Roi du Maroc a été juste, mais les institutions marocaines ont bien fonctionné.

Quelles institutions?

Le Conseil national des droits de l’homme qui a alerté les institutions publiques sur les risques qu’il y a en voyant se développer des sentiments xénophobes et parfois racistes au sein de la société marocaine, ce qui est incompatible avec la culture d’accueil et d’hospitalité traditionnelles du peuple marocain. Le Roi a eu raison de freiner une éventuelle dérive qui pourrait porter préjudice au Maroc et à cette image très positive que nous avons, nous les Africains, du grand frère marocain.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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